Le massacre

Sur la couverture, un homme, un fusil encore fumant à la main, surplombe une montagne de crânes humains, l’air terrifié. Derrière lui, l’ombre d’un bœuf. Avant même de vous avoir laissé le temps d’ouvrir le livre, Simon Hureau entretient le double sens. Avant même de vous avoir laissé le temps d’ouvrir le livre, Simon Hureau révèle les principaux éléments de l’intrigue.
Bon, finalement, vous l’ouvrez ce bouquin ?

Une demoiselle qui fait développer de très vieilles pellicules, une vente aux enchères qui bat des records sans prévenir, une jeune femme qui se débarrasse des vieilleries de son défunt père, des photos de la chute de Pol Pot au Cambodge, et surtout un trophée de chasse : le massacre d’un kouprey… Dès le départ, Simon Hureau vous balade, et c’est là que Limul Goma prend les choses en main et décide de tout relier.

Limul Goma, collectionneur à la fois « très riche et farfelu » (Zaelle), « atypique, nonchalant, bon vivant, curieux dans tous les sens du terme, certainement un peu fou et tellement visuel » (moi), n’en est pas à son premier coup. Le musée insolite de Limul Goma possède effectivement un discret tome 1, Hautes Œuvres, signé Simon Hache, en noir et blanc et couverture souple dont l’intrigue se déroule cette fois sous l’Ancien Régime.

Soyons francs, avec ce deuxième tome (en couleur et couverture cartonnée), l’auteur fait preuve d’un très grand sens du récit. A travers les éléments, les indices, les personnages et le temps, il attise la curiosité du lecteur. Il livre un récit complexe et pourtant implacablement cohérent et mené de main de maître. De mon côté, je compare sa construction à celle d’un puzzle dont les pièces se disposent sans logique puis forment petit à petit un tableau où tout se lie. Lunch voit dans Le massacre une sorte de polar moderne où l’enquête mêle passé et présent, tandis que pour David Fournol « Simon Hureau réalise là une véritable bande dessinée d’aventure comme on en voit rarement ».
Il est vrai que l’auteur aime à s’essayer à divers genres, et notamment au policier avec Intrus à l’étrange qui a obtenu le Fauve Polar SNCF 2012. Dans tous les cas, que ce soit dans sa participation récente au Crève Saucisse scénarisé par Pascal Rabaté ou dans Colombe et la Horde, Bureau des prolongations, Palaces, Filandreux et le reste, il aime toujours, comme le souligne David Fournol, les histoires où les échanges ont toute leur place. En tous cas pour cet épisode du Musée insolite de Limul Goma, s’il n’a pas (encore) obtenu de récompense, il fait partie des 12 finalistes du Prix des Libraires 2013.

A travers les petites histoires individuelles de personnages sans importance, Le massacre prend pied dans l’histoire peu glorieuse de l’ère coloniale avec une sorte de fascination qui a séduit Lunch, et finalement ancre les anecdotes dans la Grande Histoire. Et Mo’ de surenchérir : « Il met en exergue le fait que des parcours de vie individuels influencent l’histoire de l’Humanité, démontrant ainsi que la vie tient à bien peu de choses… ». Est-ce cette philosophie que Hureau met en avant en se représentant lui-même comme protagoniste, ou est-ce un simple clin d’œil à qui voudra bien le remarquer ? En tous cas parmi nous, seule Mo’ a été assez lucide.

Quant au dessin, il séduit ! Minutieux, tortueux, riche, fouillé, réaliste, précis, magnifique, détaillé… « précieux » (Mo’). S’il est difficile à qualifier, il a interpelé la plupart d’entre nous. Là où Lunch est fasciné par l’effet donné aux décors cambodgiens, il trouve ce même trait trop lourd pour les cités françaises. Pour Mo’, Simon Hureau frôle la surcharge et l’évite de justesse grâce à la délicatesse de son trait. Pour le mettre en valeur, Lucie Firoud a pris en charge la couleur. Ce sont aussi ses couleurs qu’on retrouve dans les Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle.
En ce qui me concerne, je suis mitigée sur le découpage plein de « sursauts d’une grande intelligence », mais auquel je reproche la surcharge de texte encombrant les phylactères et écrasant le dessin.
Question présentation, Lunch a été séduit par la disparition à l’extrême des caractères imprimés, allant même jusqu’à proposer des mentions légales manuscrites.

On l’a dit :
David Fournol : « [Simon Hureau] maîtrise aussi bien la jungle cambodgienne que les rues de Paris, il arrive à recréer des ambiances dans lesquelles évoluent ses personnages absolument magnifiques, et il aime les personnages un peu loufoques.  »
Lunch : « [Limul Goma] nous mène en bateau de bout en bout et nous sommes pendus à ses mots, terriblement addictifs. »
Mo’ : « Simon Hureau retient souvent sa plume pour ne rien dévoiler du dénouement. Ainsi, les trois époques narratives restent en suspens jusqu’à la scène finale où toutes les réponses sont livrées au lecteur. »
Zaelle : « Limul Goma nous entraîne dans une intrigue historique dont on ne sait vite plus démêler la fiction de l’Histoire véridique, tant Simon Hureau s’est documenté, pour ensuite mêler à la réalité son talent de conteur. »
Et moi de conclure : « Voilà justement tout le scénario dans ces 4 mots : quel – est – le – lien. En fermant votre BD, vous vous rendrez compte que TOUT EST LIÉ au point que ça en donne le tournis. »

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  1. Moka dit :

    Je note ce titre pour commencer l’été en beauté !

  2. […] y a 15 jours, Badelel revenait sur Le Massacre, one shot de Simon Hureau sorti en janvier dernier chez La Boîte à […]

  3. […] Mauvais genre 24. Melvile 25. Métiers secrets de la bande dessinée, Les 26. Mon ami Dahmer 27. Musée insolite de Limul Goma, Le T2 : Le massacre 28. Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? 29. […]

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