entete kyudo

En 1606, ASAOKA Heibê est de passage au temple de Sanjûsangen-Dô à Kyoto. C’est un grand archer dont le courage et la valeur ont été reconnus par TOKUGAWA Ieyasu lui-même qui lui attribua le titre honorifique de « unique sous le soleil ». Si le temple est célèbre pour ses 1000 bouddhas, il l’est aussi par sa longue coursive de 120 mètres de long. Mis au défi par l’homme l’accompagnant, il réussit à faire passer 51 flèches à travers la galerie sans toucher ni le toit ni le sol. L’exploit est bientôt relayé dans toute la ville et l’orgueil des seigneurs piqué au vif. Bientôt les meilleurs archers du pays sont envoyés pour battre ce record. L’épreuve du Toshiyâ est née.

Hiroshi Hirata, un des auteurs phares du gegika (genre destiné à un public adulte et qui se définit par un dessin réaliste et des sujets plus dramatiques), est un grand spécialiste du Japon médiéval. Ses autres œuvres attestent de son goût pour les récits historiques qu’il a notamment mis en scène dans Zatoichi, Satsuma, La force des humbles, Tueur !, L’incident de Sakaï, Plus forte que le sabre, ou encore La loi du temps.
Si cette histoire date de 1969, elle nous transporte dans le Japon médiéval du 17ème siècle où nous allons suivre Kanzaemon Hoshino, dit KANZA, un jeune paysan qui a vu son père mourir d’une flèche perdue lors d’un entrainement pour le Toshiyâ. Peu après s’être fait vengeance, Kanza est jugé pour son crime. Avant de procéder à son exécution, le seigneur du fief lui demande de faire un tir de flèche : si Kanza touche la cible, on l’épargnera. L’objectif est atteint avec succès. C’est une révélation pour le jeune paysan qui décide dès lors de s’engager corps et âme pour gagner l’épreuve du Tôshiya et devenir “Premier sous le ciel”, et ainsi s’extirper de sa basse condition.

Au-delà de la quête personnelle de KANZA , l’auteur nous fait surtout découvrir l’art et l’esprit du kyûdô, (l’art de tirer à l’arc), ses codes, et l’exigence physique et humaine qu’il implique . Hiroshi Hirata se pose ici en ethnologue et livre avec force détails le quotidien des archers : perfectionnement du matériel, recherche des meilleures conditions météorologiques, de la meilleure posture, entraînement des hommes qui confine parfois à l’épuisement. Le kyûdô est un art difficile qui demande patience et dépassement de soi. Mais un art indissociable du fameux code d’honneur des samurai. Les Kyudoka, les pratiquants du tir à l’arc, engagent leur honneur et même leur vie dans cette compétition. Nombreux sont ceux qui préfèrent se faire seppuku (suicide par éventration à l’aide d’un sabre), plutôt que de rentrer déshonorés de n’avoir pu réussir l’épreuve du Toshiyâ. Nombreux sont ceux aussi qui périrent d’épuisement à force d’entraînements trop drastiques. Le Toshiyâ exige beaucoup des hommes qui ne doivent pas hésiter à dépasser leurs limites physiques et mentales.

Alliant témoignage historique et aventure humaine, Hiroshi Hirata dresse le portrait réaliste d’une société très hiérarchisée qui repousse les basses castes en bas de l’échelle et qui, méprisant le coût d’une telle compétition, n’hésite pas à sacrifier les plus pauvres.
Utilisant un trait soigneux, précis et rigoureux, il réussit à ne pas lasser son lecteur malgré l’aspect redondant de l’intrigue (toujours plus de flèches !) et intime à son récit un rythme varié qui colle aux tensions et aux découragements de l’épreuve.
L’âme du kyûdô se révèle au final un récit parfaitement maîtrisé qui, en abordant un thème quelque peu délaissé par les productions habituelles, met en lumière à la fois une époque historiquement intéressante, mais aussi un art martial dominé par le code d’honneur et la fierté de ses pratiquants.

Champi a découvert, fasciné, cette pratique guerrière oscillant entre l’art et le sport, et y voit un concentré de culture et de spiritualité extrême-orientale.
Pour David, L’âme du kyudo est un incontournable intemporel dont il s’est délecté.
Lunch, féru de Japon médiéval, nous fait part de son enthousiasme.
Mo’, impressionnée par l’envergure de ces hommes d’exceptions, s’est étonnée de l’aisance de sa lecture en dépit de quelques défauts.
Yvan, de son côté, a été touché par la dimension universelle de l’œuvre à travers sa richesse didactique et son analyse perspicace du kyudo.
Et quant à moi-même, je suis admirative du travail de Hirata qui réalise là un chef d’œuvre à la documentation exemplaire.

Entre art et sport, le kyudo ne cesse de fasciner. Aujourd’hui encore, des archers continuent de s’affronter aux épreuves du Toshiyâ, perpétuant ainsi un art traditionnel fait de force et de maîtrise à la fois. Pour toucher du doigt cet esprit qui dépasse le temps et découvrir l’essence du kyudo, il vous suffit désormais d’ouvrir cet ouvrage et de vous laisser emporter par cette histoire où honneur et dépassement de soi ne sont pas de vains mots.

avatar Choco couleur transp

Publicités

"

  1. emmyne dit :

    Impressionnant ! La richesse de cette série ( et votre enthousiasme unanime )

  2. Mo' dit :

    Notre enthousiasme unanime oui… Ma chronique date de 2010, je tempérerais un peu plus aujourd’hui quant à mon engouement ^^ Mais j’en garde malgré tout un bon souvenir, je ne pensais pas accrocher aussi bien à ce genre de récit

  3. […] L’Ame du Kyudo (Hiroshi Hirata), 2007, Delcourt Ascension (Shin-ichi  Sakamoto), série débutée en 2010, Delcourt Ashita no Joe (Asao Takamori & Tetsuya Chiba), série en 12 tomes publiés de 2010 à 2012, Glénat Captain Tsubasa (Yôichi Takahashi), série en 37 tomes publiés de 1999 à 2002, J’ai Lu Coq de combat (Izo Hashimoto & Akio Tanaka), série débutée en 2003, Delcourt Garôden (Yumemakura Baku  & Jiro Taniguchi), 2011, Casterman Glaucos (Akio Tanaka), série débutée en 2006, Glénat Happy ! (Naoki Urasawa), série débutée en 2010, Panini Hikaru no Go (Yumi Hotta & Takeshi Obata), série en 23 tomes publiés de 2002 à 2006, Tonkam Ippo – Destins de boxeurs (George Morikawa), série débutée en 2010, Kurokawa K (Shiro Tosaki & Jiro Taniguchi), 2006, Kana L’Opéra de Pékin (Hiroshi Ueda), série débutée en 2006, Kami Ping pong (Taiyou Matsumoto), série en 5 tomes publiés en 2003 et 2004, Delcourt Real (Takehiko Inoue), série débutée en 2005, Kana Slam Dunk (Takehiko Inoue), série en 31 tomes publiés de 1999 à 2004, Kana Le Sommet des dieux (Yumemakura Baku & Jiro Taniguchi), série en 5 tomes publiés en 2004 et 2005, Kana Sous l’eau, l’obscurité (Yoon-sun Park), 2011, Sarbacane […]

  4. […] fin, tout comme notre thématique du sport et du dépassement de soi. Après avoir vu le ping pong, le kyudo, l’alpinisme et le cyclisme, nous allons faire un petit détour du côté du sport […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s