mutafukaz

Vous en avez l’habitude maintenant, nouveau mois donc nouveau thème ! Et en ce déprimant mois de novembre nous allons nous intéresser à l’explosif label 619 de chez Ankama. Cette collection est sans nul doute la plus décalée et la plus contemporaine que l’on puisse trouver actuellement dans la production BD. Le concept a été créé par Run et le but est ouvertement de découvrir des auteurs de talent sans donner de limites de styles ni de formats autour  de la culture urbaine contemporaine. Le label 619 (Tank Girl, Doggybags, Monkey Bizness, etc…) est un laboratoire d’expérimentations tant scénaristiques que graphiques et ça fait du bien de voir un éditeur dépoussiérer la bande dessinée. Pour moi ce label tend à devenir le Métal Hurlant des années 2000, en lançant une nouvelle vague d’auteurs hyper talentueuse. Et donc pour commencer ce mois il était normal de s’intéresser d’abord à Run, véritable porte-drapeau de cette collection, et à sa plus grande création à ce jour, Mutafukaz.

Parler de Mutafukaz n’est pas si simple, et être totalement complet sur la série serait carrément utopique et présomptueux tant cet univers fait appel à de multiples références. Le nombre de personnages et d’histoires parallèles complique également pas mal la chose. Il faut savoir aussi que la série principale contient 5 tomes (le tome 5 est en préparation). Et là vous allez me dire « je ne comprends rien, il y a 5 tomes ! Donc le tome 5 est déjà sorti ! » Et non ! Car il y a un tome 0 qui constitue une préquelle à la série originelle. Ce tome 0 – intitulé It came from the moon ! – revient sur l’origine du mal qui frappe Dark Meat City. C’est un album qui fait le lien avec le tome 1 mais qui, comme le dit si bien Yvan dans son article, tourne le dos au roadmovie d’Angélino et à l’univers « gangsta Hip-Hop » de la série principale. Je vous laisse lire l’article d’Yvan ou le mien sur cet album. De la même manière il existe un spin-off de la série, Metamuta, qui pour le coup n’a plus grand-chose à voir avec le scénario principal et traite des questionnements métaphysiques d’Angélino. Les auteurs – Run et Jérémie Labsolu – reviennent sur le passé de Lino. Ça a le mérite d’exister mais pas vraiment de s’y attarder.

Bref ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est la série qui a servi de base à cet univers. Mutafukaz c’est l’histoire d’Angélino, un p’tit gars paumé, loser de premier ordre, qui ne vit que de petits boulots. On l’aperçoit dès les premières planches du tome 1 en livreur de pizzas. Une existence plutôt morose qu’il partage avec Vinz, son meilleur pote, dans un appartement insalubre du quartier latino de Rios Rosa, l’un des secteurs les plus mal famés de la mégalopole Dark Meat City. Mais un malencontreux accident de scooter va radicalement changer sa vie. Cette collision, qui lui fait perdre son boulot au passage – la galère continue – n’est pas le seul dommage collatéral. Car depuis l’accident Lino est victime de violents maux de tête accompagnés d’hallucinations. Il aperçoit des ombres bizarres derrière certains passants. Après une visite chez le médecin qui lui conseille le repos complet, le même toubib s’empresse de téléphoner et de signaler à un mystérieux personnage qu’Angélino est devenu une menace car il est capable de voir les fameuses ombres. Á partir de là les ennuis commencent aussi bien pour Lino que pour Vinz. Ils vont être pris tous les deux dans un tourbillon d’ennuis dont l’enjeu sera l’avenir du monde, rien que ça !

Run le dit lui-même, « qu’il aura été long de faire découvrir ce projet ». Car il a longtemps été refusé par les éditeurs. C’est finalement Ankama qui franchira le pas et qui donnera sa chance à Run, bonne idée ! Mais ce délai d’attente lui aura été profitable et lui offrira le temps de mûrir son scénario, de le peaufiner et de l’enrichir de multiples références, d’inspirations diverses et variées ramenées d’un voyage aux États-Unis et plus précisément de Los Angeles. Du coup pas besoin d’aller plus loin pour comprendre que Dark Meat City est pour Run la cité des anges qui convenait à son récit.

Mutafukaz est avant tout une petite claque graphique. Nous ne sommes pas tous de cet avis sur K.BD mais j’y reviendrai. En grande partie tous les chroniqueurs de K.BD ayant participé à cette lecture ont découvert cette série parce qu’elle leur faisait de l’œil chez leur dealer de BD favori. Il faut dire que Run se démarque par un style contemporain très intéressant. Les planches fourmillent de détails. On sent qu’il apporte une attention particulière à chaque case et s’éclate à faire varier sa technique, à tenter – et à réussir – des expérimentations graphiques et autres concepts visuels. On retrouve du noir et blanc, de la couleur, des pages d’inspirations « années 50-60 », le tout étant sublimé par la maestria dont fait preuve l’auteur sur Photoshop. Run ne se limite pas à la technique, le support change régulièrement, tantôt papier glacé, tantôt papier mat, il va jusqu’au bout de son concept.

Lié à ce décorum il fallait une galerie de personnages dignes de ce nom et là l’auteur continue son délire en nous proposant des protagonistes au physique en totale adéquation avec son univers décalé. Il y a Angélino bien sûr avec sa tête noire tout à fait ronde et Vinz victime d’une éternelle combustion spontanée du crâne. Mais il y a aussi Willy la chauve-souris horripilante – parce qu’il parle tout le temps –, la section Z7 (sorte de milice anti-émeute), les catcheurs de la Lucha Libre et j’en passe car la liste de personnages est longue comme le bras.

Mais ce melting-pot n’est pas du goût de tout le monde. Et chez nous, un chroniqueur résiste encore et toujours à l’envahisseur (Ah Ah !). En fait Mitchul n’est justement pas du tout emballé par cette explosion de genres qu’ils soient graphiques ou scénaristiques. Il le dit clairement, Mutafukaz n’est qu’un fourre-tout sans queue ni tête qui ne fait que desservir le 9ème art et assimile la série à un « pur produit de consommation pré-formaté, bien de son époque » sans grande qualité scénaristique.
Rassurons Run quand même, le reste de l’équipe de lecteurs a apprécié l’expérience, en partie grâce au rythme survolté du récit. les pages se succèdent sans laisser réellement le lecteur reprendre son souffle. Il faut souligner le rendu que Run a su donner aux fusillades, les effets d’impacts de balles sont superbes, l’action est omniprésente. Le lecteur ne s’ennuie pas une seconde certainement grâce aux diverses tournures narratives utilisées par l’auteur. On sent bien que Run lui-même se serait ennuyé à ne rester que dans un seul registre, alors qu’ici Mutafukaz est une explosion de styles, une sorte de passerelle entre différents genres. Franco-belge, Comic book, Manga et en même temps un melting-pot de pop culture très en vogue aujourd’hui.
Mutafukaz est effectivement un fourre-tout, mais un fourre-tout orchestré par un auteur de talent !

Yvan : « Le rythme imprégné est trépidant, l’humour constamment au rendez-vous, les répliques fusantes et l’action omniprésente… »
Mitchul : « Mutafukaz est pour moi le pire en matière de narration séquentielle. L’archétype même de la lecture insupportable. »
Mo’ : « Un univers péchu, franc où l’on ne s’ennuie pas […] et je n’ai pas l’intention de m’arrêter là dans la lecture de cette série. »
Champi : « Run aime ses personnages. Certes, il les martyrise, mais c’est pour la bonne cause ! On en redemanderait presque ! »
Zaelle : « Lire Mutafukaz c’est une vraie expérience. Une expérience dingue mais géniale. »
Livr0ns-n0us : « Mutafukaz est donc une œuvre exhaustive, entière, qui permet d’appréhender tout le talent de Run. »
Nico : « Difficile de classer cette série. C’est juste Mutafukaz, un fourre-tout génial ! »

Petit post-scriptum pour signaler que lors du festival Quai des bulles qui se tenait comme chaque année à St Malo, Run a enfin présenté le film d’animation Mutafukaz. Après des années de galère – 3 ans – le projet est en production. Une mine d’informations est disponible sur le compte Facebook de l’auteur. C’est le célèbre studio 4°C – pour qui travaillent des gens comme Nicolas De Crécy (Léon la came) ou encore Katsuhiro Otomo (Akira) – qui s’occupe de l’adaptation de la bande dessinée mais le studio n’est pas seul aux manettes bien sûr puisque Ankama suit l’affaire de près ainsi que Guillaume Singelin (The Grocery), Run restant le maître à bord. Cette collaboration franco/japonaise s’appuie sur un staff de qualité, il y aura entre autre Shojiro Nishimi (Batman Gotham Knight) et Yasuhiro Ayashi, ainsi que le directeur artistique Shinji Kimura (Amer Béton).

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  1. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  2. […] >>>  Le label 619 sera à l’honneur sur K.BD durant tout le mois de novembre. Mon artcile sur K.BD […]

  3. […] 619, deuxième ! Après Mutafukaz, premier du nom et père fondateur du détonnant label, voici The Grocery, digne successeur et/ou […]

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