entete corbac

Armand Corbacobasket est un humain comme vous et moi… Enfin comme vous et moi. Disons que lui porte des baskets. Ce n’est quand même pas rien. Comment ? C’est un corbeau ? Oui c’est un corbeau. Enfin, je ne vois pas ce que ça change, il a des baskets parbleu ! Si sur KBD, tout le monde commence à porter des baskets, ça va devenir n’importe quoi !
Entre nous, si ça vous pose problème qu’Armand soit un corbeau alors je vous conseille de prendre, comme lui, rendez-vous chez le Docteur Verlecorbo, éminent psychiatre qui possède tous les signes distinctifs de sa charge : entonnoir sur la tête et énorme stylo plume…

Oui, je sais comme ça, le pitch fait un peu peur. L’impression de grand n’importe quoi qui prédomine n’est peut-être pas le fruit du hasard. Mais entre nous, quand les chroniqueurs associés que nous sommes sur KBD convoquent tour à tour les figures de Kafka, Devos, La Fontaine, Sempé, Reiser, Alfred Jarry et même le bon vieux Sigmund (Freud), ce n’est pas pour rien. Allez faites-nous confiance, le premier pas dans l’univers chaotique, absurde et un brin anarchique de Fred est le plus compliqué mais après… quel bonheur !

Fred c’est d’abord plus de 50 ans de carrière. Ses premiers travaux sont publiés en 1947, s’en suivra ensuite une carrière exceptionnelle entre Pilote et le journal satirique Hara-Kiri. Quand en 1980, il reçoit le grand prix du festival d’Angoulême, il a déjà signé 12 volumes de Philémon, sa série phare. Mais de l’avis de tous, malgré des albums stupéfiants comme Magic Palace Hôtel ou Le Conteur Electrique, L’histoire du corbac aux baskets est son œuvre la plus aboutie. Elle est d’ailleurs justement récompensée en 1994 par un Alph’Art du meilleur album Angoulême (rappelez-vous le thème du mois !).

Dans cet album atypique, Fred crée un véritable conte satirique où les larmes restent habilement cachées sous le rire, les jeux de mots et une poésie presque enfantine. Pourtant cet album aborde les thèmes difficiles – et malheureusement d’une grande actualité – de l’exclusion et de la discrimination. Sous un prétexte fallacieux (les baskets), Armand y prend tour à tour les rôles de l’étranger, du jeune, du serviteur, du pauvre, bref celui qui n’est pas, n’est plus ou n’est pas encore dans l’ordre hiérarchique établi de notre belle société. Tout le long de l’album, Armand raconte son histoire à coups de flashbacks qui sont autant de focus sur ses (mauvaises) expériences passées. Il y joue le rôle du patient mettant en exergue la figure totalement farfelue du psychiatre. Car comme un miroir au pauvre Armand perdu dans ce monde ubuesque, le psychiatre joue bien plus que le rôle de faire valoir.

Etrangement, comme le souligne Mo’, il est facile de s’identifier au personnage d’Armand. La faute au dessin de Fred, tout en humanité et en trait incisif. Fred le conteur poète est un auteur qui connaît parfaitement les codes de la bande dessinée et en joue à la perfection. Jouant sur les espaces, sur la composition ou sur le lettrage (mais là je vous invite à lire l’éblouissante chronique de Champi sur ce sujet), il donne un rythme particulier à la lecture et démontre toutes les possibilités offertes au média BD. Techniquement, même si certains d’entre nous ont trouvé son trait marqué par le temps, il est capable de varier les plaisirs avec autant de facilité que sa composition. Ainsi, Lunch évoque comme exemple les décorations démesurées du palais de La Baronne. La couleur, réalisée par Jean-Jacques Chagnaud, maître coloriste de son état, joue également un grand rôle dans la qualité générale de cet album aussi haut en couleurs d’un point de vue visuel que scénaristique.

Vous l’aurez compris, Lunch, Mo’, Yvan, Champi, Mitchul ne tarissent pas d’éloges sur cet album. Je les rejoins sans aucune concession. Conte moderne et absurde heurtant un peu plus les esprits, chacun de nous aura été frappé à des niveaux différents par la qualité de cet album, sans aucun doute l’une des grandes œuvres des années Fred. Un album idéal pour découvrir son univers. Bon, seul Yvan aura vu son côté Belge un peu marqué par le sous-entendu possible (et probable) que tout cela eût été le résultat de l’explosion d’une friteuse…. même si cette friteuse était située à Tchnernobyl … Mais tout cela est une autre histoire.

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  1. Belzaran dit :

    C’est simplement une oeuvre magistrale et essentielle !

  2. loula dit :

    tiens c’est marrant il faudra que je le relise car dans toutes les bd de Fred que j’ai lu c’en est une qui ne me laisse aucuns souvenirs alors que j’en aime beaucoup d’autres!!

  3. […] Barre-toi de mon herbe ! (F’Murrr), 1978, Dargaud Gens de France (Jean Teulé), 1988, Casterman L’Histoire du Corbac aux baskets (Fred), 1993, Dargaud Ibicus, t.2 : Livre 2 (Pascal Rabaté), 1999, Vents d’Ouest Isaac le […]

  4. […] représenter les différentes décennies de ce Fauve : Les Cités obscures pour les années 1980, L‘Histoire du corbac aux baskets pour les années 1990, NonNonBâ pour les années 2000. Cette décennie marque un virage dans les […]

  5. […] également l’avis de David sur K.BD […]

  6. […] Frédéric Othon Théodore Aristidès de son vrai nom, Fred (c’est quand même vraiment plus court) nous a quitté le 2 avril 2013, juste assez tard pour qu’on ne croie pas à une nouvelle blague de sa part. Poète de l’absurde qui trouve l’inspiration dans son bain (il ne prenait jamais de douche, c’était beaucoup trop rapide), on se souvient de lui comme étant l’un des rares auteurs à avoir été doublement consacré à Angoulême : le Grand Prix en 1980 et l’Alpha’Art en 1994 pour L’histoire du corbac aux baskets. […]

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