vanilleouchocolat

Vanille ou Chocolat ?
Voilà un choix bien manichéen que nous propose Jason SHIGA : l’avenir doit-il être blanc ou noir ?
En tout cas, reconnaissons à l’auteur le mérite de nous confier le destin de Jimmy, son petit héros indécis : alors que la plupart des BD – mais aussi des romans, films, pièces de théâtre… bref, la plupart des œuvres narratives ! – suivent un déroulement imposé et linéaire, Vanille ou Chocolat ? nous ouvre les porte de la narration à choix multiples.

Vous avez dit « livre dont vous êtes le héros » ?
Disons en tout cas « livre dont vous être le grand Manitou », poussant le héros (qui n’est pas vous, donc !) à préférer la vanille au chocolat (et vice-versa), à se montrer curieux (Jimmy Curious, ah ah !) ou pas, à tester le Killitron plutôt que le Qalmar ou la machine temporelle (pour plus de détails, lire l’album, évidemment !!).

Une narration tentaculaire (oh oh !) qui trouve toute sa place dans notre mois du « petit laboratoire d’exploration séquentielle » sur K-BD : jamais la pluri-narrabilité (merci l’OuBaPo !) n’avait été exploitée de la sorte.

De quel esprit tourmenté a jailli cet improbable objet qui nous promet des heures de (re)lecture ? « Il faut savoir que tout a commencé par une version numérique. Jason Shiga avait déjà écrit le livre mais il souhaitait développer une application pour les possesseurs d’Ipad », nous précise Nico. Les détails techniques, précisés en préface, sont à relire au début de ma chronique. L’occasion de se souvenir du parcours de l’auteur : diplômé de mathématiques, féru d’informatique, il fit ses premières armes graphiques sous forme de… labyrinthes !
Tout s’explique.

« Vous ne devez pas espérer lire votre bande dessinée comme d’habitude » vous prévient Lunch : c’est le moins que l’on puisse dire. De la première page, vous voilà propulsé… beaucoup plus loin (l’absence de pagination n’aide pas à bien se repérer…), première étape d’une série de va-et-vient qui va vous faire parcourir les pages en long, en large, et surtout en travers.
« Il existe plusieurs fins différentes et vous aurez toutes les clefs de l’histoire en main seulement si vous avez tout fouillé de fond en comble ! » précise Lunch l’enthousiaste. Une fouille qui fait tout le sel de l’aventure narrative et qui a nécessité, outre le développement et l’utilisation d’un logiciel complexe, une qualité éditoriale irréprochable. « Le principe est délirant et le soin apporté à la réalisation de la BD d’une grande qualité », reconnaît Badelel : la liaison entre les pages se fait par de petits onglets rappelant ceux des intercalaires de nos classeurs d’enfants, mais des intercalaires qui auraient été agencées par quelque esprit chaotique et malicieux souhaitant nous perdre avant tout. L’ordre du chaos, diraient nos amis mathématiciens ! Les pages sont solidement plastifiées, les onglets ont la peau dure, bref, l’objet-livre est prêt à subir toutes les manipulations nécessaires à toutes les lectures.

Vanille ou Chocolat ? peut-on se demander face à un tel ONNI (Objet Narratif etc…) ?
Une bonne partie de l’équipe de K-BD a été plutôt Vanille : « Une simple question portant sur le parfum d’une glace et vous serez propulsé dans une incroyable aventure » (Lunch), « Il ne tient qu’à vous d’aider Jimmy, notre personnage principal, à détruire le monde ou à tenter de le sauver en faisant des choix plus ou moins judicieux – ou loufoques – tout au long de la lecture » (Nico), « la curiosité l’emporte toujours, ainsi que l’envie de savoir ce que l’auteur a bien pu inventer pour nous conduire là où il nous conduit » (Champi), mais l’autre partie a été résolument Chocolat : «  J’ai surtout eu le sentiment rageant de tourner en rond et de n’avoir rien à découvrir », « même les révélations de la BD ne m’ont pas semblé être des révélations tant le format ne s’y prêtait pas. » (Badelel)

Il faut reconnaître que Vanille ou Chocolat ? nécessite en effet de se prendre au jeu, d’être prêt à repasser encore et encore par les carrefours narratifs déjà croisés et de faire fi de certaines images-clefs que notre coin de l’œil ne manquera pas de capter bien malgré nous (que fait ce CALMAR ici ??). La BD ne plaira donc pas à tout le monde, mais n’est-ce pas le propre des grands génies d’être de grands incompris ?

Graphiquement, Jason SHIGA reste dans la droite ligne de ce à quoi il nous a habitués avec les excellents Bookhunter ou Fl eep, un « minimalisme efficace : l’essentiel [étant] dans le propos et dans la virtuosité narrative, pas dans les effets graphiques » (Champi).
L’esthétique générale du livre évoque « une gigantesque tuyauterie, qui vous dirigera tantôt dans un cul-de-sac – disons « fin prématurée » – , tantôt vers un nouveau choix stratégique » (Nico). Labyrinthique, nous vous avions prévenus !
« L’œil du lecteur [est] sollicité de manière constante par [le] mouvement et par les couleurs brutes, pastel, « flashy » sans dégradé ni nuance, donnant ce côté « cartoon » si caractéristique à cet auteur » précise Nico, qui souligne le côté hypnotique de l’ensemble : un simple feuilletage suffit à nous emporter dans le tourbillon de la vie de Jimmy.

Vous l’aurez compris, Vanille ou Chocolat ? est définitivement à ranger dans les livres (et pas seulement les BD) expérimentales : pas de répit pour le lecteur, un léger risque de lassitude peut-être parfois, mais au final l’éblouissement face à une prouesse intellectuelle que l’on ne peut que saluer.
Merci à Jason SHIGA de nous entraîner bien loin des sentiers battus, quitte à nous y perdre pendant un temps, mais n’est-ce pas ce que nous cherchions en entrant dans son laboratoire ?
Vivement sa prochaine expérience !

Laissons le mot de fin à nos chroniqueurs :

Badelel : « Tout ça c’est bien appétissant, mais concrètement, je suis super déçue. »

Champi : « Vanille ou Chocolat ?, un opus que l’OuBaPo ne renierait sans doute pas, une aventure narrative hors des sentiers battus. »

Lunch : « Assurément un must-have pour toutes les bibliothèques personnelles au moins pour l’objet. »

Nico : « Finalement, Jason Shiga, lui le créateur de jeux de société, d’énigmes, de labyrinthes en tout genre (ces créations sont publiées par par les revues Mc Sweeney’s et Nick Magazine) et auteur de comic books à décidé de fondre toutes ces activités en une seule et ça marche ! »

N’hésitez pas, par ailleurs, à suivre de près l’actualité de l’auteur via son site internet : vous pourrez y découvrir en avant-première son nouveau projet, Demon, « une page plus long qu’Habibi ». Ça promet !

Champi

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