thegrocery

Label 619, deuxième !
Après Mutafukaz, premier du nom et père fondateur du détonnant label, voici The Grocery, digne successeur et/ou petit frère, loin des gosses de riches ou des gosses qui rient, et j’en ai ainsi fini avec mes jeux de mots moisis (ça rime).

La course effrénée entamée par RUN (ah ah) se poursuit avec le rythme endiablé insufflé par Aurélien DUCOUDRAY et Guillaume SINGELIN à l’histoire d’un quartier de Baltimore ni pire ni meilleur que bon nombre de coins de villes en perdition un peu partout aux quatre coins du globe (mais peut-être surtout aux States).
Ici, les gosses du coin traînent surtout non loin de la vitrine de l’épicerie (« grocery » dans la langue d’Elliot Ness) que le père d’un autre Elliott (moitié chaussette, moitié grenouille, 100 % gentil) vient d’ouvrir, réalisant ainsi le rêve de feu sa femme.

« Y a des jeunes qui font du vélo et de la planche à roulettes dans la rue d’à côté, ils seront ravis d’avoir un nouvel ami !! ». Que tu crois, mon n’veu !  Mo’ n’a pas mis pour rien cette phrase en avant : tout commence plus ou moins ici, quand le jeune garçon absorbé par la télévision (et le générique d’Arnold et Willy, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…) se fait mettre à la porte de la boutique à coups de balais par son paternel.

C’est sûr, les jeunes de dehors, la bande de Sixteen, font du vélo et de la planche à roulettes. Et accessoirement ils dealent, aussi. Faut bien se payer les green gum et les fringues (de marques), et ce ne sont pas les maigres allocs (si tant est qu’elles existent) que touchent leurs parents (ils sont où, d’ailleurs, leurs parents, à ces mômes ?!) qui le permettront.

On a beau jeu de parler des enfants, mais ils sont un peu livrés à eux-mêmes, non ? Certes, il y a le père d’Elliott, mais qui est tellement boulot-boulot qu’il ne voit pas ce qui se passe sous son nez.
Certes il y a Washington, « vétéran » de la guerre en Irak de retour au pays qui n’a pas besoin de longtemps pour réaliser qu’on l’a déjà oublié. Pire, relégué au caniveau.
Certes, il y a Ellis One, survivant de la chaise électrique, mais on fait mieux comme modèle parental, non ?
« On croise les habitants, les gentils comme les beaucoup moins » écrit Zaelle. Faut admettre que les beaucoup moins prennent plus de place que les autres !

« L’univers de cette série est survitaminé, dopé aux effluves des drogues de synthèse [et] au goût acidulé des bonbecs » poétise Mo’. Voilà. Les cachous et autres douceurs s’invitent dans la bouche dans le meilleur des cas, ou dans le bide, le plus souvent. Ellis One a la ferme intention de reprendre « les affaires » en main, et ça ne se fait pas dans l’ambiance feutrée des bureaux de Wall Street.

« Tous les personnages sont liés les uns aux autres de près ou de loin, les actions des uns influencent la vie des autres et tous portent des cicatrices et sont prêts à rendre les coups qu’on leur donne » : bien vu, David. Les cicatrices ne sont pas toutes visibles, mais elles suintent encore. Pas sûr pour autant qu’elles excusent les exactions des plus tordus – et des plus forts. Quant aux liens encore inexistants entre la bande à Elliot et celle à Washington (le soldat a la chance de rencontrer d’autres gars aussi mal en point que lui mais que l’association Reclaim Our Homes soutient et mobilise) dans ce tome 1, on peut imaginer que la suite les met à jour.

« Aurélien Ducoudray frappe un grand coup avec ce récit terriblement actuel, portrait d’une Amérique en crise et d’une jeunesse qui a perdu ses repères. » Ben alors, Livr0ns-n0us, tu trouves pas qu’il y a déjà assez de coups comme ça dans The Grocery ?

Si Mutafukaz n’a pas fait l’unanimité au sein de la rédaction polycéphale de K-BD oui : nous nous accordons tous sur la richesse sans concession du scénario, sur la violence souvent trash de bon nombre de scènes (mais la vie est trash, qu’on se le dise !) et sur les références qui affleurent plus ou moins discrètement au fil des cases : The Wire (dont David propose une critique croisée), Kick-Ass (d’après Mo’) ou Requiem for a dream (si l’on en croit ma pomme).
Je me permets toutefois un petit bémol : « Un petit air de « déjà-vu » flotte au fil des pages ». Mais bon, mieux vaut un bon bœuf bourguignon réchauffé qu’une mauvaise cuisine conceptuelle, hein ?

Mais comment faire passer une histoire aussi dure, aussi sanglante et aussi réaliste sans donner à la nausée au lectorat ?
Grâce au dessin de Guillaume SINGELIN !

« C’est bien simple, je suis amoureuse de son trait depuis que j’ai croisé King David. Chacune de ses cases est une grosse claque, il a un talent dingue. » Au-delà de la déclaration d’amour (transmise à l’auteur), Zaelle a raison : pas de temps mort scénaristique ? Pas de temps mort graphique non plus.

David vous met en garde : « ne vous fiez pas du tout au dessin qui peut apparaître au début comme enfantin ». En effet, tout le monde peut dessiner des têtes de chaussettes (sales) ! Plus difficile toutefois de les rendre expressives, vivantes, attachantes (bon, si, une chaussette sale est facilement attachante, c’est sûr) et surtout de les faire évoluer dans un décor réaliste sans que ça sente le carton-pâte ou le mariage raté.

« On côtoie des tronches que l’on croirait directement sorties du Muppet show et cette ambiance graphique faussement enfantine désamorce réellement le côté trash du scénario. » Bien vu, Mo’, même si tu paraphrases SINGELIN lui-même, non mais ! Reprochons quand même au dessinateur le fait que, parfois, surtout au début, il est difficile de différencier certains protagonistes. Heureusement que les cadavres s’empilent suffisamment vite pour nous aider à faire le tri !

« La caricature n’enlève rien à la critique sociale, et la met même davantage en lumière. » La classe, rien à redire, Livr0ns-n0us a trouvé la formule juste. Plus réaliste, ça aurait fait trop gore, plus minimaliste, ça aurait fait trop Mister O, ici l’entre deux est parfait, intrigant et efficace.
Chapeau.

L’avis unanime de notre rédaction mosaïque (ou éparpillée façon puzzle, il paraît que c’est de saison) porte donc autant sur l’histoire survoltée et profondément réaliste (rien ne vaut la fiction lorsqu’elle sert la critique sociale) que sur le dessin dynamique et talentueux dans lequel on entre très vite.
Une lecture salutaire même si elle fait sans doute plus de mal (par le constat) que de bien.

Allez, dernière polyphonie pour la route :

Champi : « On peut être dérouté par la multiplicité des personnages et des situations à suivre, mais l’intensité générale l’emporte et le lecteur suit. »
David : « Je confirme, ça saigne. »
Livr0ns-n0us : « Oscillant entre bubble gum et méthamphétamine, jeux d’enfants et lutte pour le pouvoir, The Grocery s’impose donc comme un album hybride d’une grande qualité, à posséder absolument ! »
Mo’ : « Ça risque de mal finir mais on risque d’y prendre beaucoup de plaisir ! »
Zaelle : « Du pur label 619. Beau, drôle, légèrement crétin et méchant. »

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  1. livr0ns-n0us dit :

    Raaaah c’est beau Champi, c’est beau !

  2. […] seul aux manettes bien sûr puisque Ankama suit l’affaire de près ainsi que Guillaume Singelin (The Grocery), Run restant le maître à bord. Cette collaboration franco/japonaise s’appuie sur un staff de […]

  3. […] The Grocery (Guillaume Singelin/Aurélien Ducoudray), […]

  4. […] : End of days T2 10. Dark Country 11. Décalage, Le 12. Entrevue, L’ 13. Goliath 14. Grocery, the T2 15. Histoire d’Hommes, Une 16. Homme qui n’aimait pas les armes à feu, L’ T2 […]

  5. […] qui a fêté ses dix ans en 2012, Aurélien Ducoudray, scénariste prolifique si l’en est (The Grocery, Championzé, El Paso, Gueule d’amour, Bekame, Young, etc.), ne pouvait que s’y […]

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