norton gutierrez

L’Argentine, les grands immeubles de Buenos Aires, les vastes espaces arides de la Patagonie, le tango, le maté, l’asado, la Conquête du Désert, la Guerre des Malouines, Evita Peron, Che Guevara, Borges, Cortázar et la bande dessinée…
Oui, l’Argentine est l’un des plus gros « producteurs » de bandes dessinées au monde malgré une histoire tourmentée, traversée par les dictatures militaires et une crise économique dévastatrice. Au contraire, cette histoire a forgé un sens aigu de l’engagement littéraire chez ses auteurs et certains noms sont devenus incontournables : Héctor Oesterheld, Alberto Breccia, José Muñoz, Carlos Sampayo, Carlos Trillo, Quino, Domingo Mandrafina, Jorge Zentner, Copi, Carlos Nine… Et il est inutile de parler des auteurs argentins au passé, car la nouvelle vague est déjà là pour reprendre le flambeau d’une BD engagée, avant-gardiste, parfois même expérimentale.
Bref, ce mois de mars sera placé sous les auspices des auteurs argentins. Et croyez-moi, le plus difficile ici, ça a été de faire un choix ! Brosser des générations d’auteurs en cinq dimanches, voilà un défi tel que certains d’entre nous n’excluaient pas d’y consacrer deux mois au lieu d’un. Qu’à cela ne tienne : nous nous sommes tenus à l’engagement initial, en essayant de représenter à la fois les auteurs-phares historiques et la nouvelle génération.

Pour commencer ce mois tout doucettement, voici Norton Gutiérrez et le collier d’Emma Tzampak, une BD d’aventure parue en 2013 chez Bang ediciones et écrite par Juan Sáenz Valiente. Après des débuts dans l’animation et après avoir illustré des scénarios de Carlos Trillo (Mémoires d’une vermine) et Pablo de Santis (L’hypnotiseur), l’auteur présente ici sa première bande dessinée en solo traduite dans la langue de Molière.
Il erre également sur le petit écran argentin dans la série Impreso en Argentina en quête des grands auteurs de la littérature argentine.

Avec Norton Gutiérrez et le collier d’Emma Tzampak, Juan Sáenz Valiente rend un hommage à peine masqué à un autre auteur – beaucoup moins argentin celui-ci – qui a accompagné toutes nos lectures enfantines : Hergé. Ligne claire, décors, représentation graphique de l’état des personnages, lignes cinétiques, onomatopées, situations, tout y est. Tout y est tellement que Champi regrette « au final la naissance d’un héros d’une manière un peu trop caricaturale et appuyée ».

Le dos courbé, tassé sur deux immenses et frêles jambes, Norton Gutiérrez est loin de l’archétype du héros sûr de lui. Rêveur mais pas plus bête qu’un autre, il passe pourtant auprès des gens pour un simplet, une proie facile qui encaisse les vacheries sans vraiment se rebeller. Justement, ce soir, Emma Tzampak la célèbre princesse Maya donne un récital et M. Gutiérrez Père a acheté des places. Enfin quatre pour être exact. Pour lui-même, madame et ses deux ainés. Norton, lui, devra livrer une gousse d’ail de l’autre côté de la ville, braver les brimades d’agents de police frustrés et se retrouver mêlé malgré lui à une incroyable aventure.
Un scénario convenu et « gentillet » pour Champi, tandis que Lunch a jugé ces péripéties « téléphonées » au service d’une aventure rythmée et que je me suis volontiers laissée embarquée dans une cadence efficace. C’est à dire qu’on n’est jamais bien loin de la série B, avec un hommage dès les premières pages, à l’évocation du Martien Fantastique.

Le style du dessin quant à lui est plutôt plaisant. Hergé repointe à nouveau le bout de son nez avec des éléments de décors et des scènes franchement évocatrices. Pourtant le style des personnages se détache nettement du Maître, avec des proportions très caricaturales. En terme de couleurs également : elles sont ternes, très en accord avec le côté rétro d’une histoire ancrée dans les années 1950. Mais Hergé est avant tout le père de la ligne claire et en ce sens, Lunch admire en particulier le respect des règles du genre jusque dans les moindres détails.
En revanche, Champi regrette un manque de clarté dans la lecture des bulles parfois difficiles à attribuer à tel ou tel personnage tant elles se baladent et se croisent dans tous les sens.

Le travail éditorial mérite également d’être souligné. Un format plutôt grand (24x33cm), assez épais (environ 90 pages), avec une couverture cartonnée assez solide et un papier à gros grammage…

De mon côté, j’ai aimé retrouver tous les éléments du récit initiatique et justement, l’évolution du personnage principal au fil de l’histoire est véritablement sensible, jusqu’à s’écarter du stéréotype de Tintin pour en aborder un autre : celui de James Bond.

Vous l’aurez compris, cette BD n’est pas parfaite, mais Lunch et moi avons eu un certain plaisir à la lire, là où Champi a été très déçu. Il est vrai que les références prennent ici une place conséquente et que le juste milieu entre l’hommage et l’influence n’est pas exactement établi.

On l’a dit :

Champi : « La couverture était prometteuse, l’objet-livre alléchant, le contenu trop convenu n’en est que plus décevant. »
Lunch : « Un rythme qui fonctionne « à fond les ballons » et qui nous emporte dans l’aventure. »
et moi : « Incapable de se sociabiliser, Norton apprend ici à compter sur les autres autant que sur lui-même, pour finalement tirer le meilleur de ce qu’il peut donner. »

Badelel

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Une réponse "

  1. […] (Quino), JC Lattès, 1972 Mort Cinder (Héctor Oesterheld & Alberto Breccia), Serg, 1974 Norton Gutiérrez et le collier d’Emma Tzampak (Juan Sàenz Valiente), Bang Ediciones, 2013 Premier homme, Le (José Muñoz), […]

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