entete nonnonba

Dernière halte aujourd’hui du côté des Fauves d’Or avec NonNonBâ, un album qui a retenu notre attention puisqu’il s’agit du seul manga à avoir obtenu ce Prix (toutes appellations confondues) en 2007. Au risque de vous étonner Messieurs Dames, l’arrivée en France des œuvres de Shigeru Mizuki a bien plus marqué le Jury d’Angoulême que celles de Jiro Taniguchi ou d’Osamu Tezuka ! Comme vous l’avez peut-être constaté, nous avons été soucieux de représenter les différentes décennies de ce Fauve : Les Cités obscures pour les années 1980, L‘Histoire du corbac aux baskets pour les années 1990, NonNonBâ pour les années 2000. Cette décennie marque un virage dans les consécrations délivrées aux productions étrangères. Depuis la création du Prix en 1976, la distinction « Album français »/« Album étranger » disparaît pour le faire plus qu’une seule récompense « Meilleur Album ». Depuis 2000, sept lauréats sont des auteurs étrangers (Shaun Tan, Carlos Nine, Marjane Satrapi…).

Quelques mots sur Shigeru Mizuki ? Il est né dans les années 1920. Gravement blessé pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est amputé d’un bras. Peu à peu, ce gaucher réapprend à dessiner de la main droite et débute sa carrière de mangaka en 1957. Rapidement, il se démarque avec une bibliographie qu’il développe autour des croyances ancestrales japonaises ; le monde des yôkai (petits êtres surnaturels, plus ou moins dangereux, plus ou moins monstrueux) le passionne comme en témoignent 3, rue des mystères, Mon copain le kappa, Kitaro le repoussant… Aux côtés d’Osamu Tezuka (Astroboy, L’histoire des 3 Adolf, Kirihito), de Fujiko F. Fujio (Doraemon) ou de Yoshihiro Tatsumi (Les Larmes de la Bête), Shigeru Mizuki est l’un des artistes innovants de l’après-guerre ; ils ont créé de nouvelles formes d’expression et de nouveaux genres narratifs pour le manga. En France, le travail des Editions Cornélius contribue largement à faire connaître l’œuvre de Mizuki. David souligne d’ailleurs la qualité du travail fourni par l’éditeur qui, en sus de nous offrir un superbe objet respectant totalement l’œuvre originale, l’agrémente de toutes les explications nécessaires pour décrypter correctement les nombreuses références et ainsi prendre la pleine mesure du talent de Mizuki.

Mais revenons-en à NonNonBâ.

NonNonBâ, c’est une petite grand-mère. Son récent veuvage l’obligeant à vivre misérablement, les parents de Shigeru lui offrent l’hospitalité. En échange, NonNonBâ seconde la mère de famille dans les travaux domestiques de la maison et l’éducation des enfants. Rapidement, une grande complicité unit la vieille dame et l’enfant. En s’aidant des situations auxquelles Shigeru est confronté, NonNonBâ va peu à peu lui faire découvrir le peuple des yôkai. Pour l’aïeule, chaque expérience est l’occasion de transmettre son savoir sur les traditions et croyances populaires. Un monde à la croisée de la réalité et du fantastique, où les superstitions et les légendes résistent encore dans les campagnes tandis que le Japon est plein essor industriel, économique… (années 1930). Un récit en partie autobiographique puisque l’auteur a puisé dans ses propres souvenirs, à l’image du petit Shigeru de l’histoire qui, passionné de le dessin, veut devenir mangaka.

Comme le qualifie Champi, « un voyage exotique » sur fond de chronique sociale. Le personnage de NonNonBâ est une passerelle entre l’univers d’enfant de Shigeru, le monde des adultes et la transmission orale des coutumes, contes et superstitions d’un Japon ancestral. Les petits êtres fantastiques ne sont autres qu’un prétexte pour donner un nom aux maux comme pour mieux les exorciser. Sur ce point, je vous renvoie vers Lunch qui a été assez sensible aux valeurs véhiculées par ce manga. Un ouvrage de 400 pages qui se découpe en plusieurs chapitres, comme des fenêtres qui s’ouvrent sur les différentes manières de voir le monde. L’univers des yôkai et celui des humains interagissent. Cette alternance est fluide grâce à NonNonBâ, subtil lien entre les deux mondes. Son regard (sage, généreux, avisé) et celui de l’enfant (naïf et spontané) créent une ambiance atypique. Ses anecdotes sont autant de prétextes pour parler de la mort (abordée sans détours, comme quelque chose de naturel), des petits plaisirs de la vie, des valeurs familiales… On profite d’un panel de personnages secondaires (père, mère, frère, camarades de classe… de Shigeru) aux personnalités bien marquées. A chaque chapitre, une morale en guise de leçon de vie universelle qui marque également les étapes que passent Shigeru en grandissant. Il n’est plus tout à fait un enfant, pas encore un adolescent, NonNonBâ est aussi un récit initiatique comme le dit à juste titre Badelel.

Quant au côté visuel, Paul rappelle qu’il ne faut pas s’arrêter au style graphique faussement simple de l’ouvrage. Yvan quant à lui met en avant les caractéristiques d’un dessin rond et assez espiègle mit entièrement au service de l’histoire. On retrouvera d’ailleurs la même rondeur, la même spontanéité dans Kitaro le repoussant.

Cette œuvre nous fait passer du rire aux larmes et les passages lyriques renforcent l’implication du lecteur dans cet univers. Je me joins à mes collègues pour vanter les qualités de cette chronique sociale pleine de fraîcheur et de sagesse qu’est NonNonBâ. C’est assez rare de constater un engouement unanime d’autant que nous sommes 7 lecteurs aux goûts assez éclectiques.

Ainsi se clôt pour nous le voyage au cœur des Fauves d’Or, un mois plein d’émotions et de nostalgie et un
e synthèse qui offre une transition en or (encore !!) pour le mois à venir puisque nous vous emmènerons découvrir « Le manga… autrement ».

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  1. Choco dit :

    Une bien belle chronique qui me donne envie de le relire ! En tout cas, j’ai hâte de découvrir vos sélections du mois prochain :)

  2. Lunch dit :

    Un pronostic peut-être ? :)

  3. Choco dit :

    HUm… Bon, qui dit manga différent, dit manga d’auteur, je pense. Alors je dirais qu’il y aura Blue :) (vu chez david !). Après il pourrait y avoir un Matsumoto par exemple. Je pense à Maruo que je kifferais trop de vous voir traiter ! Il pourrait y avoir du Tatsumi, du Hirata aussi. Y’a des dizaines de possibilités en fait ! Il faudrait des indices comme chez Yaneck ^^

  4. Lunch dit :

    C’est pas mal, pas mal du tout :) Pour les indices, la bannière du mois d’octobre devrait arriver bientôt :)

  5. Choco dit :

    Tsss ! tu lâches rien ! Mais bon, j’en conclue que je ne suis pas trop à côté de la plaque ! :D

  6. Lunch dit :

    Ah ben non, trop facile sinon ^^

  7. Joelle dit :

    J’en garde un très bon souvenir mais en lisant ce billet, je me rends compte que j’ai déjà oublié beaucoup de choses sur cet album … ah, c’est un peu dommage qu’une lecture en chasse une autre et que les souvenirs finissent par devenir flous !

  8. Lunch dit :

    Tu peux toujours le relire ^^ Ça fait du bien parfois de se replonger dans les bonnes choses :)

  9. […] de Shigeru Mizuki, incontestablement le mangaka le plus prolifique en terme de yôkai (NonNonBâ, Kitaro le repoussant, Le dictionnaire des monstres […]

  10. […] s’est achevé sur un titre fleurant bon l’étrangeté extrême-orientale : NonNonBâ, de Shigeru MIZUKI. Un titre et un auteur dont la force première est de nous rappeler que le manga […]

  11. […] sans en avoir l’air (Philippe Dupuy & Charles Berberian), 1998, Les Humanoïdes Associés NonNonBâ (Shigeru Mizuki), 2006, Cornélius Notes pour une histoire de guerre (Gipi) 2005, Actes Sud […]

  12. […] également l’avis de Mo’ sur K.BD […]

  13. […] en animés. En France, ce sont les éditions Cornélius qui, après le succès de Mizuki avec son NonNonBâ primé comme meilleur album à Angoulême en 2007, qui continue d’éditer l’œuvre de ce […]

  14. […] NonNonBâ… un nom, un titre qui vous évoquent forcément quelque chose puisque c’est avec ce manga que Shigeru MIZUKI se fit connaître en France grâce à un prix à Angoulême en 2007. C’est sur ses traces que k.bd vous invite aujourd’hui, à travers la Vie de Mizuki qui nous replonge dans son enfance au Japon dans les années 1920-1940, début de l’ère Showa. […]

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