métamorphose
♦ dBD Award du meilleur album étranger 2012 ♦
♦ Sélection Prix France Info 2013 de la bande dessinée de reportage ♦
♦ Mana Neyestani a reçu le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International) ♦

Lunch : « Un bel album pour un témoignage fort. »
Badelel  : « Le portrait est éloquent. »
Mo’ : « Comment ne pas devenir fou après avoir vécu une telle expérience ? »
OliV’ :  « Une lecture poignante, surprenante, d’un destin impensable, inimaginable. »
David : « Une œuvre dont la puissance pédagogique est indéniable. »
Yvan : « Une métamorphose iranienne est un témoignage bouleversant, mais également une réflexion sur la liberté d’expression ! »
Champi : « Chronique de l’horreur ordinaire, Une métamorphose iranienne brosse peu de portraits reluisants. »
Livr0ns-n0us : « Un album choc qui soulève de nombreuses questions et qui nous bouscule intensément. »

« N’allez pas vous imaginer une histoire fantastique avec des prototypes de téléporteurs et un scientifique qui se transforme à la suite d’une malencontreuse expérience », prévient Lunch, à la vue de cette couverture représentant l’auteur et un homme à tête de cafard. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de songer que l’histoire qui se déroule sous nos yeux est un récit de science-fiction : « irréel », a été le premier mot qui m’est venu à l’esprit en refermant cet album. Même impression pour Badelel, qui précise : « Les situations sont parfois tellement invraisemblables que je me suis souvent dit  » pfff, le scénariste est lourd : c’est complètement irréel cette situation  » pour me rappeler tout de suite après qu’il s’agit d’une histoire vraie. »

Il est né à Téhéran (Iran), en 1973. Rien ne laisser présager son terrible destin, ce basculement si soudain, ce coup du sort à peine croyable. Mana Neyestani, journaliste de profession, s’illustre dans le dessin de presse à la fin des années 1990. Catalogué comme dessinateur politique, il se dirige vers l’illustration pour enfants, persuadé de se mettre à l’abri du climat de tension dans lequel baigne la profession. C’était sans compter ce jour de 2006… Mana imagine pour sa page hebdomadaire un dialogue entre un petit garçon et un cafard, insecte qui envahit d’ailleurs son logement en ces temps de canicule. Jusque là, rien de particulièrement problématique. Seulement voilà : sur une case, le cafard s’interroge : « Namana ? ». Le mot est d’origine azéri, la minorité turque qui vit au nord de l’Iran, oppressée depuis de longues années par le gouvernement. Dès le lendemain, le journal reçoit des courriers de protestation de parents azéris qui s’insurgent et dénoncent la malheureuse association de l’insecte à leur ethnie. Pour eux c’est une attaque délibérée et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Le journal aura beau présenter ses excuses, la situation s’envenime et les esprits s’échauffent. Mana Neyestani, déboussolé, désolé, ne cesse de crier son incompréhension : « Moi, j’avais même pas conscience que ce mot était turc. J’avais aucune arrière-pensée blessante ». Pourtant la colère gonfle de jour en jour et les azéris descendent même dans la rue pour manifester. Lorsque Mana et son ami et éditeur Mehrdad sont convoqués par le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale, ils n’envisagent pas vraiment ce qui va leur arriver, même s’ils pressentent que tout est en train de basculer. Sans procès ni audience, ils sont enfermés, « pour leur sécurité », dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d’Evin. Ils y resteront plusieurs mois.

Une métamorphose iranienne, c’est le récit irréel de cette descente aux enfers. De façon chronologique, Mana Neyestani nous fait entrer dans l’intimité de sa détention et l’horreur de son quotidien. S’il échappe à la violence physique, le calvaire psychologique qu’il endure est à peine croyable : isolement, intimidation, enfermement abusif, pression de la part des autorités pour dénoncer d’autres dessinateurs… Libéré provisoirement, il tente le tout pour le tout et décide de quitter le pays avec son seul rayon de soleil, sa femme Mansoureh, mais ils se heurtent à une machine administrative presque aussi retorse que le pouvoir iranien. Ce sont plusieurs pays, dont la France, qui leur font espérer un asile politique avant de leur fermer les frontières au nez. « Ce sont surtout les portes fermés de l’exil qui choquent le lecteur » remarque Yvan. David, quant à lui, emploie le terme d’« aides (in)humanitaires ». Il se révèle particulièrement sensible à l’idée que cette situation se répète partout dans le monde : « […] le cas Neyestani, intéressant par sa nature, n’est pas isolé », et c’est pour moi « la constatation la plus glaçante : ce qui est arrivé à Mana Neyestani se produit encore chaque jour aux quatre coins de la planète. » Une métamorphose iranienne a trouvé un fort écho dans l’équipe. Pour Lunch, c’est « un récit qui […] interpelle et qui n’est pas sans […] rappeler l’affaire Charlie Hebdo et des caricatures de Mahomet. […] Il s’agit au final du même sentiment de révolte et une forme de condamnation de la liberté d’expression. ». Yvan n’hésite pas à rapprocher l’album du travail de Marjane Satrapi.

Côté illustrations, l’utilisation des hachures n’est pas sans rappeler le travail de Joe Sacco à Mo’, pour qui elles « servent aussi bien à construire les décors qu’à doser l’ambiance », et Champi. Ce dernier évoque également « le déjanté Bill Plympton » dans « son traitement des visages, souvent un peu caricatural ». Le style graphique, suggestif et vivant, a marqué de nombreux lecteurs, à l’image d’OliV’ qui a apprécié le « trait d’illustrateur de presse épuré mais expressif ». Même constat pour David qui « voit la formation de dessinateur de presse derrière les visages, avec des faces incroyables et très expressives. » Champi n’hésite pas à comparer Mana Neyestani à un « caméléon capable d’adapter son style à son récit, ce qui le rend d’autant plus efficace. »
La construction du récit, chronologique et beaucoup plus classique, a moins remporté l’adhésion : si pour Lunch « c’est plaisant à lire, clair et sans accrocs dans la narration » et qu’Yvan constate qu’en dépit d’un découpage classique, « certaines trouvailles visuelles insufflent néanmoins beaucoup de force et de personnalité au récit », David et moi-même nous sommes montrés plus critiques à l’égard de la linéarité du récit : « l’histoire reste essentiellement descriptive et n’est pas le fruit d’une écriture POUR la bande dessinée. D’ailleurs, le découpage n’est pas toujours une grande réussite. Il suffit de voir les petites flèches entre les cases, vestige d’un temps ancien permettant de suivre le fil du récit correctement, pour s’apercevoir que la maîtrise du média BD n’est pas totale » précise David.

L’album est cependant salué par l’ensemble de l’équipe, qui a fortement apprécié la sincérité de l’auteur. « Une métamorphose iranienne est de ces lectures qui ne marquent pas par leur sensationnalisme » indique Badelel, qui qualifie plus loin ce récit de « vécu sans trémolo », tandis que Mo’ salue la performance de l’auteur à « relater les faits et leur caractère invraisemblable tout en évitant l’écueil du pathos. » Un coup de maître donc, pour bon nombre de K.BDiens, qui recommandent vivement la lecture de cet album qui « donne à réfléchir sur l’asile politique, sur l’accueil d’un dessin presse, sur les conditions en prison… et autant de problèmes collectifs » (OliV’), « donne un regard sur les dysfonctionnements du système iranien, son sectarisme à l’égard de la liberté d’expression, son opportunisme et sa faculté à tirer profit d’un événement, même bénin » (Mo’) et « permet de prendre conscience des véritables enjeux des mots  » liberté d’expression  » et combien cette valeur est importante » (David). « La paix n’est décidément pas pour demain. » conclut Champi. Lunch, lui, espère que « son écrit trouvera écho dans son pays d’origine. » Mana Neyestani est réfugié politique en France depuis 2011 et vit à Paris.

Livr0ns-n0us

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Une réponse "

  1. […] et Gihef), Dupuis, 2007 – Innocents coupables, Les (Laurent Galandon, Anlor), Bamboo, 2011 – Métamorphose iranienne, Une (Mana Neyestani), Çà et là, 2012 – Moi René Tardi, Prisonnier du Stalag IIB (Jacques Tardi), […]

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