monamidahmer

Mon ami Dahmer… Si vous connaissiez le Dahmer en question, vous n’auriez certainement pas envie d’être son ami. A moins d’être un fanatique du sujet, vous ignorez sûrement que Jeffrey Dahmer est connu sous le surnom du « cannibale de Milwaukee ». En effet, ce dernier n’est autre qu’un tueur en série qui tua 17 personnes entre 1971 et 1991. Accusé de nécrophilie,  de viol, de cannibalisme et de meurtre, il fut condamné à 957 années de prison et mourut assassiné par un codétenu en 1994.
Lorsque Derf Backderf, journaliste de formation, apprend que son ancien camarade de lycée est l’auteur de ces crimes atroces, il se met aussitôt à rassembler des éléments de son passé : souvenirs, anecdotes, témoignages des proches, interview du tueur, expertises médicales. Cette somme d’informations lui permet de commencer à écrire sur Jeffrey Dahmer et à livrer son propre regard sur l’adolescent qu’il a connu, sensiblement différent du portrait rapporté par la presse. C’est du lycéen un peu étrange dont il va être question, celui qu’il a été avant son premier meurtre.

Vivant dans l’Ohio dans une petite ville tranquille, Jeff Dahmer est un garçon très solitaire. Son comportement étrange interpelle ses camarades de classe dont il devient une sorte de mascotte bizarre. Il imite les crises d’épilepsie de sa mère, ponctue son comportement de tics spasmodiques qui, tout en amusant la galerie, le laisse quelque peu à l’écart du groupe comme une sorte de singe qu’on exhibe mais qu’on se refuse à approcher. Jeune homme angoissé, son mal-être dépasse le cadre des affres de l’adolescence. Il est la proie de fantasmes morbides, de désirs sexuels abjects et contre nature (l’homosexualité est encore une forme de déviance pour l’époque) qui le conduisent tout d’abord à des expériences nécrophiles sur les animaux qu’il collectionne, fasciné par leurs corps en décomposition. Délaissé par ses parents trop occupés à se déchirer, Dahmer se noie dans l’alcool pour échapper à l’enfer dans lequel il s’enfonce irrémédiablement.

Véritable témoignage sur la genèse d’un tueur en série, Mon ami Dahmer se révèle être une étude psychologique glaçante qui, par un récit linéaire conduit en voix off, permet de pénétrer le subconscient de Jeffrey Dahmer. Le malaise produit est palpable. Pour Lunch, « on sent monter en puissance un malaise latent ». Yvan parle d’une histoire « dérangeante ». Sans voyeurisme aucun, Derf Backderf raconte les faits sans les excuser, bien au contraire, mais sans les alourdir non plus. « Impossible d’éprouver de la compassion » selon Lunch. Pour Oliv’ « l’auteur arrive à n’émettre aucun jugement ».  Legof rend compte d’une « immersion progressive et limitée », d’une histoire « très descriptive » qui évite les partis-pris. « L’auteur reste relativement neutre et pose au contraire bon nombre d’interrogations » (Choco). Des questions qui visent à comprendre comment un adolescent perturbé a pu ne pas être repéré par un cadre sociétal adulte. Parents désengagés, professeurs aveugles, camarades de classes amusés : personne ne semble avoir senti ou remarqué un problème psychologique dans le comportement déviant de Jeffrey Dahmer . C’est d’ailleurs l’élément qui a le plus choqué les lecteurs de K.bd. Lunch évoque « un manquement total qui laisse complètement coi ! ». Une solitude « poignante » pour Legof qui parle d’un « immense gâchis ». « Une métamorphose qui aurait peut-être pu être évitée ! » d’après Yvan.

Pour rendre vie à ce donneur de mort, Derf Backderf utilise un style graphique en noir et blanc, assez fort et très américain. Pour Yvan, « il évoque le style underground de Robert Crumb. ». Legof plussoie mais relève une rigidité des personnages qui donne à chacun des visages de « psychopathes ». Cet habitué du dessin franco-belge souligne sa difficulté à apprécier un dessin « un peu ampoulé » qui a alourdit sa lecture. Pour Oliv’, au contraire, « le trait rond de l’auteur américain donne un visage à son personnage très réussi : à la fois intriguant et inquiétant, au regard angoissant ». Il souligne, de plus, un « cadrage très cinématographique » qui soutient l’ambiance. Pour ma part, le dessin avec ses personnages grimaçants, ses disproportions, sa rigidité justement cadre parfaitement avec l’ambiance angoissante qui se fait jour dans le récit. Lunch y voit un style « proche du dessin de presse très caricatural et « grosses têtes » ».  « Un graphisme aux traits un peu gras et aux expressions figées » qui l’a déconcerté de prime abord avant de reconnaître « qu’il convient assez bien à l’inexpressivité de Dahmer. »

Mon ami Dahmer est un ouvrage troublant qui ne laisse aucun lecteur insensible. On y découvre l’adolescence d’un jeune homme délaissé et incompris que nous plaignons et qui nous dégoûte à la fois.  Une ambivalence certaine qui met assurément mal à l’aise quant à nos émotions mais aussi qui révolte lorsque que l’on comprend que l’inévitable aurait pu être évité.
Derf Backderf livre ici une étude passionnante sur la genèse d’un tueur en série. Dans la préface, le spécialiste en la matière et criminologue averti, Stephane Bourgoin, lui offre d’ailleurs sa caution en lui offrant le qualificatif de « chef d’œuvre ». Sans aller jusque là, nous avons tous été fortement marqués par cette histoire dérangeante, instructive, passionnante selon les lecteurs.

Nous l’avons dit :

Choco : « Véritable radioscopie de la naissance d’un tueur, il soulève la question de l’origine du mal avec beaucoup d’intelligence et n’offre pas de réponses arrêtées sur la question. »

Legof : « Une histoire au point de vue très intéressant  au dessin un peu ampoulé mais qui vaut la peine d’être surpassé. »

Lunch : « Un comic-book détonnant et un véritable témoignage présentant la construction psychologique de Dahmer jusqu’à son premier meurtre. »

Oliv’ : « Une lecture conseillée tant elle n’épargne personne et touche tout le monde… ! »

Yvan : « Cette genèse d’un futur meurtrier isolé dans son mal-être s’avère finalement aussi passionnante que dérangeante. »

Si l’homme vous intrigue, n’hésitez pas à découvrir la vidéo suivante qui vous aidera à comprendre les dessous de cette affaire.
avatar Choco couleur transp

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