Block109

Nous continuons à fêter les 10 ans d’Akiléos sur K.BD, après le Nao de Brown de Glyn Dillon, nous nous intéressons cette fois à l’un des fers de lance de l’éditeur, Block 109 de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat. Cet album marque le début d’une série de récits qui compte aujourd’hui 5 albums (le tome 6, S.H.A.R.K, sort en octobre). Chaque album peut être lu indépendamment  mais leurs récits reposent tous sur des fondations posées dans ce premier opus. De Étoile rouge à Ritter Germania en passant par New-York 1947 et Opération soleil de plomb, les deux auteurs ont réussi le pari de développer un univers cohérent en se réappropriant un morceau de l’Histoire de l’humanité.

Once upon a time…

1941, Adolf Hitler est assassiné en public à Munich lors de l’un de ses discours enflammés par un étrange individu au bras tatoué du nombre 109. Cet acte va changer radicalement le cour de l’Histoire. Le Reichfürher déchu, c’est le début de guerres intestines au sein du IIIème Reich pour la conquête du pouvoir et dans les jours qui suivent de nombreux cadres du parti nazis sont arrêtés et pendus par la Gestapo pour trahison. Himmler est alors bombardé Chancelier et Heydrich devient le nouveau Reichfürher. Le danger vient d’un jeune officier SS totalement inconnu, mais à l’ambition démesurée. Un certain Zytek dont l’ascension fulgurante va le propulser, le 5 juin 1943, Grand Maître du Nouvel Ordre Teutonique à la surprise générale. Le nouveau dirigeant lance alors un vaste plan visant à développer l’arme atomique.
Le 8 mai 1945 le feu nucléaire s’abat sur les États-Unis ainsi que sur le Royaume-Uni lors de l’opération « Nuit noire ». Les deux états sont rayés de la carte géopolitique et seule la Russie peut désormais contrecarrer les plans de suprématie mondiale de Zytek et du Reich. Car sur le front Russe les armées « rouges » repoussent l’ennemi Teuton. Pour le dictateur, la victoire totale est encore possible grâce à l’utilisation d’un virus que l’élite des biochimistes Allemands développe depuis plusieurs années dans le plus grand secret. « Le sang des dieux » est une bactérie qui confère à son porteur une force surhumaine et fait de lui un super soldat. Cependant ce virus entraîne avec lui un effet secondaire mortel transformant au préalable l’individu en une sorte de bête sanguinaire. Mais rien ne peut stopper Zytek dans sa volonté de faire triompher la race aryenne.

L’uchronie, un genre à la mode.

L’uchronie est un genre très en vogue actuellement et bon nombre de séries fleurissent depuis quelques années. On citera entre autre les « Jour J » de chez Delcourt et autres « New harlem », « New Byzance » et j’en passe des éditions Glénat. C’est un style scénaristique qui laisse une grande liberté de manœuvre aux auteurs qui s’y intéressent puisqu’ils partent de faits avérés – généralement historiques – pour les détourner, les réinterpréter et se les réapproprier dans le cadre d’un scénario de fiction. Le point de départ est souvent le bon vieux « Et si… ? ». Et si l’Histoire ne s’était pas déroulée comme nous la connaissons ? Pour moi la question mérite d’être posée. Et même si le plus souvent la réponse relève du pur fantasme, l’uchronie n’a en rien vocation à réécrire l’Histoire des manuels scolaires mais juste à créer simplement une fiction autour de celle-ci. Le regard des auteurs ne sera d’ailleurs pas forcément objectif sur les évènements réels dont le récit s’inspire. Si l’exercice de style et avant tout un magnifique laboratoire permettant de nombreuses expérimentations scénaristiques, il est aussi très scabreux. Le mélange entre fiction et réalité doit être subtil sous peine de voir le lecteur rapidement s’ennuyer ou carrément refermer prématurément le livre. Et ce fût un peu le cas pour certains d’entre nous sur cette lecture.
Car si nous sommes quand même une majorité à en avoir apprécié la lecture, Block 109 n’a pas convaincu l’ensemble des chroniqueurs de K.BD.
C’est le cas pour Mo’ et Badelel qui soulignent toutes deux un problème de rythme du récit, trop soutenu en général. Les séquences de trois ou quatre pages s’enchainant de manière pas toujours très cohérentes aux yeux des deux lectrices, la faute à des transitions obscures pour Badelel. Mo’ précise à ce sujet que les éléments narratifs sont trop nombreux et mal exploités, ce qui a tendance à perdre le lecteur assez rapidement dans un flot d’informations trop important.
Mais tout n’est pas si sombre et le reste des lecteurs a été plutôt emballé par le récit proposé par Vincent Brugeas.
Et a contrario c’est justement le côté haletant qui a plu au restant du groupe de lecteurs. Le fait que le récit soit très complexe au départ et se dénoue peu à peu jusqu’à nous offrir un final en apothéose dans les dix dernières pages est pour beaucoup dans ce sentiment d’avoir lu une bonne bande dessinée. Pour Lunch, Yvan, Legof et moi-même, la fin levant enfin le voile sur les plans machiavélique de Zytek est amené avec beaucoup de finesse. Le récit monte en puissance puis prend tout son sens et l’on nous achève avec un remarquable contrepied qu’aucun d’entre nous n’avait vu venir.

Un graphisme qui a du mal à convaincre, et pourtant…

S’il y un bien un point sur lequel l’ensemble des chroniqueurs est d’accord c’est le graphisme de Ronan Toulhoat. Le titre ci-dessus ne laisse que peu de surprises mais les choses sont un peu plus complexes qu’un simple « j’aime pas ».
Ronan Toulhoat possède un trait nerveux et réaliste plutôt agréable qui donne du dynamisme au récit. Cependant nous avons tous eu le même problème. Le trait « crayonné » rend le visage des personnages difficilement identifiables et il faut perpétuellement deviner les silhouettes, se souvenir de qui porte une casquette, qui porte une redingote, etc… cela devient un peu pénible sur 200 pages. Côté couleur, pas de soucis, Ronan Toulhoat  nous régale avec ses planches aux tons sépia – parfois rehaussées de pointes de couleurs –  qui offrent un rendu parfait de cette ambiance morose, oppressante et sordide. Un sentiment d’étouffement prédomine et immerge le lecteur dans l’ambiance post-apocalyptique voulue par les auteurs.

Je le disais dans le titre, le graphisme de Block 109 a eu du mal à convaincre. Et pourtant, si je peux émettre un avis personnel, il ne faut pas s’arrêter à ce seul album pour se faire une idée réelle du talent d’illustrateur de Ronan Toulhoat. Les albums qui suivent sont – et ça n’engage que moi – bien plus aboutis. Petit à petit le trait s’affine et devient plus précis. Le dessinateur peut enfin s’exprimer sur de grandes planches et certaines pages de New-York 1947 ou Ritter Germania par exemple sont vraiment de grande qualité.
En conclusion vous l’avez lu, Block 109 n’a pas fait l’unanimité au sein du groupe de lecteurs de ce dimanche. Le seul conseil à donner est de ne pas s’arrêter à ce premier album si vous souhaitez découvrir cette série qui verse dans différents styles. Entre récit d’aviation, thriller, huis clos apocalyptique, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat ont créé un univers bien sympa.

Lunch : « Un joli tour de force des auteurs. »
Badelel : « Un grand réalisme dans le trait. »
Mo’ : « Je ne comprends pas le plaisir que l’on peut prendre à construire de tels ouvrages !! »
Yvan : « Block 109 (lisez « sang neuf ») est une uchronie prenante qui vaut le détour. »
Legof : « Block 109 est une histoire qui vaut plus pour son très intéressant scénario que pour son dessin. »
Nico : « Un album enthousiasmant, 200 pages de plaisir. »

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  1. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  2. […] sur Carlson City (Céka / Guillaume Griffon), 2010 – Billy Wild (Guillaume Griffon), 2007 – Block 109 (Vincent Brugeas / Bruno Toulhoat), 2010 – Clef du Château rose, La (Matthieu Forichon), 2013 – […]

  3. Lunch dit :

    Nous l’apprenons à l’instant, la sortie du nouveau Block 109 – S.H.A.R.K.S. – initialement prévue en octobre, est repoussée à janvier 2014.

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