jimcurious

Un petit village de bord de mer : Jim sort de sa maison tout balourd dans son scaphandre. Il se glisse dans l’eau et dès lors, nous emmène nager dans les fonds océaniques. Car la grande particularité de Jim Curious tient dans cette paire de lunettes bleue et rouge que vous avez chaussée avant d’ouvrir le livre et sans laquelle ce dernier serait illisible. Aujourd’hui, le petit laboratoire d’exploration séquentielle de K.BD vous embarque dans une lecture en trois dimensions !

Rien de bien innovant d’un point de vue expérimental pourtant. Lunch cite la théorie d’Euclide au troisième siècle avant notre ère : « voir le relief, c’est recevoir, au moyen de chaque œil, l’impression simultanée de deux images dissemblables du même objet ». La mise en application de la 3D sur support 2D est apparue à la moitié du XIX° siècle. Il semble pourtant bien que Jim Curious, paru à l’heure de la réalité augmentée, soit la première bande dessinée utilisant ce principe et ce avec une très grande pertinence à en croire nos avis, à Champi (« 3D, 3D, encore un qui surfe sur la vague cinématographique, vous direz-vous. Que nenni : ici la profondeur est bien réelle et l’immersion totale ») et moi-même (« En nous faisant visiter les fonds marins avec des lunettes 3D, Jim Curious nous propose une immersion complète »).

Tout au long de la plongée dans laquelle nous emporte notre scaphandrier, le genre et le découpage interagissent avec ce côté technique innovant pour permettre au lecteur de baigner totalement dans les flots marins de cette bande dessinée hors normes. Et moi d’en témoigner : « Plus encore que la 3D, c’est sans doute le choix d’une BD muette qui donne à Jim Curious toute son ambiance, propice à une plongée dans cet univers silencieux et contemplatif ».
L’immersion est totale. La légèreté de l’eau, caractérisée par une lecture en trois dimensions, des cases immenses et silencieuses s’oppose à la lourdeur de la pesanteur terrestre caractérisée par des cases carrées, plates et plus sonores.

Emporté dans un voyage temporel, Champi est fasciné : « Jim peut descendre pas à pas le long escalier de l’Histoire : un avion de guerre, un bateau pirate… La mer a tout avalé comme elle avalera tout le reste, sans doute, ne laissant derrière elle que la crête des vagues comme dernier miroir du monde » et encore « Les profondeurs ne cachent pas simplement des trésors, mais aussi les secrets des origines ».
Les guerres mondiales, les épiques batailles navales, l’Atlantide sont devenus le décor quotidien des poissons, des baleines et… des requins, car nager au fond de l’océan n’est pas toujours de tout repos !

De son côté, Lunch n’a pas réussi a être emporté par la poésie d’une lecture contemplative, laissant son esprit se concentrer sur des incohérences technologiques et sur les prouesses 3D de l’ouvrage. Il a quand même pris la peine de suivre Jim « pour petit à petit partir à l’aventure d’un monde fantasmé, féérique et légendaire ».

Tous deux sont en tous cas marqués par le premier contact pollué avec les fonds marins. Carcasse de voiture, caddie et bidon d’huile laissent pourtant rapidement place à une faune plus conventionnelle. Place est faite aussi à un esprit plus utopique : Jules Verne s’installe peu à peu dans les esprits : Vingt mille lieues sous les mers n’est pas bien loin, Voyage au centre de la terre non plus… En tous cas ce style gratté en noir et blanc n’aura pas été sans me rappeler les gravures qui illustraient ses romans au XIX° siècle.

Cette lecture, nous pouvons la partager avec vous grâce à 2024, jeune éditeur strasbourgeois de bandes dessinées et de livres illustrés depuis 2010. Son catalogue d’une douzaine de titres privilégie des éditions audacieuses d’une grande qualité (notamment les œuvres de jeunesse de Gustave Doré). Il n’est donc pas bien surprenant d’y retrouver ce titre signé Matthias Picard.
L’auteur lui-même était resté jusque là très discret avec :

  • La comète, tiré à 30 exemplaires en 2009 en portfolio et réédité en 2011 chez Nathan dans la collection Les Phosphènes, avec Didier de Calan et Donatien Mary
  • Jeanine en 2011 chez L’Association, le récit de la vie extraordinaire de sa voisine sexagénaire, péripatéticienne de son état
  • ainsi qu’une participation au collectif anniversaire MMX chez L’Association en 2010

Autant dire qu’à sa parution en 2012, avec une apparition remarquée dans la sélection BD de Montreuil cette même année et dans la sélection jeunesse d’Angoulême en 2013, ce Jim Curious précipite au premier plan de l’actualité bédéphile un éditeur et un auteur franchement méconnus.

Nous l’avons dit :

Champi : « Qu’à cela ne tienne, en attendant vos prochaines vacances au bord de mer, chaussez vos lunettes de plongée et allez faire un tour aux côtés de Jim : l’eau est tiède, les parages tantôt attirantes tantôt inquiétantes, parfait dosage d’aventure, et la promenade s’achève au cœur du monde et de l’Histoire, quelque part dans la nuit des temps. »
Lunch : « Plus court et nous aurions été déçus. Plus long et nous aurions eu mal aux yeux. Il faut dire que les lunettes ne sont pas très ergonomiques et que la vision 3D… ça va un temps ! »
Badelel : « Il y avait longtemps que je n’avais pas pris le temps de lire une BD uniquement pour la contempler et me laisser bercer par ses vagues. »

Badelel

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