entete homunculus

Nous avons déjà fait la majeure partie de notre périple dans le monde du paranormal, mais rassurez-vous nous avons encore de quoi vous faire frémir en réserve…

Homunculus est un manga d’Hideo Yamamoto comprenant 15 tomes dans lesquels on suit deux personnages assez particuliers : Susumu Nakoshi et Manabu Ito. Susumu vit dans sa voiture et squatte un parc de sans-abris, Manabu quant à lui est un fils de riche tout juste diplômé en médecine mais arborant un look improbable (piercings, crâne rasé, maquillage…). Leurs routes vont se croiser lorsque Manabu va proposer à Susumu de le trépaner (opération chirurgicale consistant à percer un trou dans le crâne) contre une somme d’argent. Il est persuadé que la trépanation permet de développer un sixième sens chez le patient qui a subi l’opération…

A l’instar de son autre série Ichi the Killer, ce manga de Yamamoto s’adresse à un public averti et même très averti. En effet avec Homunculus on pénètre dans un thriller psychologique vraiment très déroutant et parfois un peu malsain. Mais avant d’aller plus loin, parlons un peu des homunculus car ce n’est pas forcément évident de savoir ce que c’est. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ça n’a pas grand chose à voir avec les homonculus de la série Fullmetal Alchemist d’Hiromu Arakawa. Ici, les homunculus sont plutôt des représentations imagées du moi profond des gens.

Nous sommes tous plus ou moins définis par nos expériences, notre vécu… qui consciemment ou inconsciemment définissent ce que nous sommes et l’image que nous renvoyons aux autres. Cette image que l’on renvoie aux autres, peut parfois être très différente de notre moi profond (par exemple on peut donner l’impression aux gens qu’on côtoie d’être très à l’aise, alors qu’au fond de nous on doute de tout). Suite à sa trépanation, Susumu va acquérir le pouvoir de voir les homunculus qui se cachent dans les personnes qu’il croise, mais difficile pour lui d’interpréter la signification de ces représentations oniriques et monstrueuses des troubles cachés au plus profond des gens. Heureusement, Manabu sera là pour l’épauler et essayer de l’aiguiller sur la signification cachée des homunculus en lui apportant ses connaissances médicales.

Dès lors la quête de Susumu va pouvoir commencer, mais se plonger dans la psyché des gens est loin d’être de tout repos et emmène à se questionner sur sa propre existence. C’est ainsi que petit à petit et au fil des tomes, on va en apprendre plus sur les motivations et le passé de nos deux héros, qui ne sont pas toujours très glorieux. C’est d’ailleurs ce qui est intriguant dès le premier tome, Susumu est un personnage étrange et on sent qu’il a des choses à cacher, des choses qui l’ont conduit à vivre en marge de la société. Manabu intrigue beaucoup également, c’est en effet plutôt rare de voir des chirurgiens avec un look punk, d’ailleurs peut-on vraiment lui faire confiance ? Les apparences sont-elles trompeuses ?

Le trait d’Hidéo Yamamoto est impeccable et son style est très réaliste, c’est d’ailleurs cet aspect qui renforce le sentiment de malaise que l’on peut éprouver à la lecture d’Homunculus. Néanmoins il est capable de rajouter une touche onirique lorsqu’il s’agit de représenter les homunculus, il fait d’ailleurs preuve de beaucoup d’imagination à leur sujet et les représentations sont diverses et variées. En tout cas, tout à l’air vrai et c’est probablement pour ça, que l’éditeur Tonkam (je ne sais pas s’il en va de même en VO) a préféré mettre des avertissements en fin de volumes tels que : « La trépanation est extrêmement dangereuse, ne faites pas ça chez vous » ou « Ce récit est une fiction, il n‘a aucun rapport avec des personnes ou des faits existants ». Bien que malsain et dérangeant, Homunculus est quand même moins gore et dépravé qu’Ichi the killer, mais il donne également beaucoup plus matière à réflexion que ce dernier.

Même si la série verse souvent dans la psychanalyse et la psychologie par le bais de ses personnages, ce manga est également une critique virulente de notre société. A l’aide des homunculus, Yamamoto dépeint et pointe du doigt de nombreux travers et problèmes de la société japonaise tels que la pauvreté, la prostitution juvénile… A travers son œuvre, il dénonce également la place grandissante que prend le culte de l’apparence de nos jours, l’importance de se conformer à des normes quitte à devoir cacher ce que nous sommes vraiment.

Lunch et Badelel s’accordent à dire qu’Homunculus est une série dont les 15 tomes doivent se lire d’affilée afin de pouvoir y adhérer et l’appréhender dans son ensemble. Aux yeux de Lunch il s’agit « d’une série où l’irréel devient tangible, ou la folie et le don se lient et se délient, se mélangent […] Derrière cette satire du monde moderne se pose toujours cette éternelle question : L’âme humaine est-elle sondable ? », en revanche il regrette que la pagination de Tonkam ne soit pas toujours irréprochable et que certaines cases soient parfois tronquées.

Pour Badelel, bizarre est le mot qui convient le mieux pour caractériser la série, mais ça ne la rend pas moins passionnante pour autant. « Pas de répit pour le lecteur ! D’autant que le rythme évolue : d’épisodes tarabiscotés, on passe à des moments plus intimes et plus ancrés dans la réalité, pour replonger ensuite dans des tomes entiers sur des spéculations psychologiques. Arf !! Et on en redemande en plus !! »

Pour Yvan, il s’agit du récit de la quête identitaire de Susumu Nakashi et d’une réflexion intéressante sur l’être humain en général et sur l’apparence en particulier. « Visuellement, on ne se lasse d’ailleurs pas de l’inventivité du graphisme proposé par Hideo Yamamoto. Un graphisme qui accumule les formes farfelues pour retranscrire les sentiments enfouis des personnages rendus particulièrement expressifs par cet auteur qui ne manque jamais de créativité. »

Nous avons donc tous adhéré à cette série, même s’il n’est pas toujours évident de dire pourquoi. Bien que l’ambiance et le concept de la série soient très spéciaux, on ne peut s’empêcher d’être intrigué et on a envie de connaître le fin mot de l’histoire. Si vous avez le cœur bien accroché et que vous souhaitez vous plonger dans un manga relativement court (15 tomes) qui vous mènera dans les tréfonds de l’âme humaine, alors Homunculus est fait pour vous. Mais soyez assurés que la lecture de cet OVNI bouleversera vos habitudes et prouvera que les japonais sont bien moins frileux que nous en ce qui concerne le contenu de leurs Bandes Dessinées.

La semaine prochaine c’est en compagnie de Mitchul que nous terminerons notre voyage dans le monde du paranormal. D’ici là nous vous souhaitons à tous un bon dimanche et une bonne semaine pleine de lecture en tous genres !!

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  1. Marie dit :

    Si ce n’est que je ne l’aurais pas décrit comme un thriller, je partage entièrement ton avis et je trouve que tu as très bien exprimé toute la richesse de ce manga. Je n’ai pas particulièrement le coeur bien accroché mais ça ne m’a pas empêchée d’être scotchée dedans. Justement parce que le paranormal n’est pas une finalité mais seulement un outil pour développer un manga psychologique et de réflexion.

  2. Lunch dit :

    Je me souviens m’être fait la réflexion au sujet du terme Thriller. Au départ, son usage (sur le bandeau publicitaire du dernier tome il me semble) m’avait paru saugrenu. Mais après la lecture complète de la série, et surtout sur les derniers tomes, je trouve que ce mot prends tout son sens finalement.

  3. Catherine dit :

    J’arrive de chez Mo’. J’avais lu les 2 ou peut-être 3 premiers tomes et ça m’avait bien plu. Il faudrait que je me relance dedans. Et je me dis que ça fait un bout de temps que je ne suis pas passée sur ton blog… Bonne semaine !

  4. […] Homunculus (Hidéo Yamamoto), série en 15 tomes, 2005 à 2011, Tonkam […]

  5. […] de 73304-23-4153-6-96-8, l’onirisme gothique de Courtney Crumrin et le fantaisisme trash de Homunculus, terminons notre périple avec le burlesque paranoïaque de Omni-visibilis. « Hervé, […]

  6. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

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