lesnoceurs

Lunch : « Les Noceurs est un titre plutôt inclassable. Et moi-même, je crois, ne suis pas encore très sûr de la place que je dois lui réserver dans mon esprit. »
Mo’ : « J’aimerais beaucoup poursuivre ma découverte de l’auteur. »
Legof : « Une histoire agréable grâce à son ambiance graphique unique qui gagnerait toutefois à desservir un scénario un peu plus fourni ou émouvant. »
David : « La couverture est à l’image de cet album, c’est à la fois un flot continu de perceptions contradictoires et une progression constante vers un but. »
Yvan : « Si le graphisme a tout pour séduire, ce n’est pas forcément le cas de ces tranches de vie assez banales. »

Les Noceurs est une œuvre très difficile à cataloguer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle fait partie du thème de ce mois : Petit laboratoire d’exploration séquentielle. Elle est réalisée par l’auteur belge néerlandophone Brecht Evens. A noter que ce dernier est tellement dans l’air du temps qu’il a droit à sa propre fresque murale à Anvers.

Bien que déroutant, Les Noceurs présente quelques points sur lesquels les chroniqueurs de K.BD s’accordent
– On ne sait trop que penser de l’histoire
– Mais elle est attirante (ou presque pour tout le monde)
– Le dessin est d’un graphisme somptueux
– Chacun y a trouvé son explication personnelle

Le non-moins déroutant dans cet album est que l’on découvre que la langue de Vondel est la langue d’origine d’Yvan. Et ma foi, à lire le nombre de chroniques en français qu’il rédige, on ne l’aurait pas cru.

Les Noceurs est en fait l’histoire d’une nuit. Celle où Gert organise une soirée à laquelle Robbie doit participer. Mais attention, Robbie n’est pas un simple participant, c’est LA « star » que tout le monde veut voir, toucher. Alors, viendra, viendra pas ? A côté de ça, nous avons son opposé Gert, LE loser. Le raccourci est vite pris de penser que si les gens sont présents chez cet inintéressant personnage, c’est pour Robbie et dès que ce dernier viendra puis décidera de s’en aller, c’est fissa que tout le monde va dégager le plancher du pauvre organisateur de la soirée. Evidemment, c’est ce qui arrive. Et la folle procession (Gert y compris) de continuer sa soirée sous d’autres cieux. Voilà résumée l’histoire en peu de choses.

Comme l’aurait dit Cyrano, c’est un peu court jeune homme, on eût pu dire bien d’autres choses en somme (ça c’est pour la touche culture de cette chronique). Mais en réalité, ce n’est pas si court que cela car il n’y a pas beaucoup plus à dire sur le contenu de cet ouvrage.

Tous les chroniqueurs s’accordent à dire qu’on voit difficilement où l’auteur veut en venir avec son « histoire ». A un point tel que Mo’ s’est ennuyée dans la première partie. En effet, l’intrigue (si on peut parler d’intrigue) est très succincte. Elle est rythmée par les flots discontinus de paroles dans lequel Mo’ a vainement cherché une cohérence. A un point tel que Lunch n’a pas éprouvé d’empathie pour les personnages. David, lui, y a plus ressenti l’exposition d’un monde qu’un vrai souci de raconter une histoire.

Finalement, face à ce manque de contenu narratif, la beauté de la chose est que chacun y va de son interprétation, chacune étant tout à fait pertinente.

Le mot qui vient à l’esprit de Lunch est respect. Le respect qu’éprouvent l’un pour l’autre Robbie et Gert, pourtant parfaits opposés mais amis de longue date, sachant que les autres protagonistes n’éprouvent pas de respect pour Robbie (plutôt une fascination) et pas de respect pour Gert (plutôt du rejet). Pour Yvan, les échanges futiles entre les personnages mettent en avant des tranches de vie assez banales, ce qui ne l’a guère emballé. De même que pour moi « Le fond constitutionnel de l’histoire pourrait paraître atrophié mais c’est pour mieux nous montrer l’abîme prévisionnel et décisionnel auquel sont confrontés ces hédonistes de ces soirées orgiaques et fanfaronnes ». Méditez celle-là !

Là où Yvan et moi-même percevons plutôt un ressenti de tristesse et de vide dans la vie de ces gens, Lunch au contraire voit une profonde relation humaine et positive entre Gert et Robbie au milieu de ces quidams superficiels. Amusant de voir comme la lecture du même album peut mener à des sentiments très différents. Ce qui nous amène à la conclusion de David qui est que le lecteur prendra sa place dans cette histoire et chacun y trouvera l’histoire qu’il aura bien voulu y trouver. En cela aussi Les Noceurs est une œuvre à la narration atypique.

Par contre, en ce qui concerne le dessin, tous les chroniqueurs sont unanimes. Il est d’une flamboyance rare et vous prend à la gorge par ses couleurs chaudes et claquantes. L’auteur a très clairement utilisé une nouvelle approche avec par exemple les différentes couches de couleur qui se superposent de façon transparente, ce qui permet de « voir » à travers les murs. De plus, les planches font parfois plus penser à une suite de tableaux qu’à une succession de pages.

Le flot des couleurs est vif. La qualité du rendu à l’impression est à mettre en avant. La force des couleurs et des formes pour les décors me fait penser à du fauvisme-cubisme, rien que çà. Pour Lunch, l’auteur a sans doute plus une fibre d’artiste que de dessinateur de bandes dessinées. A un point tel que cela est au détriment de la compréhension car les textes semblent un peu perdus au milieu de ces dessins selon lui. David met en exergue la force du sens du dessin de sorte qu’il ne laisse que des miettes de place au texte dont on pourrait finalement se passer. Pour Yvan, ce tourbillon de couleurs nous plonge au cœur de la fête qui est finalement le sujet de l’histoire. Mo’ estime que les personnages apparaissent également pris dans ce tourbillon graphique ce qui renforce ce côté « chacun est un peu perdu au milieu de cette foule et est finalement isolé bien que fortement entouré ». C’est bien connu, trop de monde tue le monde.

Les Noceurs se justifie dans la thématique du mois par son approche narrative et graphique particulière. On se demande tous s’il y a une « raison » à l’histoire mais on y a tous trouvé notre compte, comprenez : on a lu l’histoire jusqu’au bout sans s’ennuyer et le traitement graphique (couleurs vives, presque des toiles, paroles sans phylactères, surcouche de couleurs transparentes,…) en fait de façon très justifiée un OVNI et une œuvre difficilement classable dans les catégories standards du neuvième art. Ce n’est pas pour rien que cet album a reçu le prix de l’audace à Angoulême en 2011.

Legof

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Une réponse "

  1. […] Renard), Le lombard, 2013 – Mono & Lobo (Lola Moral & Sergio Garcia), Delcourt, 2010 – Noceurs, Les (Brecht Evens), Actes sud, 2010 – Pervenche et Victor (Étienne Lécroart), L’Association, […]

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