entete sin city

Vous avez apprécié la descente aux enfers en compagnie de ce pistoléro que tout le Far West connaît dorénavant sous le nom de Billy Wild : chasseur de prime ayant déjà 237 âmes à son actif ? Très bien, accrochez-vous alors, car vous allez adorer la quête vengeresse de Marv dans les bas-fonds de Sin City.

Marv est un gars solitaire et pas vraiment fréquentable, une brute épaisse au caractère instable qui répond généralement à la violence par la violence. C’est un tueur comme seuls les bas-fonds d’une ville comme Sin City peuvent engendrer, une montagne de muscles dont la tronche et le cerveau sont ravagés par les coups et l’alcool. Normalement, Marv n’a aucune raison de vivre quand il se réveille le matin, mais ce matin, c’est différent. Hier, il s’est fait draguer par Goldie, une femme qui sent bon, un vrai canon, et jamais il n’avait connu une nuit pareille. Toute la nuit il s’est demandé comment cette fille au corps de rêve à pu le suivre dans cette piaule miteuse pour lui offrir ses charmes. Alors, ce matin, quand il se réveille à côté d’une femme splendide, mais raide morte, avec des flics déjà prêts à le coffrer, il a trouvé un but dans sa vie : trouver qui a tué Goldie et pourquoi. L’heure de la vengeance a sonné… les ennuis commencent, ça va saigner !

« – Demande-toi si ça vaut la peine de mourir pour le cadavre d’une catin.
– Ça vaut la peine de mourir. Ça vaut la peine de tuer. Ça vaut la peine d’aller en enfer. Amen ».

La quête de Marv se déroule dans les bas-fonds de Sin City, au milieu des prostituées, des crapules, des flics véreux et de psychopathes cannibales. Depuis des générations, la ville se nourrit de tous les crimes, tous les trafics. Police, Justice, Eglise, Politiques sont tous corrompus. Voilà pourquoi ses habitants la nomment la « Ville du Péché ».

« Ville pourrie. Ceux qu’elle ne corrompt pas, elle les salit. Ceux qu’elle ne salit pas, elle les tue ».

Sin City, rien qu’en se baladant ce n’est déjà pas top pour survivre, mais quand on se met à remuer la merde, il faut être solide pour durer. Nourri par la haine et la vengeance, Marv commence une descente en enfer, repoussant les limites de son corps et surtout, sans rien à perdre. À Sin City, le faible est écrasé par le fort, mais parfois, un homme défie les puissants, partant pour une mission suicide au nom, si ce n’est de la Justice, de la Vengeance. Mais Justice et Vengeance se confondent souvent à Sin City.

« Sin City, la ville du pêché. Tannée comme le cuir et séchée comme une mèche.
L’amour est son carburant et Marv a l’allumette. Regardez-là brûler ! »

Les personnages proposés par Frank Miller ont tous une part d’ombre car à Sin City, il n’y a pas de bons ou de mauvais, que des pourris, des individualistes, des idéalistes et des héros qui n’agissent que dans leurs propres intérêts, assouvissant leurs pulsions destructrices. Mais malgré la part d’ombre qu’a en lui ce « héros », le lecteur ressent une forte empathie, car le décor, Sin City, est bien plus noir, et de fait, il semble lumineux par contraste. Miller fausse alors notre jugement et nous permet de prendre plaisir dans la lecture en acceptant le recours à la violence, même si on n’est pas fan du genre, et parvient à rendre son personnage extrêmement attachant. Au fil de son enquête, Marv tente d’assembler les pièces d’un puzzle qu’il ne terminera peut-être pas et s’enfonce dans cette société corrompue qu’il ne connaît que trop bien.

« … Et Sin city, la sale grosse pute, elle me supplie, vautrée sur son dos et j’la prends pour tout ce qu’elle a à me donner et j’la prends encore… et encore elle me supplie… bordel, ça fait du bien de se sentir vivant. »

La narration de Frank Miller n’est peut-être pas des plus subtiles, c’est une narration qui sort des tripes, bourrée de sentiments, mélange de démence, d’amour et de colère. L’histoire étant centrée sur Marv, c’est lui qui assure le rôle du narrateur. En l’accompagnant à travers son errance dans la ville, son dialogue intérieur nous livre ses pensées, permettant au lecteur de ressentir les tourments de son âme. Les scènes d’action sont là, à intervalles réguliers, mais la réelle violence est celle ressentie à travers l’introspection du personnage principal, pas celle qui nous est donnée de voir. Si cette narration à la première personne fait mouche, les dialogues, brefs et percutants, claquent comme des détonations et contribuent à poser une ambiance lourde tout au long du récit.

Le graphisme, tout comme l’histoire, est sombre et s’atèle à mettre en scène un univers urbain nocturne en proie à la violence des passions et à la folie des hommes. Dans ce sombre polar où l’amour tente, tant bien que mal, de se faire une place, Miller fait preuve d’un talent graphique et d’une maîtrise du noir et blanc époustouflants. Sur des fonds noirs, Miller fait exploser la lumière blanche. Il imprime sur la rétine du lecteur des contours, des détails et impose une ambiance qui s’installe au diapason du récit. Chaque planche est dépouillée du superflu, tout étant centré sur les personnages et leurs émotions. En contrastant ces deux couleurs, souvent violemment et parfois délicatement, il fait jaillir des sentiments palpables et d’une profondeur extrême, comme lors de ces scènes sous la pluie battante, où chaque goutte sur la carapace sombre de Marv fait jaillir une lumière apaisante et libératrice. Impressionnant !

« J’adore la pluie. J’adore comment elle me coule le long de la nuque, glaciale. J’adore comment l’air devient électrique. Et comment tout devient plus clair. On respire à fond et ça fait travailler les naseaux. C’est ça que j’fais. J’respire et j’laisse mes pieds me conduire là où ça leur plaît. »

Si les femmes fatales de Miller ont des courbes parfaites, il sait aussi tailler dans l’encre les corps monolithiques de personnages qui semblent massifs et lourds, mais dont les mouvements sont vifs et précis. La violence fait alors place, un temps, à l’élégance, à un temps suspendu que l’on sait ne pas durer car le répit n’est qu’éphémère à Sin City. Jouant avec les ombres, il livre alors un combat de toute beauté entre le noir et le blanc. Rendre la mort et la violence aussi belles pourra paraître malsain à certains. Mais quand il n’y a plus rien à espérer, c’est toujours ça de pris… De plein fouet. Une grosse claque graphique !

OliV’ est clairement impressionné par ce tome, qui pose avec force et brio la première pièce d’un monument déjà plusieurs fois récompensé aux Eisner Awards. Il est clairement sous le charme de cet art narratif qui accompagne idéalement un univers graphique mêlant magnifiquement le noir et le blanc. Que d’éloges également sur le site de Mo’, où les plus sceptiques sont encouragés à lire au minimum les quatre premiers tomes, alors que les amateurs se délecteront de la série complète. Mitchul parle carrément d’un choc esthétique, provoqué par cette hallucinante maitrise du procédé négatif-positif et
par cette manière particulière de triturer le noir et blanc jusque dans ses retranchements et de signifier les formes par le contraste et non par le trait, flirtant ainsi avec l’abstraction. Il évoque également un Miller, qui a su remettre au goût du jour le genre « hard-boiled » avec une telle maestria que vingt ans après, on ne s’en remet toujours pas. Champi parle d’un petit bijou ciselé au rasoir graphique, prêt à exploser à chaque page. Il est également subjugué par le noir et blanc de Miller : ses ombres, ses lumières, ses regards esquissés dans la nuit, ses éclats qui fragmentent le monde et l’image, ces lignes qui composent et recomposent les cases avec la délicatesse de l’abstraction. Nico est non seulement bluffé par le dessin et par ce découpage cinématographique tout bonnement génial, mais également par la prouesse de Miller, qui parvient à rendre le personnage de Marv sympathique aux yeux du lecteur. Il parle d’un grand Frank Miller et d’un comics qu’il n’a pas su lâcher avant la fin, accroché à la destinée de ce personnage qui ne connaît aucun répit tout au long des 200 pages et qui vous emmène vers un final éblouissant. Quant à moi, le nom de mon blog trahit mon admiration illimitée pour ce chef-d’œuvre du neuvième art et je vous invite également à découvrir l’adaptation cinématographiquement de Robert Rodriguez avec Mickey Rourke dans le rôle de Marv. Une suite doit d’ailleurs être tournée au courant de l’année 2012… Longue vie à Sin City !

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  1. […] chez Urban Comics. Ce serait dommage de manquer une série qui oscille entre Transmetropolitan, Sin City et Bouncer… Bref, un album tout en finesse […]

  2. […] 1990, Zenda Scarlet (Brian Michael Bendis / Alex Maleev), série débutée en 2012, Panini Comics Sin City (Franck Miller), série débutée en 1994, Vertige Graphic V pour Vendetta (Alan Moore / David […]

  3. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

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