queen&country

Cherchant à célébrer les dix ans d’Akileos comme il se doit, l’équipe de K.BD ne pouvait résolument pas passer à côté de cette excellente série d’espionnage, qui est d’ailleurs reprise par l’éditeur dans une très belle édition intégrale en trois volumes.

Chacun de ces tomes plonge le lecteur au sein d’une petite unité du S.I.S. (Secret Intelligence Service), qui s’occupe de missions à hauts risques en dehors du territoire. Composé de trois vigies (Tom Wallace, Tara Chace et Edward Kittering) et d’un directeur des opérations (Paul Crocker), cette section multiplie les opérations risquées à travers le monde, du Kosovo à Osaka, en passant par l’Afghanistan, Sarajevo, Bagdad ou Rome.

C’est en suivant les pas de l’agent Tara Chase que le lecteur se retrouve au cœur d’intrigues politiques qui s’imbriquent aux menaces extérieures. A l’instar de son autre série, Gotham Central, Greg Rucka livre des enquêtes prenantes au sein d’un environnement ultra-réaliste et se concentre principalement sur le développement psychologique des personnages dont il décrit le quotidien. A mille lieux de James Bond, les principaux obstacles rencontrés par les membres de l’équipe sont le stress, les dépressions, les luttes intestines, les relations tendues entre collègues et les difficultés hiérarchiques. Non, le métier d’agent secret n’a vraiment rien d’attirant !

Les protagonistes de cette saga ne sont pas des super-héros, mais des hommes et des femmes qui tentent de préserver leur santé mentale malgré un quotidien peu glamour. A l’inverse du célèbre 007 qui apparaît frais comme un lièvre au début de chaque mission, les agents secrets de Queen and Country démarrent chaque histoire avec l’addition de la précédente encore bien gravée dans la mémoire. Et si cette addition est particulièrement salée, ce n’est pas dû aux coûts des gadgets high-tech ou au nombre élevé de vodka-martini shaken, not stirred ingurgités aux frais de Sa Majesté.

Parmi ces héros, à la fois chair à canon et terriblement humains, le rôle principal revient à un personnage féminin au caractère bien trempé, mais cependant très sensible. Alors que James termine chaque mission entouré d’une créature de rêve et de champagne, dans un endroit idyllique, Tara se retrouve souvent seule et complètement dévastée psychologiquement. Si le principe de cette série repose sur des récits indépendants, la construction des personnages se fait au fil des aventures, avec des acteurs qui trimballent donc un passif de plus en plus lourd à porter.

La narration, très immersive, ne s’embarrasse pas de longues explications sur le fonctionnement de l’organisation. En alternant scènes d’action prenantes avec des moments plus calmes et psychologiques, l’auteur parvient à rendre le fonctionnement des différents services très accessible et il n’est de même nul besoin d’être au fait de la situation géopolitique mondiale dans ses moindres détails pour ressentir la tension qui émane des lieux où se déroulent l’action. Le fait d’intégrer des événements réels augmente également l’authenticité du récit, rendant encore plus difficile de tirer la ligne entre réalité et fiction.

Le seul point surprenant, voire rebutant, noté par l’équipe de K.BD est le changement régulier de style graphique au fil des épisodes. Si le noir et blanc est conservé d’une histoire à l’autre et que les personnages demeurent suffisamment identifiables, la transition entre un dessin très réaliste et des personnages plus cartoonesques peut s’avérer assez déconcertant. Ce soucis (assez fréquent dans l’univers des comics) passait encore beaucoup plus inaperçu lors de l’édition originale en fascicules, mais se voit ici accentué par la publication en format intégrales. Si le procédé est assez troublant, il permet néanmoins de découvrir comment les dessinateurs successifs s’approprient l’histoire, offrant au passage une nouvelle facette de Tara et de ses acolytes.

A l’exception de ce changement graphique permanent qui a légèrement perturbé certains membres de K.BD, l’équipe est cependant unanime quant à la qualité du scénario. Zaelle parle d’une excellente fiction réaliste, aussi passionnante qu’addictive. Badelel, qui n’a pas lâché son intégrale, confirme en mentionnant un bon mélange, parfaitement dosé, qui rend accro. Lunch a été séduit par ce scénario qui, telle une série TV américaine, invite à rentrer dans l’intimité du récit en donnant progressivement du poids aux personnages. Pour ma part, Queen & Country est la meilleure série d’espionnage que j’ai eu l’occasion de lire.

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  1. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  2. […] 2008 – Motel Art Improvement Service (Jason Little), 2011 – Nao de Brown, Le (Glyn Dillon), 2012 – Queen & Country (Greg Rucka / Collectif), 2004 – Queen & Country (déclassifié) (Greg Rucka / Collectif), 2008 […]

  3. […] 28. Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? 29. Queen & Country – Intégrale T2 30. Revenants 21. Saga T2 32. Scalped T8 33. Singe de Hartlepool, Le 34. Souvenirs de […]

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