Chroniques de Jerusalem

Pour peu que l’on s’intéresse à l’actualité, il est plutôt courant d’entendre parler d’Israël, des Palestiniens, de lutte contre le terrorisme, de nouvelles violences, d’intifada, de colonies, de persécution…
Mais qui peut se targuer de comprendre ce conflit qui sévit depuis si longtemps au Proche-Orient ?
Sur k.bd nous avons choisi de nous attarder sur le sujet. Par le prisme de la bande dessinée nous allons tenter d’appréhender cette guerre si particulière et, pourquoi pas, d’en cerner les enjeux.
Pour commencer, quelle destination serait plus alléchante que Jérusalem, la Ville Sainte, berceau de multiples religions ?

Notre guide est québécois et répond au doux nom de Guy Delisle. Je suis sûr que vous avez déjà entendu parler de lui, non ? Souvenez-vous, il était parti à Shenzhen en Chine pour l’an 2000, puis en Corée du nord, à Pyongyang, en 2003. Plus tard, en 2007, il accompagnait sa femme (qui travaille pour Médecins Sans Frontières) dans ses Chroniques birmanes.
Cette fois encore, c’est dans le sillage de Nadège qu’il débarque à Jérusalem pour nous narrer ce qu’il voit… et ce sans rien connaître du lieu au préalable !

Vous me direz, c’est pas un peu surfait d’arriver en Israël sans savoir où on met les pieds ? J’en conviens, certains d’entre nous ont trouvé la démarche atypique, étonnante… pour d’autres, elle est très intéressante. Car à travers son regard, n’est-ce pas un peu le nôtre, ignorant, que nous projetons sur place ?
Guy Delisle va séjourner à Jérusalem-Est pendant 1 an, autrement dit en Israël selon les autorités locales, et en Cisjordanie (ou Palestine occupée) selon la communauté internationale. Il nous fera vivre au jour le jour ses découvertes et ses rencontres, croquant sous son crayon chaque recoin de la ville (mais pas que) avec beaucoup de curiosité.

Ce vilain défaut (d’après certains mais sûrement pas d’après moi) est ici une très grande qualité, car l’auteur s’intéresse non seulement à la ville mais aussi à son histoire et au contexte religieux. Il faut savoir que la religion est omniprésente à Jérusalem. On y retrouve un joyeux mélange de communautés : chrétiens, juifs, musulmans, arméniens, orthodoxes et j’en passe… Il n’y a guère que les samaritains qui contestent cette centralité, plaçant leur lieu saint sur le mont Garizim (près de Naplouse).
Guy Delisle nous offre, au travers de ses errances et rencontres, un agrégat d’informations qui sont autant de clefs pour comprendre tous les aspects de la cité et même plus encore. Il ose s’aventurer dans les quartiers dits dangereux, passe de l’autre côté du mur, arpente les check-points et n’hésite pas à se rendre dans des villes occupées comme Ramallah, Hébron et bien d’autres…
Si son discours reste neutre en toute circonstance, il nous met tout de même devant des faits qu’on ne peut que constater. Ce qui représente en somme une certaine forme de dénonciation. Nous sommes confrontés aux problèmes centraux du conflit : des hommes armés partout, le mur, les expulsions, les bombardements, l’oppression, les contrôles, les interdictions…

Durant son séjour, Guy Delisle va même se retrouver au cœur d’une opération militaire d’envergure (« plomb durci » ou « guerre de Gaza »), un assaut unilatéral des Israéliens sur Gaza pour réduire à néant les infrastructures du Hamas.
Alors que les ONG (Organisations Non Gouvernementales) sont toutes en effervescence, l’auteur, lui, vit cet événement comme s’il se passait à des milliers de kilomètres de là. Un côté spectateur distant qui a frustré Yvan et particulièrement agacé Mo’.

Ce ton un peu décalé se retrouve aussi dans le dessin, que nombre d’entre nous a qualifié de basique (et qui ne casse pas la baraque selon Legof). Il reste néanmoins suffisamment explicite pour bien retranscrire les émotions et les non-dits. Il permet aussi de tempérer la dureté du propos et contribue la bonne fluidité de la lecture malgré les nombreuses informations qu’elle nous apporte.
Un graphisme simpliste que regrette néanmoins Mo’, qui aurait préféré voir de plus nombreux croquis de l’auteur. Un peu lasse de la « recette Delisle » ?
Quoi qu’il en soit nous reconnaissons tous l’intérêt de l’ouvrage et son côté distrayant. Car l’humour, l’auto-dérision, la légèreté, le cynisme et l’ironie sont de la partie, ce qui nous permet au passage de savourer un récit pourtant long de près de 300 pages (même si OliV’ et Mo’ appuient sur le fait que c’est quand même très long).

Alors, que penser de ces Chroniques de Jérusalem au final ?
Certes, nous avons trouvé que son Fauve d’Or obtenu au festival d’Angoulême 2012 n’était pas mérité. Certes, Guy Delisle a fait du Guy Delisle, c’est à dire un livre avec un petit côté documentaire mais sans être non plus du journalisme (n’est pas Joe Sacco qui veut, d’ailleurs il s’en amuse). Certes le ton paraît parfois un peu didactique (Yvan lui donne même un petit côté « Jérusalem pour les nuls »).
En bref, certains d’entre nous (mais pas tous, loin de là) ont reproché la forme.
Il n’en demeure pas moins un album riche qui capte avec minutie le quotidien des hiérosolymitains (non ce n’est pas un gros mot) et qui donne les premières pistes pour bien comprendre le conflit. Car Jérusalem est une ville atypique et un point central de cet épineux problème.
Douze chapitres comme autant de mois durant lesquels Guy Delisle nous a promenés dans cette ville pluri-religieuse d’une incroyable richesse et d’une diversité culturelle incommensurable. Il est parvenu à capter les spécificités, dysfonctionnements, complexités, incongruités et absurdités des pratiques qui régissent la cité, voire le pays, et rien que pour ça, il est important de lire Les chroniques de Jérusalem !

Nous l’avons dit :

Badelel : « Si Guy Delisle ne révolutionne pas son propre style […] il met […] le doigt sur un conflit qui nous concerne d’autant plus qu’il est aux portes de l’Europe et qu’il dure depuis plus de 60 ans. »
Champi : « Rien n’échappe à l’œil de Guy DELISLE qui sait rendre avec minutie lieux, personnes, propos et situations. »
David Fournol : « Je subodore qu’à travers ses bandes dessinées [celles de Guy Delisle], il y a un vrai message à notre intention. »
Legof : « On est donc porté par les anecdotes. Plus par ce qu’elles sont en elles-mêmes que par la façon dont elles sont racontées. »
Lunch : « L’utilisation du mot « camp » me fait toujours autant penser à une autre guerre et je ne pourrais jamais comprendre les agissements des Israéliens. »
Mo’ : « Un bon album mais qui n’innove en rien, aussi bien sur le fond que sur la forme. »
OliV’ : « Je ne suis pas forcement plus éclairé sur le le conflit israélo-palestinien après la lecture de cet album. »
Yvan : « Au fil des balades et des rencontres […] l’ouvrage devient un peu plus engagé et beaucoup plus intéressant. »

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  1. saxaoul dit :

    Cet album m’a permis de comprendre pas mal de chose sur le sujet alors, rien que pour ça, j’en garderai un très bon souvenir.

  2. Mo dit :

    J’espère que notre thématique te donnera envie de poursuivre sur le sujet. Il y a beaucoup d’éclectisme dans la manière de traiter ce conflit.

  3. Initiative intéressante pour un sujet malheureusement intarissable. Je vous invite à parler de  » l’attentat » l’adaptation du roman de Kahdra. UnE très belle BD, pour une histoire puissante. http://bdsulli.wordpress.com/2012/11/09/lattentat/

  4. lunch dit :

    C’est justement parce que le sujet est intéressant que nous avons souhaité en parler. Et aussi parce que notre regard distant nous parait bien sommaire. Nous ne résoudrons pas le conflit (et je suis malheureusement persuadé qu’il perdurera encore longtemps) mais j’espère qu’au moins, nous le comprendrons un peu mieux, bien qu’étant toujours très loin. L’attentat fait partie de notre sélection du mois, tu devrais pouvoir lire notre avis ici très bientôt.

  5. […] l’intérieur lors d’un séjour idyllique de 10 jours. On croise un de ces groupes dans les chroniques de Guy Delisle que nous vous avons proposé la semaine dernière. Mais de quoi s’agit-il en fait ? Partant […]

  6. […] à Jérusalem matérialise à lui seul l’impasse dans laquelle s’enlise le conflit. Il fascine Guy Delisle (« graphiquement, je trouve ça très riche »), il atterre Sarah Glidden (« Ça doit être une […]

  7. […] Glénat, 2012 – Les chemins de traverse (Le Roy & Soulman), La Boîte à bulles, 2010 – Chroniques de Jerusalem (Delisle), Delcourt, 2011 – Exit Wounds (Modan), Actes Sud, 2007 – Faire le mur (Le Roy), […]

  8. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  9. […] Lucie Firoud a pris en charge la couleur. Ce sont aussi ses couleurs qu’on retrouve dans les Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle. En ce qui me concerne, je suis mitigée sur le découpage plein de « sursauts […]

  10. […] Ping : Chroniques de Jérusalem (Delisle) | K.BD […]

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