Naodebrown

Après un interlude estival sans thématique mensuelle mais fort d’un nouveau blog, nous reprenons notre rythme dès ce mois de septembre… à une petite nouveauté près.
À l’occasion de cette rentrée, il est question de nous lancer dans un exercice inhabituel : un thème bien évidemment, mais un focus plus précisément. L’idée étant de consacrer nos cinq dimanches à venir autour d’un éditeur en particulier : Akileos !

Rassurez-vous lecteurs, nous n’avons pas d’actions chez eux et nous agissons sans influence aucune. Seulement voilà, cette année, la maison Akileos fête ses 10 ans et nous avons souhaité leur rendre hommage à notre manière, en mettant en avant quelques unes des publications qui ont fait (et qui font toujours) leur succès.
Nous ne parlerons pas du magique Courtney Crumrin, du mythique Héraklès ou du revanchard Billy Wild car nous avons déjà fait l’éloge de ces albums-là sur k.bd. Qu’à cela ne tienne, il reste encore quelques pépites qui ne demandent qu’à être abordées.
Mais avant cela, laissez-moi vous présenter en quelques mots non pas le talon, mais le talent, d’Achille :

Akileos est né en 2002 sous l’impulsion d’Emmanuel Bouteille et de Richard Saint Martin, tous deux passionnés de BD.
10 ans plus tard, l’équipe se compose de quatre personnes : Sandrine Chatelier les a rejoints pour les relations presse, ainsi que Diane « Mary Poppins » Lecerf. Ensemble, ils peuvent être fiers de présenter un catalogue complet et alléchant, en partie basé sur la traduction française d’œuvres anglo-saxonnes, mais aussi sur des albums made in France. Ils sont parvenus aujourd’hui à dépasser le carcan de la seule bande dessinée puisqu’ils se sont également lancés dans l’édition d’artbooks, recueils d’illustrations présentant les travaux d’artistes (L’art de Drew Struzan, Quelque part…) mais aussi des making-of de cinéma (Star Wars, Elysium…).
Une polyvalence dont nous ne parlerons pas plus ici puisque nous nous focaliserons sur la bande dessinée, à commencer par Le Nao de Brown, le petit joyau de Glyn Dillon, auréolé d’un Prix Spécial à Angoulême en 2013.

Le syndrome de la machine à laver

« J’ai déjà fait la vaisselle… étendu le linge… j’ai même reclassé mes Tintin par couleur…
Trier les vieux trucs était devenu une priorité… Tout pour éviter mes « devoirs. »
»

Le mot « devoir » n’a pas le même poids pour tout le monde.
La plupart des gens y voient un sens très scolaire, voire une contrainte plus ou moins déplaisante. Pour Nao Brown il a une signification toute particulière.
Nao est une jeune femme tout à fait charmante, du moins en apparence. Née d’une mère londonienne et d’un père japonais, elle cherche encore le bon chemin qui lui permettra peut-être d’ordonner sa vie. Nous faisons sa connaissance à la terrasse d’un café, où l’heureux hasard a porté les pas de Steve, un ami de fac, qui lui propose un boulot dans son magasin de produits dérivés de mangas et d’animation. Il faut dire que Steve est amoureux d’elle depuis longtemps. Bien sûr, elle ne le sait pas… et il n’a pas conscience de ses problèmes à elle, de ce combat intérieur qu’elle mène au jour le jour…
Nao est atteinte de Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC). Pas de ceux qui se remarquent et qui font rire… non, les siens sévissent là où le regard s’arrête, pernicieux et invisibles. Elle est prise de pulsions morbides et s’imagine tuer les gens qu’elle croise dans d’horribles circonstances. Un décompte mortel se met instantanément en marche : 1 sur 10 tout va bien, 10 sur 10 et c’est l’implosion.
« Briser le cou du chauffeur… 8 sur 10. L’avion fut pire encore… Pourquoi m’ont-ils assise ici ? Et donné les instructions ?… 9 sur 10. »
Des visions (dérangeantes, mais on finit par s’habituer) que sa tête, comme un programme de machine à laver, voudrait essorer mais qui sont le fruit de ses angoisses quotidiennes. Ses « devoirs » consistent à extérioriser ses cauchemars.

« Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale. »

Un charme à rendre nos femmes jalouses

Le succès de cette bande dessinée tient pour beaucoup au charme de l’héroïne qui, sans en être réellement consciente, va à la fois fuir et vouloir suivre un certain schéma parental… en quête de l’amour parfait (non, non, pas Steve, mais l’homme à la tête du « Rien » dans Ichi).

Belle et naturelle, mystérieuse, touchante en pleurs et lumineuse quand elle sourit, inquiétante lorsqu’elle souffre en silence et terrifiante quand elle perd le contrôle… Nao n’est pas qu’un personnage de papier : elle prend littéralement vie sous nos yeux.
Derrière le masque de ces expressions, on ressent presque une empathie particulière entre l’auteur et son personnage et on l’imagine se mettre en scène pour trouver le trait juste, s’en prenant à sa planche avec des crayons rageurs.

Nous sommes quelques uns à être tombés sous le charme de cette fille pour qui le quotidien ressemble à un champs de mines.
Entre les lignes, il y a cet appel à l’aide qui se dégage. Et d’autant plus dans ces moments de confusion qui lui font perdre le sens de la réalité, dans ces moments où elle ne sait plus faire la distinction entre le vrai et le faux, entre le blanc et le noir.
Peut-on vraiment vivre avec de telles obsessions ? Peut-on se construire et partager ?

Aquarelliste hors pair

Le charme de Nao Brown ne serait pas aussi flagrant sans le talent de Glyn Dillon. Son travail, époustouflant du début à la fin, nous propose un univers graphique réaliste, subtil et sensuel, tout en aquarelles.
Le quotidien de Nao est magnifié par le coup de pinceau de l’artiste qui nous place, lecteurs, dans les meilleures dispositions pour être happés par le récit et ses compositions de planches dynamiques et structurées.
Les teintes fluctuent en fonction des humeurs de Nao, du gris-bleu mélancolique au rouge vif de l’ébullition, du désespoir à la folie quasi-meurtrière.

Si les aquarelles emplissent la quasi-totalité de l’ouvrage, certains passages adoptent un style plus terne, fait d’aplats informatiques (sans faute de goût toutefois), comme pour mieux mettre en image un conte d’un autre temps.

Une quête identitaire à deux visages

Le conte de Pictor est perçu différemment selon le lecteur.
Superflu ou incompris pour certains et indissociable pour d’autres, il s’intercale de manière sporadique au récit.
Long d’une douzaine de pages au total, il fait écho à l’histoire de Nao pour qui parvient à en capter l’essence.

Mi-homme, mi-arbre, Pictor est symbolisé par une bogue de marron avec ses piquants à la place de la tête. Tout comme l’héroïne, il se bat pour survivre et trouver sa place dans la société, il mène son combat et essaie tant bien que mal de s’accepter physiquement et intellectuellement.
Une double lecture à l’interprétation équivoque et qui a une certaine résonance avec le nom même de Brown.

« Tout n’est pas noir ou blanc. En réalité, tout est plutôt… marron. »

Mais Le Nao de Brown ne se contente pas de ces récits croisés. D’autres éléments viennent prendre leur place naturellement et, simples mots ou dessins, parfois même insignifiants au premier coup d’œil, participent à l’ambiance générale de l’œuvre, à sa subtilité et sa complexité.
Il en est de même pour les dialogues, généreusement peaufinés, d’une justesse rare.
Autant de détails qui rendent le tout plus passionnant et qui offrent ainsi plusieurs lectures.

Une affaire de famille

Après une collaboration sur le Sandman de Neil Gaiman, Le Nao de Brown est la première œuvre solo de Glyn Dillon, qui suit le chemin de son ainé Steve (Preacher).
Storyboarder de cinéma et de télévision, designer, auteur de bande dessinée, les talents de Glyn Dillon sont nombreux mais il n’était pas si évident de s’emparer d’un sujet aussi délicat que les troubles de la personnalité pour un premier album. Il aurait pu s’embourber dans une histoire complexe, tomber dans l’exagération ou le pathétique. Pour autant, il a su trouver le ton juste et faire de son Nao de Brown un récit intelligent, remarquable et apprécié (même ceux d’entre nous qui n’ont pas tout compris ont été touchés par le propos). Le fruit de 4 années de maturation.

Badelel : « En un mot, c’est une lecture touchante. »
Champi : « Au final, l’auteur a réussi à réaliser le récit ambitieux et complet auquel il aspirait, et Le Nao de Brown nécessitera de nombreuses lectures pour livrer tous ses secrets et ses subtilités. »
David : « Auto-dérision, subtilité, humour, sensibilité caractérisent parfaitement le travail du cadet des frères Dillon sur Le Nao de Brown. »
David F. : « Le Nao de Brown est un chef d’œuvre qu’il faut lire absolument et tout de suite. »
Legof : « Au final, une histoire humaine, chaude et belle à l’ambiance graphique délicieuse dont l’évidente sympathie dégagée par les personnages ne laisse pas indifférent. »
Lunch : « Glyn Dillon nous offre un récit intimiste et très touchant, emprunt de sérénité, de spiritualité, de spontanéité et de chaleur, rehaussée par la douceur de ses aquarelles. »
Mo’ : « J’ai mis du temps à me repérer dans le récit, à comprendre la chronologie […] Passée cette gêne passagère, j’ai ressenti un plaisir croissant à m’enfoncer toujours plus loin dans la découverte de l’album. »
Yvan : « Si les deux récits se font progressivement écho, je pense que l’album aurait facilement pu se passer de ce conte d’une douzaine de pages. »

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  1. […] continuons à fêter les 10 ans d’Akiléos sur K.BD, après le Nao de Brown de Glyn Dillon, nous nous intéressons cette fois à l’un des fers de lance de l’éditeur, […]

  2. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  3. […] Fear Agent (Rick Remender / Collectif), 2008 – Motel Art Improvement Service (Jason Little), 2011 – Nao de Brown, Le (Glyn Dillon), 2012 – Queen & Country (Greg Rucka / Collectif), 2004 – Queen & Country […]

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