colonie

« Si la France occupe aujourd’hui un rang de première catégorie parmi les nations du monde, c’est qu’elle a su, par le passé, prendre part à la plus belle des entreprises humaines : la Colonisation. »

À bien y réfléchir, « colonisation » est un mot lourd de sens. Il fait appel à tout un tas d’autres mots, pas gros mais pas plus fins, ravivant à notre esprit des douleurs enracinées, celles de nos pères, de nos grands-pères, et ainsi de génération en génération.
Bien sûr, la réminiscence du colonialisme africain, plus proche, ressurgit aussitôt. Nous autres bordelais (il en va de même pour toutes les villes portuaires du Grand Ouest) n’oublions pas non plus que notre port était un bastion du commerce triangulaire…
Mais l’histoire des colonies est plus complexe et bien plus large que ça.
Elle commence à l’aube des grandes conquêtes maritimes. L’homme a toujours été prompt à s’étendre et Christophe Colomb avait découvert une nouvelle terre à seulement 20 jours de traversée.

Évidemment Français et Anglais, en bons amis, ont ainsi déporté leur conflit loin de l’Europe et poursuivi leurs batailles par-delà les mers.

Un manuel attrayant.

« Cette histoire, que vous connaissez peut-être mal, vous pouvez tous en être fiers : elle nous a permis de manger des citrons et des bananes en toutes saisons depuis des générations. »

La Petite histoire des colonies françaises se décline en 5 tomes, de la conquête américaine (les débuts) à l’émigration (plus actuelle), en passant par l’âge d’or de l’Empire, la décolonisation et la Françafrique.
Le narrateur, « ce bon vieux Général de Gaulle », nous guide ainsi « avec une exécrable dose de paternalisme, de condescendance et de mépris – le tout bien sûr fait avec humour – » (Badelel) sur les traces de l’histoire et nous explique les prémices de la colonisation.

Le premier tome pose les bases de l’expansion, nord-américaine pour commencer, et nous permet d’appréhender l’origine de la rivalité franco-anglaise. Car lorsqu’il est question de colonisation les anglais ne sont jamais très loin…

Résumer notre passé colonial de façon brève n’est pas une mince affaire. On peut pourtant qualifier le travail de Grégory Jarry et Otto T. de réussi. Ils parviennent, par leur approche à la fois didactique et distrayante, à placer la connaissance à la portée de tout le monde.

Le format du livre, à l’italienne, n’y est pas étranger : chaque page est composée d’un court texte non dénué d’humour en partie haute, puis d’une saynète illustrée guère plus sérieuse en dessous.
Le ton de la narration contribue largement à notre engouement. À la fois cynique et documenté, il instaure un climat ludique à la lecture et crée un décalage fort avec l’austérité des événements, sans oublier « de nous rappeler avec une certaine énergie les vertus positives de la colonisation » (David).

Un décalage qui se poursuit jusque dans le dessin très stylisé, voire schématique, d’Otto T., toujours en phase avec le texte mais prenant également la narration à contre-pied, « renforçant par la même le comique de la situation. Un phénomène de surenchère qui fait toute la réussite de cet album et qui évite à la fois notre lassitude » (Lunch).

Le dessin et le décalage qu’il crée a cependant ses détracteurs, ou a suscité tout du moins quelques travers :
Legof, qui a souri sur la majorité des saynètes, n’a pour autant pas compris certaines chutes « tant le dessin est minimaliste ». J’ai tendance à le rejoindre moi-aussi sur cet état de fait.
Une gymnastique d’esprit qui au contraire à beaucoup plu à Badelel, bien qu’elle se soit sentie perdue par moments dans le déroulement des événements. Un défaut mineur qu’elle juge propre au premier tome de la série.

Le dessin, surtout, a pas mal divisé. Peu séduisant de prime abord, il n’apporte pas de valeur ajoutée à l’album pour Legof, le plus critique d’entre nous. Les autres loueront surtout l’esprit de vulgarisation et l’approche humoristique de celui-ci. Des personnages proches du genre « bâton » dont les gestes et humeurs sont reconnaissables en seulement quelques traits. Un graphisme particulièrement expressif et dynamique qui a profondément bluffé Badelel et je partage son avis : « sur fond de bichromie turquoise, le dessin d’Otto T. est très vivant. »

FLBLB, une marque de fabrique.

La Petite histoire des colonies française est certainement la plus connue des séries de Grégory Jarry et Otto T. (Thomas Dupuis de son vrai nom), popularisée par leur magique exposition angoumoisine en 2011 (et qui tourne encore aujourd’hui pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de la visiter).
Pour autant, les deux compères fondateurs des éditions FLBLB (une aventure poitevine débutée en 1996 par le moule du fanzinat) n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Petite histoire du grand Texas (2005), La conquête de Mars (2008) ou Village toxique (2010) proposent aussi ce mélange entre la Grande Histoire et l’humour caustique.
Nul doute qu’ils continuent ainsi leur bonhomme (bâton ?) de chemin ensemble, dans la joie et la bonne humeur.

Revisiter l’Histoire…

La formule ironique (de fond comme de forme) utilisée dans la plupart des albums de Grégory Jarry et Otto T. manque peut-être de renouvellement, elle reste cependant d’une grande efficacité. Drôle et fraîche en plus d’être instructive, elle apporte la dose d’humour nécessaire pour contrebalancer les côtés rébarbatifs des cours d’histoire.

Si Legof trouve ce livre un peu difficile d’accès, surtout par son aspect graphique mais aussi par un récit s’adressant à des initiés, je perçois plutôt l’approche satirique de la narration comme une invitation à l’Histoire.
Nous avons tous apprécié ce voyage décalé et documenté à la fois.
David tout comme moi, nous aurions bien aimé je crois étudier en cours d’une manière aussi ludique. Nous ne sommes sûrement pas les seuls…

Nous l’avons dit :

« Cette série permet de pointer du doigt les dérives anciennes et contemporaines que notre beau pays la France a imposées à ses colonies […] tout en restant simple, drôle et ludique. » (Badelel)
« A n’en pas douter, les cours d’histoire seraient moins rébarbatifs en compagnie de ces deux auteurs. » (David)
« Le but est d’utiliser un dessin simple et minimaliste afin de faire passer l’idée de façon pertinente. Je me dois d’exprimer quelques réserves à ce niveau-là. » (Legof)
« Une excellente façon d’apprendre ou de réapprendre notre histoire. On apprécie son ton léger et son décalage parodique qui en fait une œuvre intelligente, intéressante et pertinente. » (Lunch)

Lunch

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Une réponse "

  1. […] (Le Photographe) en terminant par un ouvrage plus classique bien que décalé dans sa narration (Le Petite Histoire des Colonies Françaises). » […]

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