macanudo

C’était par une nuit noire et profonde, dans la caverne ancestrale du peuple des lutins, les pingouins se demandaient bien ce qu’ils pouvaient bien faire ici. Surtout que ces pingouins étaient des manchots voire même des éléphants de mer mais peu importe car de toute manière, il y avait des problèmes de traduction. A bien y réfléchir, la nuit n’était pas si noire, ni profonde d’ailleurs. J’irais même jusqu’à dire qu’après tout, il faisait même plutôt jour et qu’en lieu et place d’une caverne sombre, c’était plutôt une jolie prairie ensoleillée où la petite Enriqueta, son chat et son ours en peluche affrontaient la dure réalité de l’existence faite de parties de cache-cache (et avec un ours en peluche c’est compliqué), de tentatives de records divers en balançoire et autres choses du même acabit. Mais cela, la vache cinéphile ne pouvait pas l’imaginer, trop occupée à nous interroger sur la relative réalité du réalisme dans le cinéma post non-sens commun. Bref, tout cela pour vous dire que par cette journée sans lune, les lutins étaient plutôt d’accord : la faute en revenait aux Argentins qui, outre le fait d’avoir offert le tango au monde et de plutôt bien se débrouiller en foot, ont quand même dans leurs rangs d’incontournables talents parmi les auteurs majeurs de comic strip.
Car ces lutins sont connaisseurs et il ne fait aucun doute que le nom de Quino, le créateur de Mafalda, évoque pour vous des souvenirs. Si la petite Argentine s’est arrêtée de grandir en 1973, elle continue encore de faire rire les grands et les petits par la grâce de ses indémodables vérités sur le monde et la stupidité humaine. Drôle, féroce et intelligente, voici des mots qui résument l’œuvre d’un maître de la BD internationale récemment décoré de la légion d’honneur au Salon du livre de Paris. Mais, aujourd’hui, non sans de grandes discussions, l’équipe de KBD a décidé de vous présenter l’un des héritiers spirituels du génial Sud-Américain. Un joli contrepied à la logique de ce mois Argentin qui convient plutôt bien à l’esprit même de Macanudo.

Clin d’œil de l’histoire, Liniers est justement né quand Quino décidait de boucler la boucle des aventures de sa philosophe de 6 ans. Est-ce que les petits lutins graphiques se sont alors penchés sur le berceau du petit Ricardo Siri Liniers ? Nous ne le saurons jamais car ces derniers ne sont pas de grands bavards (la timidité sans doute). Toutefois, l’idée de représenter le monde des idées par l’image lui vient très tôt à l’esprit et des années plus tard, un strip de Macanudo ornait (et orne toujours) les pages d’un des plus grands quotidiens d’Argentine : La Naccion. Mais attention, comme je l’indique dans ma chronique, s’il est malvenu de limiter Quino à son héroïne, il serait bien simpliste de voir en Macanudo un simple ersatz de Mafalda.

Au contraire. Badelel a testé pour vous et reconnait être plusieurs fois passée à côté de l’essentiel, à savoir l’ambiance bien singulière de ce drôle de monde qu’il est difficile de décrire avec précision. Macanudo est en effet un savant mélange de poésie, de philosophie, d’innocence, de rêve, de démesure, de vécu arrosé d’un beau brin de fantaisie absurde. A l’image de son propos, son trait tout en rondeur et ses couleurs à l’aquarelle trouvent leur place dans un découpage hautement irrégulier. Pour reprendre la formule de Lunch : il s’extirpe du carcan de la linéarité. En effet, on oublie le format strip en 3, 4 ou 5 cases bien séparées pour des propositions diverses et variées, des sens de lecture complètement farfelus ou des coupes en diagonales. On se rappelle alors de la phrase de Chris Ware au début du volume 2 : « Le vocabulaire que l’on peut employer dans les bandes dessinées est par définition illimité… ». Logique de l’absurde.

Attention, Macanudo ne provoquera pas chez vous de grands éclats de rires mais, comme chez Champi, un sourire vrai et durable, puis un soupir et enfin l’envie irrépressible de tourner les pages pour en découvrir un peu plus. Magie des lutins ? D’un ours en peluche ? D’une petite fille rêveuse ? Peu importe. On imagine bien, au milieu des colonnes austères d’un quotidien respectable, cette tentative artistique de rendre le monde plus léger, plus charmant, comme une tache de couleur au milieu de ce monde de brutes, comme le pingouin Martin qui contemple le coucher de soleil… son programme de téléréalité préféré.

David

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Une réponse "

  1. […] Glénat, 1987 Grande Arnaque, La (Carlos Trillo & Domingo Mandrafina), Albin Michel, 1998 Macanudo (Liniers), La pastèque, 2008 Mafalda (Quino), JC Lattès, 1972 Mort Cinder (Héctor Oesterheld […]

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