entete nos peres

Nouvel album, nouveau voyage à travers les images et les codes de la bande dessinée. Avec Là où vont nos pères, Shaun Tan explore un mode de récit à la fois classique et surprenant. Avec un parcours d’illustrateur de livres d’images, il expérimente en même temps que nous une technique qu’il connait peu, accompagné d’illustrations absolument sublimes. Jugez un peu…

Un homme prépare sa valise. Il emporte les souvenirs de ceux qui laisse derrière lui : sa famille. Cette même famille qui l’accompagne jusqu’au train, qui le mènera ensuite jusqu’au bateau, qui conduira finalement vers ce lieu tant rêvé : ailleurs. Ailleurs, là où il n’y a ni famine, ni misère, ni guerre, ni dictature. Vous l’aurez compris, Là où vont nos pères nous parle de l’immigration.

Enfin… nous parle… un bien grand mot, car c’est un roman graphique muet. Il est pourtant bien plus évocateur que les écrits et les commentaires, et donne la parole aux immigrés. En effet, par l’absence de texte, on partage d’autant mieux l’expérience de cet homme. Nous nous identifions à lui. Nous vivons ses problèmes, ses doutes, ses sentiments. Nous nous immergeons dans cette vie, d’autant plus que l’on découvre le monde imaginé dans lequel il évolue en même temps que lui.

L’univers d’ailleurs : derrière ces sublimes crayonnés aux teintes sépia se cache un monde onirique. En imitant les vieilles photographies, il comporte des éléments du passé tout en proposant un décor futuriste. Intemporel, il est également impossible à localiser, avec une architecture particulière et des objets, des animaux, des aliments, une écriture qui lui sont propres. On pourra pourtant y reconnaître temporellement et géographiquement des éléments de notre histoire.
Peut-être est-ce là un moyen d’ancrer ce récit dans notre monde bien réel ? Celui où hommes et femmes débarquent chaque jour dans un pays nouveau (notamment la France) et sont confrontés aux difficultés d’obtenir des papiers et de s’insérer. Tous ces gens qui fuient la misère physique, matérielle et morale et se trouvent confrontés aux multiples barrières culturelles, langagières et sociales, tous ceux qui peuplent les interminables files d’attente des organismes publics à la recherche d’un emploi, d’une aide, d’une reconnaissance, tous ceux-là se reflètent dans l’histoire de cet homme.
Les éléments fantastiques nous permettent en fin de compte d’appréhender le quotidien bien concret de tous ces gens à travers un langage universel : celui de l’image.

Ce n’est pourtant pas un récit pessimiste et dramatique. Il montre la solidarité qui se tisse entre les gens et les joies qui peuvent naître d’une telle situation, au point que Yvan lui reproche d’idéaliser l’immigration.

Au final, nous nous rassemblons tous derrière cet ouvrage majestueux qui compte 128 planches de crayonnés d’une grande qualité. « Un voyage magnifique » selon Mo’. « Un album sublime, indispensable, essentiel » pour David. « Un roman graphique qui se passe de parole » pour Lunch. « Une BD silencieuse qui mérite de faire beaucoup de bruit ! » selon les propos de Yvan. C’est pour moi un livre qui mérite pleinement son prix du meilleur album à Angoulême en 2008.
Un travail de quatre ans bien récompensé pour l’auteur sino-australien Shaun Tan qui a également reçu pas moins de trois prix dans son pays d’origine pour ce même album (The Arrival dans sa version originale). Habituellement plus versé dans la création de livres illustrés, tels L’arbre rouge et Contes de la banlieue lointaine, Là où vont nos pères reste sa seule expérience dans l’art séquentiel.

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  1. […] seule récompense « Meilleur Album ». Depuis 2000, sept lauréats sont des auteurs étrangers (Shaun Tan, Carlos Nine, Marjane […]

  2. […] Au tout début, en 1976, quatre albums recevaient le prix suprême : œuvre réaliste française (Le vagabond des Limbes T2), œuvre réaliste étrangère (Corto Maltese : La ballade de la mer salée), œuvre comique française (Gai-Luron T2) et œuvre comique étrangère (La tribu terrible). Ce n’est qu’à partir de 1981 que le prix se structure vraiment, qu’il prend le titre d’Alfred du meilleur album, et qu’il n’y a plus qu’un seul vainqueur… même si cette année-là voit la récompense attribuée ex-æquo à Paracuellos (de Carlos Gimenez) et Silence (de Didier Comès). L’ambivalence récompenses françaises et étrangères revient en 1986 et perdure jusqu’en 2001. L’Alfred devient Alph-Art en 1988. Le Fauve d’or, dernier nom en date, apparaît en 2008 (Là où vont nos pères). […]

  3. […] Dargaud Julius Corentin Acquefacques (Marc-Antoine Mathieu), série débutée en 1990, Delcourt Là où vont nos pères (Shaun Tan), 2007, Dargaud Requiem Chevalier Vampire (Pat Mills & Olivier Ledroit), série […]

  4. […] également l’avis de Badelel sur K-BD […]

  5. […] Une interview de l’auteur sur du9. Les avis des compères de kbd. […]

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