En mer

Cet été, comme vous l’avez constaté, pas de thème sur kbd mais plutôt une petite rétrospective de nos coups de cœurs passés. Dans la limite des dimanches disponibles pour cette période estivale, les lecteurs de kbd ont pu sélectionner une œuvre parmi celles que l’équipe a plébiscité ces dernières années.

En mer est une petite pépite réalisée par Drew Weing qui aura nécessité cinq années de travail. Ne vous attendez pas à croiser un livre encombrant, il vous faudra au contraire fouiller les rayons pour dénicher cet album petit format (17*13 centimètres) paru en août 2011 aux Editions Çà et là. On remarque immédiatement la présentation soignée accordée à cet objet (ouvrage relié, couverture cartonnée…) et on est rapidement attendri par le caractère chétif du comic book ; instinctivement, on le tient précieusement contre nous. Certes, le format d’un album ne fait pas tout… mais ici, c’est déjà une première sensibilisation. En effet, l’ambiance graphique repose en grande partie sur les (dis)proportions entre le colosse qui habite cette histoire et son environnement. Et pour le coup, cet effet que le livre produit sur son lecteur va permettre à ce dernier d’éprouver physiquement ce que le personnage principal ressent lorsqu’il déambule avec un recueil d’une taille ridicule comparé à sa corpulence. Le premier effet miroir s’effectue donc dès la première « prise en main » de En mer.

« Un bouquin se présentant comme un petit carnet de bord, au papier épais et quelque peu jauni, que l’on aurait emporté en voyage pour y relater nos périples… » (PaKa).

Au cœur de cet album discret, enrobé d’une belle couverture bleue-violacée, on découvre la vie d’un homme à la stature imposante, un poète qui cherche l’inspiration en écumant les tavernes de la ville. Lorsque le soleil est couché et que l’on ne sert plus rien aux zincs, il déambule dans les rues désertes, enivré de vapeurs d’alcool. Ses pas le conduisent en bords de quais, il s’y installe et observe la mer. Bercé par le roulis des vagues et les clapotis de l’eau, il somnole et n’entend pas venir ces hommes et leur carriole… ils cherchent de la main-d’œuvre. Au petit matin, le colosse se réveille dans la cale d’un navire marchand. Le rivage est déjà loin. Lui qui jusqu’à présent rêvait de poser son regard sur un paysage où la mer s’étend à perte de vue, le voilà pris malgré lui dans un voyage tourbillonnant qui le conduira au pays du soleil levant. Sa route croisera celle de baleines, de pirates et de batailles dans lesquelles se révélera son courage. L’homme s’affirme et le timide poète qui sommeillait en lui va s’épanouir.

« Ce parcours initiatique mêlant scènes d’abordage et passages plus contemplatifs, s’avère également être un appel au large, une invitation au voyage, un moment empli de poésie et de liberté » (Yvan).

En mer a entièrement été prépublié sur le site de l’auteur avant d’être édité en 2010 par Fantagraphics sous le titre original : Set to sea. Généreusement, l’auteur nous offre la possibilité de « feuilleter » entièrement ce récit en ligne (cliquer sur ce lien pour découvrir les planches). Récompensé d’un Lynd Ward Honor en juillet 2011, En mer est malheureusement passé presque inaperçu en France. Et pourtant…

… à la lecture de nos chroniques respectives, on est immédiatement frappé par ce constat fort : l’équipe kbd a crié comme un seul homme le plaisir procuré par ce récit humble, subtil et poétique. Faisant écho à la chronique de David, Badelel insiste d’ailleurs sur le fait que la poésie est omniprésente dans cet album.

« La poésie de cette histoire ne naît pas de jolis mots bien emmenés – le récit est presque muet d’ailleurs – mais par la cohabitation de ces états successifs permettant de découvrir, non pas des trésors enfouis sur des îles perdues, mais une véritable richesse intérieure qu’on n’aurait même pas imaginé à la lecture de la première planche » (David).

« Séduit », tel est le qualificatif qui revient donc invariablement après la lecture de cette œuvre sensible où les mots ne laissent qu’une délicate empreinte dans cette atmosphère marine, comme une caresse.

« Drew Weing nous fait aussi vivre de l’aventure, de l’émotion, du voyage, de la nostalgie, de l’amitié, du bonheur et de la tristesse » (Badelel).

Malgré le format de l’album, nous avons tous été subjugués par la richesse de chaque illustration, s’étalant en pleine page, regorgeant de détails, soignées jusque dans le moindre recoin. « Happés »  nous l’avons tous été, saluant ici et là ce trait rond et épais emprunté aux vieux cartoonists. On pense immanquablement à Jim Woording et à Elzie Crisler Segar (Popeye), mais on retrouve également les références artistiques plus récentes auxquelles Drew Weing rend régulièrement hommage : Robert Crumb, Daniel Clowes ou encore Lewis Trondheim. La découpe d’une case par page est une réelle invitation au voyage. Cette présentation donne rythme et fluidité à la narration, elle permet au lecteur d’osciller entre contemplation des illustrations et observation de la métamorphose du personnage. Ce dernier se nourrit goulument de cette expérience et des sensations qu’elle lui procure pour donner enfin un sens à sa vie et une raison d’être au poète qui sommeille en lui.

« Prendre la mer, voguer sur une caravelle,
Pour offrir quelque répit à un esprit las,
Laisser la terre et ses chagrins derrière soi
Bercé, au gré des flots, par cette ritournelle.
L’homme qui a pris le large a trouvé sa place,
En mer, seul et perdu dans l’infinie surface
Nul autre souci, nul autre mot ne l’atteint
Lorsque chantent les sirènes au petit matin. »

Badelel : « Une petite histoire contemplative très complète toute en douceur et presque sans texte. Le tout sur fond de décors détaillés avec des personnages aux disproportions pleines de justesse ».

Choco : « C’est que notre homme est poète et qu’il va apprendre qu’il faut parfois vivre un peu pour trouver les mots qui lui manquent ».

David : « C’est une œuvre dense et subtile, jouant sur les ruptures et les paradoxes afin de désarçonner son lecteur pour l’emmener, loin très loin, non pas au milieu de la mer, mais en lui-même, dans une réflexion intérieure qui lui donnera envie de rouvrir ce livre, comme on parle à un camarade, sans trop de discours inutile ».

Lunch : « Tout est dans la poésie et le contemplatif, une histoire qui se passe presque des mots, rares et jamais obsolètes ».

Mo’ : « Une histoire universelle et magique en compagnon d’un héros anonyme. Une lecture qui dure le temps d’un rêve, un moment de douceur dans ce monde de brutes ».

PaKa : « … des expériences, des émotions, et des mots traduits ici par des dessins tout aussi poétiques et touchants, grâce à des personnages (…) évoluant dans des décors soignés et détaillés rappelant les gravures des récits d’aventures d’antan ».

Yvan : « Un ouvrage que l’on referme avec délicatesse et en fermant les yeux, afin de prolonger encore un peu la poésie de cet instant passé en mer… »

avatar mo couleur transp

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  1. cristie dit :

    Totalement inconnu pour moi. J ai encore failli passer à côté d’une perle, heureusement que vous êtes là et merci ! :-)

  2. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  3. Carley dit :

    This is just the peferct answer for all forum members

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