entete dmz

Depuis 5 ans, la guerre civile fait rage aux Etats-Unis. Trop occupé à exercer son influence militaire sur le monde entier, le Gouvernement américain n’a pas vu la menace gronder sur son propre territoire et s’enlise désormais dans les affres de la guerre civile. Petit à petit, des états se proclament « Etats libres » et réclament leur indépendance. La situation est dans une impasse. Sur le terrain, New-York représente la ligne de front des deux armées. Manhattan est pris entre deux feux. C’est désormais une zone démilitarisée, un no man’s land d’où personne ne peut ni entrer ni sortir.
Les journalistes sont sur le qui-vive. L’un d’eux, Viktor Ferguson (grand journaliste de guerre et Prix Pulitzer) parvient à obtenir une autorisation pour entrer dans la DeMilitarizedZone (DMZ) à l’occasion d’un cessez-le-feu. Il s’organise en urgence avec son équipe qui, au dernier moment, doit accepter un jeune stagiaire. L’atterrissage de leur hélicoptère tourne au cauchemar, l’équipe est prise pour cible et seul le stagiaire Matty Roth en sort vivant. Il croise le chemin de Zee qui lui propose son aide et sa protection le temps pour lui de trouver un moyen de sortir de cet enfer. Matty décide finalement de rester avec un objectif en tête : montrer au monde entier ce qui se passe dans la DMZ et faire taire les rumeurs.

A presque 39 ans, Brian Wood est un auteur qui a une belle carrière. Premier comics publié en 1997, il collabore ensuite avec Warren Ellis en 2000 sur les # 63 à 75 de Generation X, série publiée chez Marvel Comics. Puis, il occupe pendant deux ans un poste de concepteur designer chez Rockstar Games (producteur de jeux vidéos) où il travaillera notamment sur Grand Theft Auto et Max Payne. Il va se servir de l’expérience Rockstar pour jeter les bases de l’univers apocalyptique de DMZ. Avec talent, il donne à la BD une construction similaire à celle des jeux d’action-aventure, montant son univers à la manière d’un puzzle, quartier par quartier, personnage par personnage et les angles de vue utilisés ne sont pas non plus sans rappeler GTA. Son style mordant insuffle à la série un certain réalisme, un regard sur la société américaine dépourvu d’idéaux mesquins souvent véhiculés, une critique acerbe du monde politique, des stratégies militaires et des enjeux financiers muselant les médias. Le rythme de la narration ne mollit pas et les jeux de personnages principaux et secondaires sont intéressants. Confrontés à de nouveaux repères urbains et obligés, par la force des choses, de s’adapter à la donne -attaques terroristes, tueurs à gage, guerre des gangs, importance du soutien des communautés- les personnages de DMZ flirtent en permanence entre folie et raison. De nombreux codes qu’on intègre en même temps que le jeune stagiaire crédule et immature qui, en parallèle, devra mettre en pratique les fondamentaux de sa profession jusque-là restés théoriques pour lui : neutralité et objectivité.

Les talents de dessinateur de Brian WOOD nous offrent des couvertures remarquables et ses esquisses ont permis à Riccardo BURCHIELLI de saisir l’ambiance et lui emboîter le pas de manière complémentaire. Cet auteur italien n’avait jusqu’à présent jamais collaboré sur un projet de cette envergure depuis ses débuts en 1997. Choisi par Brian WOOD, Burchielli pense que c’est son style mature, très différent des canons américains du comics, qui lui a permis d’être repéré. Son trait efficace, maladroit par moments diront certains, rend réaliste ce monde sans fioritures et nous propose une vision crédible de la guerre urbaine, réel miroir de la guerre en Irak et du diktat américain en ce qu’il a de plus pervers (magouilles, pots-de-vin…). D’autres dessinateurs le secondent le temps de quelques chapitres annexes développant certains personnages secondaires mais leur graphisme est moins accrocheur.

Un style politiquement incorrect qui a du mordant et qui nous séduit.

Un lieu où le temps est suspendu et qui tient Nico en haleine bien qu’il déplore que ce début de série ne soit pas un medium fidèle de la société américaine actuelle. Ca ne freine pourtant pas son envie de lire la suite. Champi reprochera quelques inégalités dans le traitement des chapitres, notant que certains ont un intérêt moindre comparé à l’ensemble. Yvan, Paul et moi modérons moins nos propos sur le plaisir que nous a procuré la lecture de DMZ. Un univers crédible, une série prometteuse et un mélange judicieux de fiction et de réalité. Une série à suivre et des avis sur nos blogs pour détailler cette synthèse collective.

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  1. Mr Pyros dit :

    J’aime beaucoup DMZ aussi et je l’ai fait découvrir à certains, mais je trouve pas que le style soit politiquement incorrect. Matt est au contraire, en tout cas dans les premiers tomes, plutôt politiquement correct (volonté de bien faire son boulot, dénoncé la corruption, les magouilles, fier de son éthique,…), non?

  2. Mo' la fée dit :

    Juste ! ^^ C’est vrai que les premiers tomes n’ont pas cette connotation de « politiquement incorrecte ». De plus, je me suis rendue compte, suite à ta réaction qu’aucune de nos chroniques individuelles ne mentionnait cela. C’est le problème de faire une synthèse sur un tome introductif de série en ayant suivi l’actualité de ladite série. On peut effectivement corriger cette erreur dans notre synthèse pourtant, il faut reconnaître que les derniers tomes de DMZ sont assez incisifs quant au rôle des politiques et des médias. Magouilles, enjeux financiers, gué-guerre entre les deux principaux médias américains… la position de Wood semble assez limpide. En conclusion, même si le qualificatif « politiquement incorrect » ne convient pas à ce premier tome, c’est pourtant un des éléments qui caractérise la série actuellement. Non ?

  3. Mr Pyros dit :

    Pas trop, non. Même si j’aime la série, par son côté sombre, je définirais pas une histoire où un membre de la classe dirigeante se bat pour la vérité et la justice, contre l’oppression des faibles et des minorités, comme un récit « politiquement incorrect ». Il y a un côté cynique, réaliste, le héros est humain, donc susceptible de se planter et/ou de se faire avoir, mais la Morale s’en tire pas trop mal. Même le chef des triades préfère perdre une énorme somme d’argent plutôt que de mettre en péril la tranquillité de sa communauté… Mais sans être politiquement incorrect, à mon sens, ça reste une des séries actuelles qui m’a mis une claque, dont j’attends le prochain tome, et que je fais découvrir avec plaisir.

  4. Mo' la fée dit :

    Oui, mais… et ce média plus ou moins muselé par les politiques ? Le trust chargé de la reconstruction (oui… ce n’est pas dans le tome 1)… Wood ne se cache pas pour faire une critique amère de la société américaine…

  5. Mr Pyros dit :

    Critique amère de la société ne veut pas dire politiquement incorrect, surtout quand la critique vise des points où il y a consensus pour réprouver une pratique. Définition : « être politiquement incorrect, consiste à briguer une liberté de penser au-delà des discours majoritaires, et ce au risque de choquer. Actuellement, nombreux sont ceux qui revendiquent cette étiquette sans pourtant combattre la pensée dominante, condition sine qua non du politiquement incorrect. » Autrement, je me demande si ce débat intéresse qq’un? Ne sommes nous pas contaminés par le syndrome du gendarme de St-Trop’????? Là, j’ai peur…

  6. Mo' la fée dit :

    Vas savoir Charles… ^^

  7. Lunch dit :

    Non mais je vous lis hein. C’est juste que j’ai pas lu la série donc ^^  » Vous n’êtes pas seuls !  » :)

  8. Mr Pyros dit :

    Eh ben va la lire!!!! Comme ça tu pourras nous départager, et on pourra passer à autre chose! ;)

  9. […] (Paul Pope), 2008, Dargaud Black Hole – Intégrale (Charles Bruns), 2006, Delcourt DMZ (Brian Wood & Riccardo Burchielli), série débutée en 2007, Panini Comics Fables (Bill […]

  10. […] également l’avis de Mo’ sur K-BD […]

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