kitaroSi je vous dis qu’un des héros préférés des enfants japonais est un monstre borgne, né d’un couple de morts-vivants, vous ne me croiriez pas ! Et pourtant ! Kitaro est devenu un personnage fétiche au point de connaître une véritable renommée avec produits dérivés et adaptations en animés. En France, ce sont les éditions Cornélius qui, après le succès de Mizuki avec son NonNonBâ primé comme meilleur album à Angoulême en 2007, qui continue d’éditer l’œuvre de ce dernier.
Kitaro du cimetière, rapidement renommé Kitaro le repoussant est la série phare de son auteur. Publiées entre 1959 et 1969, les aventures de Kitaro mettent en scène les fameux Yôkai, ces créatures fantastiques issues du folklore japonais dont Shigeru Mizuki s’est pris de passion au point d’en faire le sujet central de ses œuvres.  Aussi, au fil des ans, Mizuki est devenu le maître incontesté des Yôkai que l’on peut retrouver notamment dans NonNonBâ, Mon copain le kappa, 3, rue des mystères et enfin dans Kitaro le repoussant.

Dernier représentant de son espèce, Kitaro est donc un mort-vivant. Né du cadavre de sa mère dont il est sorti en rampant, il est désormais accompagné de son père qui se déplace dorénavant sous la forme d’un unique œil monté sur pattes. Muni d’un physique peu avenant avec son infirmité, ce drôle de petit bonhomme à la mèche énigmatique parcourt le monde des humains, flanqué de l’œil anthropoïde paternel. Son errance est dès lors prétexte à diverses aventures où Kitaro n’hésite pas à prendre en charge les différents conflits et incompréhensions qui naissent entre humains et créatures surnaturelles. Aidé des conseils de son père et de son gilet rayé aux pouvoirs surnaturels, Kitaro devient le trait d’union entre le monde des vivants et le monde des esprits, désamorçant les désaccords et œuvrant pour que chacun puisse vivre en paix et en harmonie.

Loin d’être « repoussant », Kitaro offre, au contraire, un visage facétieux derrière son masque d’anti-superhéros japonais. Ses histoires, tantôt burlesques, tantôt effrayantes, offrent un décalage surprenant par son mélange des genres. Même si, aujourd’hui, elles n’effraient plus son lectorat contemporain, elles jouent sur les peurs ancestrales des hommes et s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée des mangas d’horreur de l’époque. Utilisant les figures des Yôkai que chacun connaît au Japon, Mizuki fait de son héros un personnage extrêmement populaire et surtout intemporel qui touche toutes les couches de la société.
La tentative réussie de remettre à l’honneur ces créatures plus ou moins malfaisantes n’est pas non plus totalement gratuite. En effet, les aventures de Kitaro s’inscrivent dans une époque où le Japon est en pleine libéralisation. Reniant ses valeurs ancestrales pour s’engager dans une course où les maîtres-mots sont modernité et occidentalisation, le pays oublie quelque peu ses valeurs et son folklore. On peut d’ailleurs noter à cet égard la présence de monstres européens dans Kitaro, comme Dracula ou Frankenstein, qui tiennent le mauvais rôle en envahissant une île japonaise dont ils souhaitent faire leur repère. Une manière détournée mais explicite de mettre en image l’invasion du monde occidental.  Mizuki se fait ainsi fort de rappeler à ses lecteurs l’importance des traditions et des contes qui ont, d’une certaine manière, valeur éducative quant à la façon d’envisager le monde et les différents êtres qui le peuplent.

Bien que d’une culture différente, les lecteurs de k.bd ont su être touchés par ce personnage hors-norme et ses aventures rocambolesques. Il semble même que nous nous soyons plus attardés sur le fond que sur la forme. Mo’ souligne que le travail graphique est « assez proche de celui de NonNonBâ » mais que le trait de Mizuki s’affine au fil des volumes et gagne en expressivité, en charisme. De fait, le style de Shigeru Mizuki est assez simple en apparence. A la fois naïf et parfois caricatural, il allège l’impact horrifique de l’histoire selon moi. De son côté, Champi évoque à son tour, « un trait naviguant entre la caricature – pour les personnages – et l’hyperréalisme – pour certains décors ».
Au final, ce qui reste plus prégnant dans cette série, c’est la richesse de l’univers brossé par l’auteur.
Pour David, « les histoires de Kitaro le repoussant sont des portes ouvertes vers une imagination débridée ». Un imaginaire qui s’appuie évidement sur les anciennes croyances japonaises que chacun s’est plu à découvrir. Je ne résiste pas à vous rappeler que l’auteur, de par sa grande connaissance du sujet, a produit un Yôkai, Dictionnaire des monstres japonais en 2 volumes, répertoriant les différentes créatures, leur pouvoir et les légendes qui y sont associées. Mo’ note que « les préfaces et bonus de chacun des volumes réédités par Cornélius sont riches en informations et nous aident à comprendre les références et les codes présents dans Kitaro le Repoussant ». Champi, qui souligne par ailleurs le remarquable travail d’édition de Cornélius, indique que « ces histoires pourraient intéresser aujourd’hui un public jeune intrigué par la culture extrême-orientale, et prêt à s’ouvrir à un univers graphique loin des sentiers battus ».
Vous aurez donc compris que, tout en se référant à une culture japonaise traditionnelle, Shigeru Mizuki a réussit avec brio à faire de Kitaro un ambassadeur des traditions japonaises, à travers le temps et l’espace. S’étalant sur 11 tomes, la saga de Kitaro est une œuvre qui a à la fois pour jeu de parler des êtres fantastiques en passe d’être oubliés mais aussi, à travers eux, d’évoquer l’homme et des thématiques aussi vastes que le pouvoir, la haine, l’amitié…

Un pont entre passé et modernité qui peut toucher chacun d’entre nous.

Nous l’avons dit :

Champi : « Une belle occasion de voyager dans l’espace et dans le temps, et de constater par la même occasion que certaines angoisses n’ont aucune frontière. »

Choco : « Une œuvre qui ne vieillit pas d’un pouce et qui rappelle qu’il est bon de ne pas oublier les croyances ancestrales de sa culture. »

David : « Malgré les années (…), le petit Kitaro n’a pas pris une ride et reste un monument du manga. »

Mo’ : « « Geh geh geh » ! J’adopte l’hymne à la gloire de Kitaro le Repoussant. Une lecture sympathique qui nous fait voyager dans les croyances et les superstitions japonaises. »

Choco

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Une réponse "

  1. […] Kirihito (Ozamu Tezuka), Delcourt, 2005 – Kitaro le repoussant (Shigeru Mizuki), Cornélius, […]

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