entete pluto

Pour les humoristes en puissance, mettons tout de suite les points sur les «i» : il n’y a aucun rapport entre ce manga et le chien de Mickey. Le titre de cette série, Pluto, n’est que la version anglaise de Pluton, dieu romain des enfers. Un titre qui en dit long sur la dernière œuvre de Naoki Urasawa, l’auteur de Monster au nom déjà si évocateur. Enfin… qui en dit long… Au terme de ce premier tome, on ne fait pas encore vraiment le rapport entre l’histoire et le titre du livre. On a bien quelques soupçons, mais rien de plus parlant.

L’histoire, peut-être serait-il temps d’en parler…
Dans un futur proche, les robots font partie intégrante du quotidien de l’humanité. Ils exécutent les tâches les plus diverses, du robot à tout faire au robot policier. Comme de tous temps dans son histoire, l’Homme a besoin d’un bouc émissaire sur lequel projeter tous les malheurs du monde. Dans cette fonction aussi bien que dans nombre d’autres, les robots ont remplacé les immigrants : ils subissent à présent les rejets et les accusations les plus imbéciles.

De tous ces robots, sept dans le monde sortent du lot : les sept robots les plus puissants au monde, chacun spécialisé dans un domaine de compétence. Parmi ceux-là, Mont-Blanc vient d’être assassiné, en même temps qu’un militant pro-robot. Sur chacun des corps, une paire de cornes est symbolisée. Et si le meurtrier était un robot ? Une perspective inenvisageable : un robot ne peut pas tuer un humain. Et pourtant, cette piste est on ne peut plus sérieuse. Et voilà que l’inspecteur Gesicht, l’un des six super-robots survivants, nous entraîne dans une enquête qui va bien plus loin que l’on ne s’y attendait.

Naoki Urasawa a déjà montré à la face du monde sa maîtrise du manga (Happy !, 20th century boys), et en particulier du thriller (l’inoubliable Monster). Avec Pluto, il confirme cette tendance. Il disperse les indices dans les recoins les plus anodins du récit, crée des rebondissements à toutes les situations et ouvre constamment de nouveaux tiroirs, ce dès le début de l’histoire. Il nous piège, sème le trouble et brode une intrigue qui nous échappe totalement. Il esquisse un adversaire implacable, d’une puissance titanesque, une ombre qui ne se dévoile pas mais qui n’en est pas moins omniprésente et terriblement menaçante.
Dans ce contexte très sombre souligné par le trait réaliste de l’auteur, il fait évoluer des personnages en quête de réponses et des psychologies complexes. Eh oui, les robots aussi ont une psychologie, Urasawa va nous le faire découvrir, secouant dans tous les sens les lois sur la robotique d’Isaac Asimov (de quoi intriguer les inconditionnels de la SF) et nous plonger dans un profond questionnement sur la notion d’humanité, thèmes récurrents dans la science fiction. Gunnm, Ghost in the Shell ou Cybersix pour ne citer qu’eux avaient déjà abordé la thématique.
Toujours plus loin, Urasawa intègre à son récit des éléments qui ne sont pas sans nous rappeler des problématiques actuelles telles que la guerre idéologique et l’intolérance.

On applaudira également l’incroyable sens de la narration et du découpage de l’auteur. On soulignera la raréfaction des temps morts : on a souvent reproché à Urasawa d’avoir tendance à traîner en longueur. Pluto semble échapper à cette tendance, avec une série complète en seulement 8 tomes.

Bref, voilà un manga qui ne laisse pas indifférent, d’autant que sa genèse est à la hauteur de son contenu, puisqu’il s’agit d’un hommage rendu à Osamu Tezuka et à son célèbre Astro que le récit fait naître le 7 avril 2003. Tiré d’un unique épisode du Maître, Naoki Urasawa s’est littéralement approprié le contexte, le scénario et les personnages au point d’en créer une œuvre à part entière. Déjà un classique selon David. Référence géante à Astro, cette série multiplie les clins d’oeil à l’ensemble de l’immense œuvre de Tezuka.

De façon plus pragmatique, on apprécie également l’objet : quelques pages en couleur, soin apporté à la couverture.

Bref, s’il est besoin de le préciser, Champi, David, Lunch, Yvan, Nico et moi sommes unanimes quant à la qualité de ce manga : une réussite, une BD de grande qualité qui nous a littéralement conquis.

avatar badelel couleur transp

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  1. […] il en sera de même chez nous. Comment ne pas citer ses autres productions tout aussi remarquées : Pluto, 20th Century Boys (qui a obtenu le Prix de la série en 2004 à Angoulême), […]

  2. […] (Luc Brunschwig & Laurent Hirn), série en 5 tomes publiés entre 1992 et 2002, Delcourt Pluto (Naoki Urazawa & Osamu Tezuka & Takashi Nagasaki), série en 8 tomes publiés en 2010 et […]

  3. […] également l’avis de Badelel sur K-BD […]

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