entete cinq mille

Au rayon des biographies fictives, après le traitement « nouvelle vague » de David Mazzucchelli, l’exploration fantastique de Jiro Taniguchi et l’approche anthropomorphique de Gerry Alanguilan, nous vous proposons aujourd’hui un traitement du sujet plus classique avec l’ouvrage de Manuele Fior.

Manuele Fior est un artiste en plein essor. Cet auteur italien compte déjà plusieurs albums à son actif, dont quatre ont été traduits et publiés en français : Les gens le dimanche et Icarus chez Atrabile,  Mademoiselle Else chez Delcourt. Cinq mille kilomètres par seconde est le dernier album en date à avoir obtenu le Fauve d’Or à Angoulême.

On assiste à la naissance d’une amitié entre trois jeunes adultes : Lucia, Piero et Nicola. Si les deux garçons se connaissent depuis l’enfance, Lucia les rencontre au moment où elle emménage dans le quartier avec sa mère. La beauté et la sensualité de la jeune femme déclenchent une rivalité fraternelle entre les deux adolescents. A mesure que le trio tisse des liens, l’amitié des jeunes hommes s’émaille, d’autant que Nicola n’est pas dupe : l’attirance mutuelle de Piero et Lucia sonne comme une évidence. Nicola s’efface, pourquoi lutter ? Quelque temps après, le jeune couple se montre au grand jour. Ils vivent intensément leur relation jusqu’à ce que leurs cursus universitaires, puis leurs orientations professionnelles, les conduisent l’un en Norvège, l’autre en Egypte.

Vingt ans plus tard, l’un comme l’autre restent nostalgiques de cette relation…

Si le thème peut vous sembler banal voire trop familier, sachez que le traitement du sujet ne l’est pas. En créant des passerelles entre les parcours de ses trois personnages, Manuele Fior nous fait voyager au milieu de différentes atmosphères, tantôt dans le « passé immédiat » chaleureux et spontané de la rencontre en Italie, tantôt dans leurs quotidiennetés routinières d’adultes. Leurs présents ont des relents d’amertume où la nostalgie de ces amours non consommés réchauffe les cœurs. On ressent une aigreur liée à l’idée de ne pas avoir opté pour le bon choix de vie, la mémoire de leurs sentiments leur fait vivre un amour fantasmé (celui du premier amour). Ils se bercent à l’idée que là-bas, à cinq mille kilomètres de distance, quelqu’un pense à eux. Manuele Fior explore les sentiments avec justesse, fait exister « des émotions enfouies que l’auteur effleure avec brio à travers les portraits parallèles de Lucia et Piero » comme le souligne si bien Yvan. Une belle alchimie entre poésie et douceur existe dans ce récit. Elle s’explique certainement par cette précision qu’apporte Badelel puisque « Manuele Fior ne travaille pas comme la plupart des auteurs BD. Il ne prépare pas son découpage et son storyboard avant d’attaquer la réalisation des planches. Il fait ses planches directement, quitte à rajouter un chapitre ou à en enlever un autre ». Une technique déjà utilisée par Jirô Taniguchi…

Séduits par la qualité de la narration, conquis par la qualité des illustrations.

Sans concertations, le travail graphique de Manuele Fior a été salué par l’unanimité de notre groupe de lecteurs. Les aquarelles réalisées par l’artiste sont sublimes, chaleureuses et harmonieuses. Elles stimulent nos émotions, donnent corps à ces personnages sensibles, projettent leur histoire au-delà de la fiction. Un récit qui prend ancrage dans notre réalité de lecteur. La colorisation joue un rôle important, « elle suit le récit, elle s’impose tout simplement. Le jaune éclatant de l’Italie, le mauve des longues nuits de Norvège, l’ocre du désert Égyptien, jusqu’au gris des derniers instants » remarque Lunch. Dans mon avis, les mots m’avaient manqués pour décrire la beauté de ces planches. Différentes ambiances se relayent ici afin de mettre en valeur non-dits et sentiments, ressentis et sensations. Le lecteur contemple, s’implique et voyage dans ces multiples changements de décors. Cette histoire intemporelle et profondément humaine fait écho et nous invite à nous poser la question de nos propres attaches affectives.

« Tu sais ce qui est pire que partir ?

Revenir. Te dire que tu as fait tes expériences. Et qu’il est temps de rentrer à la maison. Tout retrouver comme tu l’as laissé. Rien n’a changé à part toi-même ».

Un coup de cœur partagé par quatre lecteurs.

avatar mo couleur transp

Publicités

"

  1. Belzaran dit :

    Ca donne envie !

  2. Lunch dit :

    Elle est douée Mo’ pour donner envie aux lecteurs :) Ceci dit, concernant l’album en question, rien que la cover et les couleurs chaleureuses donnent envie de le lire :)

  3. Mo' dit :

    absolument Lunch ! Cet album n’a pas besoin d’aide pour attirer le regard et tenter le lecteur ! ^^

  4. Admirable certes, mais pas inoubliable…

  5. Mo' dit :

    Bonjour Jean-François, je suis d’accord avec toi. J’avais pourtant rédigé une chronique très positive sur l’album mais, avec le recul, je reconnais que le scénario est « léger ». Mais je garde des souvenirs très nets de cette lecture et de ce voyage graphique… de toute beauté !

  6. […] Jean-Philippe Stassen), 1999, Dupuis Le bleu est une couleur chaude (Julie Maroh), 2010, Glénat Cinq mille kilomètres par seconde (Manuele Fior), 2010, Atrabile Coney Island Baby (Nine Antico), 2010, L’Association […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s