entete lorsque nous vivions ensemble

Nous vous avions déjà parlé du mangaka Kazuo Kamimura pour son Lady Snowblood, à l’occasion de notre thématique sur la vengeance. Aujourd’hui, notre équipe revient une nouvelle fois sur une œuvre de ce dessinateur avec Lorsque nous vivions ensemble que, cette fois-ci, il signe seul. Loin de toute vengeance sanglante, cette œuvre fleuve qui s’étend sur plus de 1600 pages nous fait pénétrer dans l’intimité d’un couple et découvrir ce que l’amour veut dire dans le Japon des années 70.

Kyôko et Jirô vivent en couple dans un petit appartement tokyoïte. Ils ne sont pas mariés. Jirô débute en tant qu’illustrateur tandis que Kyôko est graphiste. Ils ont une vingtaine d’années, la vie devant eux et l’amour qui leur sert de phare. Si la situation peut paraitre banale aujourd’hui, il n’est pas de même pour un japonais des années 70. La libéralisation des mœurs débute à peine et vivre en concubinage en dehors de l’engagement du mariage reste encore très mal vu pour l’époque. Ce « déshonneur » social les oblige à se cacher.

Le lecteur va pouvoir découvrir leur quotidien, leur amour au jour le jour, à travers ces petits moments éphémères et futiles qui tissent pourtant la trame d’une vie. Un amour qui se vit pleinement, qui se déchire parfois, et se reconstruit patiemment ou pas. Un amour qui tente d’affronter les effets néfastes du temps. Un amour intemporel où chacun pourrait se retrouver et qui est à la fois représentatif d’une jeunesse japonaise qui se cherche.
La relation amoureuse entre Kyôko et Jirô est développée ici sur plus de 2 ans et se révèle être un témoignage très réaliste sur le quotidien et les préoccupations d’un couple. Des fragments de vie où la jalousie, les doutes, les élans passionnels se succèdent. Les questionnements amoureux et existentiels s’énoncent. Pourquoi sommes-nous ensemble ? Qu’est-ce que l’amour ?

Kazuo Kamimura a situé son récit dans un univers contemporain de l’époque qu’il décrit en filigrane au cours des chapitres. A travers l’histoire d’amour de ce couple, l’auteur dresse aussi un portrait sans concession, parfois même cruel, d’une société japonaise dénuée de compassion et engoncée dans ses traditions immémoriales. Le déshonneur d’une relation hors mariage ne manquera pas de peser sur notre jeune couple et sur ses choix à venir. Il en ressort une jeunesse désabusée qui peine à imposer ses propres décisions et à assumer totalement sa prise de liberté.

Parue en 1972, cette histoire se situe d’ailleurs dans la lignée du style gekiga qui se caractérise par une approche réaliste. Servie par une mise en scène qui s’approche de l’art cinématographique, cette histoire se déploie avec une force visuelle remarquable. Kamimura utilise un trait très esthétique, très fin qui, par ses cadrages originaux, ses ralentis sur tel moment important, touche à l’art de l’infime. Entre subtilité et non-dits, il tend à une certaine poésie de l’instant, relayée d’ailleurs par quelques haïkus disséminés au cours de la narration. Saisissant avec brio la sensualité féminine de Kyôko, la douceur du regard de Jirô, le vent qui secoue les branches de cerisier, l’auteur envoute son lecteur par cette esthétique épurée de l’instant qui accentue de manière prégnante la virtuosité de son dessin, caché sous une apparente simplicité.

Mo’, subjuguée par le dessin, a été particulièrement sensible au réalisme amoureux de cette histoire qui témoigne du quotidien et des préoccupations des couples actuels.
Pour David, c’est même un de ces albums indispensables, un de ces albums qui frappent, choquent et marquent durablement son lecteur.
Quant à moi, il s’agit d’un de ces titres de référence qui emmènent le manga au-delà du simple divertissement, tant par sa haute qualité graphique que par sa puissance narrative.

Vous l’avez compris, Lorsque nous vivions ensemble est définitivement est un de ces mangas rares qui, entre lumière et obscurité, offre une vision poétique et plutôt pessimiste de l’amour. Un amour vécu pleinement mais qui se heurte à la rigidité d’une société traditionnelle et à un avenir incertain. Un amour éphémère dont ressort une beauté certaine.
Ne craignez donc pas d’aborder cette œuvre imposante qui fut un véritable phénomène de société au Japon et plongez dans le quotidien de ce couple d’amoureux !

avatar Choco couleur transp

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  1. Catherine dit :

    Pas fan de Lady Snowblood, mais ce manga (du moins j’ai lu le 1er tome) m’a beaucoup plu tant au niveau des dessins que de l’histoire. Il faut avoir le temps, c’est une trilogie pavé !

  2. Mo dit :

    La trilogie retient effectivement le lecteur pendant quelques heures. Le premier tome m’a posé quelques difficultés mais j’ai réellement apprécié les deux autres tomes. D’autant que les dessins sont de toute beauté ! J’en garde un très bon souvenir

  3. Fan de BD dit :

    Le blog Fan de BD a déménagé. Vous pouvez suivre mes aventures sur http://fandebdleblog.wordpress.com/

  4. […] Kana, 2012 Hokusai (Ishinomori), Kana, 2010 Le Journal de mon père (Taniguchi), Casterman, 1999 Lorsque nous vivions ensemble (Kamimura), Kana, 2009 Ki-itchi (Hideki Arai), Delcourt, 2003 Le dernier été de mon enfance (Shin […]

  5. […] (Lettres à Lucius) Après l’œuvre des frères Moon et Bá, celle de Cyril Pedrosa et le triptyque de Kazuo Kamimura, nous nous penchons aujourd’hui sur Essex County, une chronique sociale de Jeff Lemire, auteur […]

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