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Jeanne Picquigny est une belle femme. Riche, fougueuse, intelligente, audacieuse et franche, cette jeune dame s’ennuie dans un petit confort routinier très conventionnel. Elle est promise à un jeune bourgeois fade, effacé, prévisible. Mais dans les années 20, il convient de se marier à quelqu’un de son rang. Alors, avant de se ranger définitivement dans une vie qui semble toute tracée, Jeanne décide de partir en Afrique sur les traces de son père.
Sur place elle fait la connaissance d’Eugène Love Peacock, un expatrié français, qui sert aussi bien de guide à touristes en mal d’aventure que d’organisateur de safaris pour bourgeois assoiffés d’ivoire. Ses services sont à vendre au tout venant à condition de pouvoir y mettre le prix. Qu’à cela ne tienne, son aplomb et son expérience convenant à Jeanne, elle l’embauche pour son périple en terres africaines.

Fred Bernard a commencé à dessiner dès l’enfance, inspiré par les images « d’ailleurs » qui défilaient à la télévision. Puis, il croqua ses nombreux voyages à travers le monde, à commencer par l’Ecosse, où il vécu près d’un an, mais également l’Inde, le Canada, Cuba… En mai 2001, au retour d’un voyage en Afrique, il réalise La Tendresse des crocodiles. Il était jusqu’alors reconnu comme scénariste d’albums jeunesse, souvent réalisés avec François Roca (première collaboration en 1996 avec La Reine des fourmis a disparu, Goncourt Jeunesse 1996 et Prix Sorcières 1997). A partir de cette date, ils réalisent un ou deux albums par an et seront plusieurs fois récompensés (à ce titre Jesus Betz et Jeanne et le Mokolélé obtiennent plusieurs prix en 2002). S’il débute une carrière d’auteur de bandes dessinées destinées à un public adulte, il poursuit en parallèle sa collaboration avec François Roca, notamment en écrivant en 2003 L’Homme Bonsaï (chez Albin Michel), qu’il adapte seul six ans plus tard (chez Delcourt).

Mais revenons à Jeanne Picquigny qui fait vibrer cet album à merveille. Ce que nous retiendrons d’elle, c’est avant tout l’aventurière que David et Yvan se risquent à comparer à Corto Maltese ! En effet, elle dispose d’une incroyable présence et d’un charisme qui marque les esprits longtemps après la lecture. Si nous ne sommes que trois lecteurs dans l’équipe de kbd à avoir publié un avis, précisons qu’en coulisse, Paul ne tarit pas d’éloges sur cette série qu’il connait de longue date. La quête que Jeanne mène pour retrouver son père sera l’occasion pour elle de se rencontrer à travers de nouveaux horizons, loin du coquet décor social qui la protégeait jusqu’alors. Dans ce réel dépaysement, la plume de Fred Bernard fait naître une héroïne qui marie aventure et sensualité, et l’amène à maturité, sous nos yeux. Malgré les dangers et certaines situations incongrues, Jeanne ne se déstabilise pas et mène avec aplomb et intelligence ses combats verbaux avec Peacock. Du duo principal aux personnages secondaires, Fred Bernard fouille ses créatures, les matérialise, les rend concrètes et réelles.

Pour accompagner ce personnage féminin central haut en couleurs, Fred Bernard a opté pour une narration singulière, à la première personne, en alternant dialogues et journal intime. Ce choix permet des enchainements fluides, des transitions originales nous faisant osciller entre réalité et monde onirique. Les décors nous guident dans ce voyage à l’aide d’un trait épais, brut, fortement imprégné d’ambiances africaines, un style efficace et propice au voyage. Yvan salue le choix du graphisme en noir et blanc, laissant à chacun la possibilité d’imprégner cet univers des teintes qui lui siéent. Des fonds de cases tantôt dépouillés tantôt surchargés, à la limite du kitch, soignant le détail jusqu’à la forme de certains phylactères ou aux contours de cases parfois très ornementaux. Un travail original auquel je n’ai pas été insensible.

Un album pour lequel on ne tarit pas d’éloges dans l’équipe : pur moment de bonheur pour David, un album subtil et dépaysant pour Yvan. Quant à moi, avec le recul, j’en ferais volontiers un coup de cœur de lecture.

En octobre 2004, Fred Bernard signe la suite des aventures de Jeanne Picquigny avec L’Ivresse du Poulpe, un récit moins abouti et plus tourmenté. En 2006, il donnera vie à la petite fille de Jeanne dans Lily Love Peacock, une pétillante jeune femme qui a autant de charisme et de charme que sa grand-mère. Plus récemment, en 2010, il sort Cleo qui semble s’inscrire dans cette même veine d’héroïnes « bernardesques ». Enfin, plus généralement, Jeanne Picquigny peut s’afficher sans rougir aux cotés d’autres aventurières mémorables comme Cyann, Ida, Ariane de Troil (Les 7 Vies de l’Epervier, Plumes au Vent) ou Jade (Djinn).

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  1. […] Blain), série débutée en 2001, Dargaud J’ai tué Adolf Hitler (Jason), 2006, Carabas (Une aventure de) Jeanne Picquigny  (Fred Bernard), série en 2 tomes publiés en 2003 et 2004, Seuil Jeronimus (Christophe Dabitch […]

  2. […] également l’avis de Mo’ sur K-BD […]

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