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La semaine dernière, nous vous parlions de A nous deux Paris !, un manga de Jean-Paul Nishi publié aux Editions Philippe Picquier. Saviez-vous que Nishi avait animé une conférence à l’Institut français de Tokyo en décembre 2012 ? Le thème de cette rencontre était « Paris-Tokyo, regards croisés en images » dont les invités d’honneur étaient J-P Nishi et Florent Chavouet (deux auteurs édités en France par les Editions Picquier). Car si le japonais Nishi a choisi de poser ses valises à Paris… le français Florent Chavouet à quant à lui choisit le Japon pour ses pérégrinations. De celles-ci sont nées deux albums dont Manabé Shima que nous vous présentons aujourd’hui.

« Le Japon est tellement une île qu’il est un archipel.
Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et mêmes des îles où l’on pêche et l’on boit.
Parmi ces miettes de terre, il y a Manabé Shima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons.
Ça tombe bien, je n’ai rien prévu cet été » (présentation de l’éditeur). Au passage, profitez-en pour visiter le site des Editions Picquier

Ce carnet de voyage de Florent Chavouet retrace un séjour de deux mois qu’il a fait durant l’été 2009 sur Manabeshima. Il y parle de son quotidien rythmé par les habitudes d’un village de pêcheurs.

« Manabé Shima – une île, deux mois, soixante crabe, quatre-vingt piqures, cinquante shōchū, une minicar ».

Voyage vous avez dit voyage ?! Logique donc d’y trouver quelques cartes des lieux, d’autant que l’auteur nourrit une passion non dissimulée pour ces représentations planaires d’une région. Durant la lecture, on croisera donc régulièrement des cartes (topographiques, maritimes, de restaurant !…), des plans (de l’île, de la ville, d’un quartier…) ou des cartes farfelues des différents territoires des chats de l’île. Pas de carte bleue en revanche puisque Florent Chavouet recourt assidument à la pratique du  » un dessin contre un repas et/ou un toit « . Et puisque le gaillard semble être fort sympathique, il sera souvent convié à la table de ses hôtes. Autant d’occasions d’enrichir Manabé Shima de nombreux plans d’intérieurs.

Il commente chaque visuel d’une anecdote, enroule son texte autour d’un fruit ou d’un de ses personnages, commente d’une autre couleur, rature au besoin… le rendu est très vivant.

Sa description ne s’arrête pas là. A côté de ces cartes hétéroclites, une galerie de portraits enrichit l’ouvrage. On y croisera Ikkyu-san (tenancier d’un petit boui boui qui contribue à faire l’âme du village), Reizo-san alias Le disque dur de Manabeshima (un des anciens du village) ou Shimura-san qui fait en sorte d’être absolument partout où Florent Chavouet se trouve : « Mais c’est peut-être la personne que j’ai le plus vue. En général, il est présent du début à la fin d’un dessin, avec quelque fois des allers-retours chez lui pour me rapporter des trucs. Bref, il est tout le temps là et me retrouve à chaque fois (même planqué au fond de la forêt) ». Sans oublier les chats, les crabes et les moustiques… La vie de l’île est palpable dans chaque page de cet album atypique… et cela contribue grandement à l’engouement qu’on a tous à l’égard de ce témoignage. « Une vision encore une fois teintée d’humour au travers d’anecdotes et de tranches de vie » (Nico), « Il [Florent Chavouet] porte toujours un regard décalé sur ce qui l’entoure, et cela donne des scènes d’anthologie pour ce qui pourrait n’être, aux yeux d’un autre, qu’un instant inintéressant d’une journée comme les autres » (Zaelle)…

La narration est entraînante, il s’en dégage une ambiance très chaleureuse à laquelle Lunch a succombé. On est totalement à la merci de la convivialité de cet album. « On n’a pas cette sensation de temps qui passe, Florent Chavouet ayant décidé de ne pas inscrire son histoire dans une temporalité qui défile jour après jour » (Lunch).

Car le voyage ne serait certainement pas aussi fort sans l’ambiance graphique qui l’accompagne. Nico, amateur de l’auteur, constate que son style a mûri depuis Tokyo Sanpo. Manabé Shima profite d’un trait plus précis, plus maitrisé et de couleurs plus affirmées.
Mais il n’est pas le seul à vanter les qualités graphique de cet ouvrage. Champi y a été très sensible et ce vil tentateur ne manque d’ailleurs pas d’en faire l’éloge à la moindre occasion : « Parfaits compagnons du voyageur, les crayons de couleur nimbent chaque image d’une petite aura d’enfance apaisante et éclatante, qui confère à chaque maison, chaque habitant un petit air hors du temps »… et à Badelel de renchérir « Chavouet possède une maîtrise insoupçonnée du crayon de couleur. Je ne savais même pas qu’il était possible de faire des dessins si beaux avec un outil si rudimentaire !!! ».

Soucis du détail et sens affiné de la composition de chaque page, Florent Chavouet s’attache à faire de chaque planche le reflet de ces intérieurs nippons à la fois si exigus et si encombrés. L’agencement des planches est en remaniement constant, « chaque page est prétexte à une profusion d’éléments et d’informations » (Choco), « chaque planche s’organise indépendamment du reste, le sens de lecture est en perpétuel remaniement (…). Le dessin est mouvant. Impossible pour le lecteur de rester statique durant sa lecture… et à aucun moment cela m’a semblé être une contrainte » (auto-citation).
Le trait est parfois biscornu, ses choix de perspectives souvent surprenants mais cela accentue le côté ludique de la lecture, comme une invitation au voyage.

Un album ludique, captivant qui entraine le lecteur dans la découverte d’un quotidien lointain… et qui donne envie d’y aller !

Badelel : « La rondeur du dessin, des personnages aux décors, donne au lieu et aux protagonistes une innocence et un art de vivre qui témoignent au passage d’un séjour manifestement apprécié par l’auteur ».
Champi : « Tel l’auteur qui trouve finalement son séjour trop court, nous n’arrivons pas à étancher notre curiosité au bout des quelques 140 pages de Manabé Shima : encore ! ».
Choco : « Offrant un dépaysement original et un regard très réaliste, cet album s’avère une véritable bouffée d’oxygène ! ».
Lunch : « Tout est absolument essentiel ! Et c’est sans aucun doute grâce à cet humour décalé présent dans chaque page, grâce à ces annotations précieusement loufoques et pourtant très instructives ».
Mo’ : « Le ton narratif emprunté donne l’impression que l’on jouit d’un moment privilégié avec un ami qui rentre de vacances et nous raconte point par point les moments forts de son voyage ».
Nico : « Florent Chavouet porte un regard émerveillé, souvent amusé, mais toujours respectueux sur une culture bien différente de la nôtre ».
Zaelle : « Manabé Shima, c’est du dépaysement, et en même temps, et surtout, un regard plein d’humour et de poésie sur tout ce qui fait le charme du quotidien ».

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  1. […] (Jacques Ferrandez), Casterman, 2001 – Journal d’Oaxaca (Peter Kuper), Rackham, 2011 – Manabe Shima (Florent Chavouet), Philippe Picquier, 2010 – Petite épopée nippone (Philippe Buchet), Kana, 2010 […]

  2. […] si, Florent CHAVOUET ! Enfin, Tokyo Sanpo, Manabe Shima, ces carnets de voyages à croquer dont l’ambiance, le ton et les couleurs nous avaient […]

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