entete notre mere

Sur son lit de mort, Roland Vialatte se remémore les événements. Il témoigne à cœur ouvert et soulage sa conscience. Janvier 1915. La Guerre fait rage depuis quelques mois. Non loin des premières lignes du front, Méricourd est un village de Champagne où « la tranchée meurtrière a remplacé le sillon nourricier ». La vie de ses habitants s’est réorganisée autour des estaminets, seuls lieux capables de procurer un minimum de soutien aux soldats. L’inquiétude s’installe lorsque le corps d’une serveuse est retrouvé, accompagné d’une lettre de la victime. La mise en scène ne laisse planer aucun doute sur la nature du meurtre. L’enquête est confiée au lieutenant Vialatte et son arrivée à Mérirourd coïncide avec la découverte d’un second corps. Malgré l’absence d’indices sérieux, Vialatte se met sur la piste du tueur en série.

Kris. Comment ne pas penser à ses témoignages engagés en l’évoquant ? Coupures irlandaises sur les conflits irlandais, Un homme est mort – qui lui a valut d’être l’un des rares à collaborer avec Étienne Davodeau – sur le syndicalisme ouvrier, mais aussi sa participation au collectif de En Chemin elle rencontre où des artistes se mobilisent pour dénoncer les violences faites aux femmes. Kris se penche cette fois sur la Première Guerre Mondiale. Pour la première fois aussi, il s’engage dans un travail plus titanesque. Il se plonge dans les récits, archives de journaux et témoignages de cette période. Annoncé comme un triptyque, Notre Mère la Guerre est pour lui l’occasion de fouiner dans les moindres recoins de l’intrigue, de s’accorder plus de temps pour la construction des personnages, d’exploiter pleinement cette période historique chargée d’affects, une descente dans l’horreur de la guerre et la folie des hommes… Et l’importance de ce travail de recherche se ressent tout au long de l’album. Les prémices de ce projet débutent il y a quatre ans, mais il lui faudra encore attendre deux ans et demi pour qu’il signe avec Futuropolis. C’est d’ailleurs l’éditeur qui le mettra en lien avec Maël. Ce dernier convaincra Kris avec les planches qu’il est en train de réaliser pour L’Encre du Passé.

Jusque-là peu repéré, Maël n’en est pourtant pas à son premier coup d’essai. Son trait surprend de réalisme : voici le constat unanimement repris par les six lecteurs de kbd. Il campe ici le graphisme « idéal », les expressions sont justes et les décors fouillés. Pour l’occasion, l’artiste a opté pour des dessins à l’aquarelle sur lesquels il a appliqué des teintes d’ocres, rouille, marrons qui matérialisent l’horreur des tranchées. Pour les scènes nocturnes, des teintes de marine, gris, noir créent une autre atmosphère, nous faisant ressentir la froideur de cet hiver meurtrier et le souffle des poilus salis par la glaise, la boue et le sang de leurs camarades. Badelel et moi ne serons pas indifférentes à ces ambiances palpables. Paul soulève quelques déceptions, notamment celle concernant le recours à des découpes de planches trop classiques, ce qui peut créer de la lassitude dans la lecture. La présentation de l’intrigue a des relents de « déjà vu », le recours au flash-back a déjà démontré son efficacité dans d’autres récits, mais passés ces quelques bémols, nous mettons tous en avant notre engouement pour ce thriller historique dont Oncle Paul vante les qualités. De même, Champi a apprécié le décalage entre les textes très forts de Kris, presque aériens par leurs envolées lyriques et littéraires, et le dessin atypique, recouvert de boue, qui se met au service l’intrigue. Le scénariste a su ménager le suspens à tel point que rien ne filtre sur les éléments qui pourraient faire avancer l’enquête, un élément que Lunch apprécie.

A n’en pas douter, cet album dénote et la place qu’il laisse à la réflexion sur cette période historique chargée d’affects ne laisse pas indifférent. L’art séquentiel au service du devoir de mémoire, comment ne pas penser également à Tardi (Putain de Guerre !, les Adèle Blanc-Sec ou les Adieu Brindavoine…) ou à L’Ombre du Corbeau de Comès ?
Si ce thème vous intéresse, nous vous proposons des liens vers nos chroniques : Les Sentinelles de Dorisson et Breccia, Le Roi Cassé de Dumontheuil, L’or et le Sang de Nury et Defrance au scénario / Merwan et Bedouel au dessin, Par les Chemins Noirs de David B, Batailles de Recchioni et Leomacs, La Tranchée

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  1. […] Ping : Notre mère la guerre, tome 1 | K.BD […]

  2. […] Kris qui cherchait justement quelqu’un (et qui a finalement trouvé le profil adéquat) pour Notre mère la guerre. Le dessin de Maël tout en tremblote a ses admirateurs et ses détracteurs. Il est magnifique […]

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