entete abdallahi

Au début du XIXème siècle, l’Europe s’est peu à peu installée sur les côtés africaines, y a établi ses comptoirs. Mais elle connait encore peu le centre du continent noir, plus sauvage. Les conquêtes se sont toujours soldées par des échecs jusqu’à maintenant.
René Caillé, fils de bagnard Charentais, risque sa vie pour réaliser son rêve : être le premier homme blanc à entrer dans Tombouctou, la cité sacrée, et à en revenir vivant.
Pour cette quête, il se fait passer pour pratiquant de l’Islam et apprend le Coran. Il se fait appeler Abdallahi, qui signifie le serviteur de Dieu. Il tisse des contacts avec les tribus, parle leur langue. Il vit comme eux et auprès d’eux.
Un périple dangereux et pour lequel il laisse sa santé puisqu’il en meurt presque.
Le voyage d’un explorateur qui défie l’inconnu. Une aventure longue de deux ans, qui l’a mené du Sénégal au Maroc, en passant par le cœur du Mali.

Abdallahi est l’œuvre de deux auteurs bordelais : Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx.
Avec ce diptyque, paru en 2006, ils contribuent au renouveau des éditions Futuropolis.
Christophe Dabitch signe avec Abdallahi son premier album et le début d’une étroite collaboration avec Futuropolis. Il sera ensuite le scénariste, entre autres, de La ligne de fuite et Mauvais garçons avec Benjamin Flao au dessin.
Jean-Denis Pendanx, déjà connu pour son travail sur Les Corruptibles ou Labyrinthes, a complètement changé de style graphique pour ses projets avec Christophe Dabitch. Tout d’abord avec Abdallahi mais ensuite aussi sur Jeronimus. Une peinture qui se prêtait bien à ces deux récits, mais qu’il ne compte pas renouveler sur ses œuvres futures.

Parlons justement de ce graphisme si particulier. Nous sommes tous unanimes pour dire que Jean-Denis Pendanx, au travers de son travail de peintures avec des couleurs directes, sublime à merveille le récit de Christophe Dabitch. Ces magnifiques visuels faits d’ocre, de rouille et de bleu marine rendent l’éclat des beautés non souillées de l’Afrique. La colorisation est brûlante, brillante. Un graphisme qui favorise le ressenti des souffrances et des émotions de René Caillé tout au long de la lecture. Odeurs et sons nous envahissent, jusqu’à la chaleur étouffante du Sahara.
Yvan rajoute même que les vignettes sont dignes des peintres impressionnistes et que l’on aimerait bien accrocher à ses murs, respirant l’atmosphère d’une Afrique poussiéreuse à la chaleur palpable.
Pour Badelel et moi, nous qui avons eu la chance de voir quelques originaux lors de diverses expositions, c’est d’autant plus bluffant.

Mais la beauté des planches ne serait pas grand chose sans la force du récit de Christophe Dabitch. Des citations qui nous immergent au cœur du personnage central, auquel on s’identifie pleinement dans la souffrance et l’objectif. On imagine René Caillé lisant lui-même ses carnets de voyage. On partage les joies et les peines des voyageurs. On est subjugués par la richesse du pays, intrigués par les coutumes et la simplicité des peuples, touchés par la dureté de la vie et du climat, déchirés par l’horreur des cadavres et le l’esclavage. Une histoire intimiste et poignante.
Car Abdallahi, au travers de l’aventure vécue par René Caillé, est une quête qui ouvre les yeux sur l’Islam, les coutumes des tribus locales et les méfaits de la colonisation.

Nous ne tarissons pas d’éloges pour parler de cette série au sein de notre équipe.
David n’hésite pas la classifier parmi les chefs d’œuvres. Une adaptation qui sent bon le vécu et qui fascine par la magie de ses tableaux somptueux et son souffle épique.
Yvan évoque un voyage passionnant qui incite le lecteur à la réflexion. La compréhension de l’autre, l’incitation au respect, qu’il s’agisse d’une autre culture, période, religion ou personne.
Pour Mo’, c’est un voyage graphique magnifique et une lecture prenante. Dérangeante aussi, de part l’omniprésence du racisme et de la foi. Elle s’est parfois sentie mal à l’aise et coupable de la pratique de l’esclavagisme.
C’est pour moi une nouvelle référence dans la bande dessinée. Un conte merveilleux qui éblouit les yeux et accapare les pensées, avec des textes habilement choisis et superbement mis en valeur.
Badelel parle d’un scénario qui peut sembler basique à première vue – il ne s’agit que d’une adaptation – mais qui au contraire fait rêver et transporte dans un univers incroyable. Et si le mot de la fin était pour elle, justement : un poème !

Si vous avez apprécié cet album, vous prolongerez peut-être alors le voyage par delà les sables. La poésie du récit, l’aspect contemplatif du diptyque, nous rappelle par moments certains Corto Maltese, et notamment Les Éthiopiques. Les Tours de bois Maury pour son approche de l’Islam aussi.
Comme avec Le photographe, on vit un magnifique voyage au milieu d’un continent dont on prend plaisir à découvrir la culture.
Comme dans La Tentation, le personnage principal est en proie à des questions spirituelles et un questionnement intérieur permanent.

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  1. […] bord de l’Etoile Matutine (Riff Reb’s), 2009, Soleil Abdallahi (Christophe Dabitch & Jean-Denis Pendanx), série en 2 tomes publiés en 2006, Futuropolis […]

  2. […] également l’avis de Lunch sur K-BD […]

  3. […] L’avis d’Yvan sur CoinBD et celui de bdparadisio. La synthèse de kbd. […]

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