Le photographe

En mettant à l’honneur La revue dessinée pour ouvrir son mois du documentaire, K.BD a fait le choix de l’éclectisme : variété des styles graphiques, des reportages, des narrations montrent l’étendue des talents mais aussi des potentialités offertes par la bande dessinée en matière de traitement du genre documentaire.
Une étape majeure, en la matière, avait déjà été franchie il y a un peu plus de dix ans (déjà !) par le talentueux trio d’auteurs qui réalisa Le Photographe, poignante trilogie qui a enchanté nos rédacteurs.

Poignante parce que « le récit de cet album est à mi-chemin entre le reportage et le journal intime » (Mo’) : raconté à la première personne, Le Photographe suit les pas (sur des sentiers loin d’être battus) de Didier LEFEVRE, photographe de presse et globe-trotteur (aujourd’hui disparu) partit en 1986 accompagner une mission de Médecins Sans Frontière en Afghanistan – alors en guerre contre les Soviétiques.

L’aventure humanitaire des médecins militants se double de l’aventure humaine d’un homme – le photographe, donc – qui semble pour la première fois « toucher du doigt ses limites » (Mo’). Yvan évoque même son « calvaire » qui va croissant, le tome 3 se déroulant dans une douloureuse solitude.

Pourtant, le reporter fait preuve « d’une sorte d’objectivité » qui a stupéfié Livr0ns-n0us : « nul jugement de valeur ou critique, Didier Lefèvre se contente d’observer, de capturer l’intime sans le déformer. »

Ici demeure sans doute la force d’un grand récit : « aventure humaine, aventure photographique, aventure professionnelle, constats et réflexions s’entrecroisent avec naturel et fluidité » (Champi).

Le Photographe, par des changements de focale permanents, nous fait passer de l’intime au reportage à chaque page, chaque case.
Une richesse sans aucun doute issue du mélange parfait de deux arts : la photographie et la bande dessinée.

« Avec Le Photographe, [l’auteur] est sans doute l’un des premiers à lier photographie (et quelle photographie !) et dessin dans un même album grand public », s’enthousiasme David, avant d’ajouter avec justesse qu’« aucun champ artistique ne prend la place de l’autre. »
Cet équilibre est le fruit du style bien particulier qu’Emmanuel GUIBERT a su développer au fil du temps, atténuant justement le « style », la marque d’une patte ou d’une particularité (même si c’est justement à cela qu’on le reconnaît aujourd’hui !) pour servir au mieux le récit d’un autre.
Il est également dû à la qualité de « la mise en page de LEMERCIER, qui sait alterner densité et respirations, informations et silences. Elle donne à cette aventure humaine et artistique le rythme d’un cœur qui bat » (je n’en finis pas d’être lyrique !).
Frédéric LEMERCIER a également choisi une palette chromatique limitée et particulièrement efficace : « les couleurs […] en aplats rendent hommage aux couleurs terre de pays que l’on imagine plongés dans la poussière : le Pakistan et l’Afghanistan » (Champi toujours).

Ces partis-pris graphiques n’ont de prime abord pas séduit Livr0ns-n0us : « il faudra passer outre le graphisme vieillot de cette édition. » Mais elle nous rejoint bien vite : « les dessins et les photographies s’entremêlent si bien que l’on n’imagine pas qu’il puisse exister une autre façon de raconter cette histoire que l’on pressent extraordinaire. »

Si « certaines photos […] font partager des moments qu’il serait impossible de dessiner ou de narrer » (Yvan), bon nombre de dessins comblent les vides photographiques (« il faudrait faire une photo, mais je me sens vide », avoue LEFEVRE dans le tome 1).
De plus : « le choix de dessins assez épurés atténue en partie la dureté du thème de l’album » (Mo’).

La complémentarité est donc parfaite entre les deux techniques et leur mariage n’en est que plus pertinent.
Mo’ note qu’au fil des tomes les photos semblent occuper de plus en plus de place, comme si le photographe avait « eu besoin de se protéger derrière son objectif pour s’épargner de la violence des événements. »

Qu’on ne s’y trompe pas : derrière la beauté formelle et l’humanité du récit se cache une aventure humaine aussi enrichissante qu’éprouvante pour Didier LEFEVRE, qui n’en revint sans doute pas indemne.

Le Photographe, paru à mi-chemin entre les premiers reportages de Joe SACCO (Palestine, 1993) et La revue dessinée, fait partie de ces ovnis dont la bande dessinée a le secret. Fruit de la collaboration de trois artistes qui semblent, par leur rencontre, avoir connu un moment de grâce qu’ils ont bien voulu partager avec nous, cet album est caractéristique de la discrétion empathique et de l’écoute éclairante dont Emmanuel GUIBERT a fait sa spécialité (La guerre d’Alan et L’enfance d’Alan en étant des preuves supplémentaires, si nécessaire).

D’un abord simple malgré l’association des contraires (graphique et photographique), Le Photographe, à travers une lecture fluide et passionnante, fait la synthèse de la subjectivité la plus intime (l’œil du photographe) et de l’objectivité nécessaire du reporter.

Une œuvre majeure saluée par l’ensemble des chroniqueurs de K.BD :

Champi : « Le Photographe a tout pour séduire, fruit d’une collaboration entre trois hommes talentueux et modestes au service d’une histoire à vivre au plus près des protagonistes. »

David : « Une grande performance pour trois grandissimes albums justement récompensés ! »

Mo’ : « Le lecteur est le dépositaire d’un témoignage marquant. »

Livr0ns-n0us : « Ami lecteur, c’est une formidable aventure humaine que tu t’apprêtes à découvrir en ouvrant cette bande dessinée, une de celles qui te marquent durablement. »

Yvan : « Plus qu’une invitation au voyage, c’est une leçon de générosité et un témoignage d’humanité que nous fait partager Didier Lefèvre tout au long de cette équipée. »

Un site dédié à cette bande dessinée permet d’en découvrir les secrets.

Champi

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  1. […] également l’avis à plusieurs mains de K.BD […]

  2. […] documentaire de bandes dessinées (La Revue Dessinée), un mix de bandes dessinées et de photos (Le Photographe) en terminant par un ouvrage plus classique bien que décalé dans sa narration (Le Petite Histoire […]

  3. […] sujet : Maus de Spiegelman, Le Complot de Will Eisner, les albums de Joe Sacco, Philippe Stassen ou Emmanuel Guibert… On commençait à peaufiner la sélection et là, BAM ! Le choc ! Putain, Ils ont tué […]

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