entete urban

Nous avons décidé de conclure le mois consacré à la Science-Fiction avec un album réalisé par un auteur qui nous tient particulièrement à cœur dans l’équipe : Luc Brunschwig. Il entame sa carrière d’auteur précocement puisqu’il se met très tôt à écrire des scénarios ; les premières fondations d’Urban sont ainsi posées en 1982 sous le titre de « Sin City ». Brunschwig présente ce projet en 1991 à Guy Delcourt qui le rejette. Brunschwig range son projet temporairement mais en 1992 Franck Miller publie son Sin City… c’est donc tout l’univers qui devra être remanié. Pas de rancœur pourtant puisque 1992 est l’année où le scénariste se fera connaitre des bédéphiles avec la publication du premier tome du Pouvoir des Innocents, une série en 5 tomes qu’il mettra 10 ans à développer avant d’offrir sur un plateau d’argent le tome final en 2002. D’autres projets voient le jour pendant cette période : Vauriens (série qui démarre en 1995), L’Esprit de Warren (en 1996) mais surtout Urban Games en 1999 (publié chez Les Humanoïdes Associés) qui donne la preuve flagrante de l’obstination et de l’attachement de Brunschwig à son « Sin City » originel.

Mais voilà, l’aventure s’arrête nette après la publication du premier tome. Le dessinateur quitte la série. L’idée de poursuivre survit cahin-caha mais aucun dessinateur ne s’engage. Et puis en 2008, juste avant de mettre à la corbeille toutes ses notes, l’auteur le relit et décide de réécrire complètement le scénario. Concours de circonstances : la même année, Luc Brunschwig rencontre Roberto Ricci, lui parle de ce projet sur lequel il planche depuis 30 ans et lui décrit cet univers qui a germé lorsqu’il écoutait Sin City d’AC/DC et qu’il souhaitait adapter en bande dessinée… Roberto Ricci est le premier dessinateur en 13 ans qui accepte d’illustrer cet univers. Cette collaboration ingénieuse donne Urban. Et si les passerelles sont nombreuses entre Urban Games et Urban, c’est un nouvel univers qui voit le jour ici. La suite est d’ores et déjà attendue, la série devrait contenir 6 tomes.

In goin’ in
To sin city
I’m gonna win
In sin city
Where the lights are bright
Do the town tonight
I’m goin’ win
In sin city
Let me roll ya baby
(AC/DC, Sin City)

Cas de force majeure, après avoir réécrit ce long préambule que nous nous étions déjà appliqués à rédiger les uns et les autres sur nos blogs respectifs et en bonne Mo’ Dalton qui se respecte, je jette l’éponge sur la réécriture d’un synopsis d’album que j’avais déjà eu du mal à produire. Fort heureusement, les présentations officielles sont en ligne sur le site des éditeurs. En l’occurrence, nous en profitons également pour saluer le travail de Futuropolis qui offre à Brunschwig la possibilité de redonner vie à cette série :

« Luc Brunschwig signe avec Urban une grande série d’anticipation. Dans un futur pas si lointain, il nous convie à Monplaisir, le plus grand parc d’attraction de la galaxie où tout fait l’objet d’un jeu… même la mort.
Zacchary Buzz quitte sa famille de fermiers pour se rendre à Monplaisir, une immense cité dédiée aux loisirs, aux jeux, aux plaisirs… Avec pour modèle Overtime, le plus grand justicier de tous les temps, il rêve d’intégrer la meilleure police du monde : les Urban Interceptor.
Monplaisir est une société hyper contrôlée, dirigée par l’omniprésent Springy Fool. A grands renforts de caméras et d’écrans géants, toute la ville peut suivre en direct les moindres faits et gestes de ses habitants. Monplaisir est également sous le contrôle d’A.L.I.C.E., un système automatisé composé de robots nettoyeurs qui font la chasse aux voleurs, avec des méthodes plutôt musclées… Ce système permet aux policiers de s’occuper des vrais crimes, car derrière la fête et l’amusement, on retrouve les corps mutilés de plusieurs jeunes filles.
(…) Zach, qui rêvait de justice, découvre que tout n’est que violence et cynisme et que le monde magique de Monplaisir est bien cruel… » (synopsis éditeur).

Une belle unanimité des Kroniqueurs de Kbd qui attendent d’ores et déjà le second tome, qu’ils soient un fan assumé de comics comme Yvan ou une SF sceptique comme Badelel. Les raisons sont multiples, à découvrir à travers chaque chronique et les lister ici pourrait faire penser que les Kroniqueurs indépendants que nous sommes ont été grassement payés par l’éditeur. Que nenni, même en période de crise, l’indépendance et l’honnêteté restent de mises ! Alors quoi ? Pourquoi un tel enthousiasme ?

Tout d’abord, si cet univers retrouve un second souffle, c’est grâce à l’intervention de Roberto Ricci. Nous allons donc nous arrêter un premier temps sur le graphisme de cet auteur italien. On apprend notamment sur BDGest qu’il a « grandi entouré de musiques, d’images et de bandes dessinées grâce, notamment, à Heavy Metal. Le choc visuel lui vient d’un certain Gimenez qu’il adule. À 11 ans, il lit Arzach de Moebius et en reste habité durablement ».

Non content de produire une ville à l’architecture impressionnante, le dessinateur nous embarque dans un bal costumé grandeur nature où l’on découvre une myriade de références faites à d’autres univers imaginaires, allant de Casimir à Dark Vador (c’est dire si le panel de références balaye large !). Si vous n’avez pas encore lu l’album, vous pouvez vous amuser à les repérer en lisant nos chroniques respectives. Ce qui frappe en premier lieu dans nos écrits, c’est cette unanimité sur la qualité de son travail. Le dessin sert à la perfection cette histoire. « Une ambiance qui colle à la peau de Monplaisir » selon Lunch, des « couleurs sublimes » pour Badelel qui ne tarit pas d’éloges sur la couverture, un dessin « fluide et très agréable à l’œil » selon Oliv’. Mr Zombi quant à lui souligne le dynamisme et le côté interactif qui se dégagent du trait : « La ville de Monplaisir prend vraiment vie sous nos yeux, à tel point qu’on a l’impression d’en sentir les effluves et d’entendre toute l’agitation qui y règne ». Yvan souligne la facilité avec laquelle Roberto Ricci parvient à nous faire ressentir le côté oppressant de cet univers malgré ses airs festifs. Les artifices des néons, des paillettes et des couleurs chatoyantes donnent à cette ville un côté superficiel qui ne nous a pas dupé. Le graphisme est détaillé, fouillé… si les lecteurs sont sensibles à cette émulation, les lectrices quant à elles saluent le travail de colorisation réalisé sur cet album.

Graphisme et scénario sont étroitement imbriqués ; il y a entre eux une réelle alchimie.

Je vous disais tout à l’heure qu’il y avait plusieurs amateurs de Brunschwig dans l’équip
e mais il faut reconnaitre que quel que soit le genre qu’il aborde, il nous entraîne toujours totalement dans l’univers qu’il crée. Maître conteur, il maîtrise parfaitement ses personnages qu’ils soient principaux, secondaires ou simples figurants. La trame de son histoire prend son relief à travers eux. Urban ne déroge pas à la règle. Ainsi, le personnage principal, Zachary Buzz, a touché tous les lecteurs, à commencer par Badelel qui s’attarde sur son côté « bouseux », « pataud », alors qu’il pique la curiosité de Lunch qui s’interroge sur sa santé mentale… entre autre. Mr Zombi le compare, excusez du peu, à Lennie Small (Des souris et des hommes de John Steinbeck). Pour le reste, il y a Springy Fool (animateur omniprésent que l’on suit comme le Lapin Blanc de Lewis Carrol), A.L.I.C.E. (I.A. qui l’assiste dans le contrôle permanent de cette cité), Monplaisir qui n’est pas que le théâtre de cette histoire mais, comme je le souligne, devient un personnage à part entière, la jeune groom transformée en panneau publicitaire (qui bizarrement a marqué essentiellement les Kroniqueurs hommes à l’instar d’Yvan, de Lunch et d’OliV, mais là, c’est peut-être dû au travail de Roberto Ricci). Pour la richesse graphique, je renvoyais tout à l’heure les lecteurs à nos chroniques respectives afin qu’ils puissent prendre la mesure de la richesse du contenu des visuels. J’aurais tendance à proposer la même chose sur la partie narrative tant nos écrits se complètent et se font écho. Rythme enlevé du récit ou impact de cette vision cauchemardesque d’une société de consommation et de ses dérives… les chroniques sont longues et argumentées, l’album nous plait !

Et si nos échanges « privés » on conduit certains à verbaliser qu’ils s’inquiétaient quant au côté probablement prévisible que peut prendre la série, d’autres sont plus réservés car Luc Brunschwig a déjà su nous étonner maintes fois sur des sujets pourtant couramment traités en BD (voir Holmes, Le sourire du clown ou La mémoire dans les poches qui sont des séries qui rallient bon nombre de lecteurs). Si on peut avoir une inquiétude, c’est sur le temps d’attente du prochain tome aux vus de la qualité du travail de Roberto Ricci et du fait que Luc Brunschwig a débuté 4 séries en 2011 (Urban, Car l’enfer est ici, Les Enfants de Jessica et Lloyd Singer).

Une claque pour Mr Zombi, un récit qui repose sur un personnage à fort potentiel pour Badelel, un univers de science-fiction à découvrir pour OliV, une des cinq meilleures BD de l’année pour Yvan, un tome introductif d’une série qui semble prometteuse pour Lunch. Quant à moi, je vous invite également à lire ce thriller d’anticipation.

avatar mo couleur transp

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  1. Joelle dit :

    L’histoire me tente bien mais de savoir qu’il y aura normalement 6 tomes et qu’on n’en est qu’au premier, ça me décourage d’avance ! S’ils sortaient assez rapidement, ça limiterait les dégâts mais maintenant, je remarque que je perds de plus en plus ma motivation de lecture quand il faut patienter de longs mois pour une suite !

  2. Lunch dit :

    Le tome 2 était déjà pas mal avancé je crois. Roberto Ricci semble bosser plutôt vite, et plutôt bien d’ailleurs aussi ^^ Après, 6 tomes je comprends que ça puisse être rebutant. Maintenant, au moins on est fixé sur le nombre, pas comme certaines séries dont on ne verra jamais la fin ou qui se renouvellent en cycles infinis.

  3. […] Dupuis Universal War One (Valérie Manjin / Denis Bajram), série en 6 tomes, 1998 à 2006, Soleil Urban (Luc Brunschwig / Roberto Ricci), série débutée en 2011, 1 tome paru, Futuropolis Valérian […]

  4. […] également l’avis de Mo’ sur K.BD […]

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