periodeglaciaire

Sur l’immensité glacée, Hulk, chien-cochon au flair historiologique particulièrement développé et doué de parole accompagne une expédition scientifique. Des hommes, une femme, des rancœurs et une quête. A la recherche de « l’Agglomération », ils espèrent retrouver la trace de leur passé. Leur symbole ? Une ancienne relique retrouvée dans le Sud : « Ce « O » imbriqué dans ce « M », ça me fascine… « Droit au but », c’est un beau mystère. »

Vous l’avez compris, ces hommes et cette femme sont un échantillon de notre descendance, les rescapés d’une glaciation subite qui a recouvert « l’Agglomération »… Paris. Et nous voilà embarqués dans de sublimes grands espaces faits d’aquarelles grises cernées de crayonnés. Des planches dignes d’un grand De Crécy ! « Un graphisme percutant et fouillé pour un trait reconnaissable entre tous » témoigne Lunch,  « force des couleurs, encrage vibrant, le tout se pliant à l’identité et la force des peintures et sculptures reproduites » s’enthousiasme Champi.

Avec Période Glaciaire, Nicolas de Crécy inaugure cette collection que K.BD explore en ce mois de juin, laissant ainsi une marque importante de cette association Louvre/Futuro. Ainsi que Mo’ le souligne, cette collection propose « une passerelle entre le 3ème Art et le 9ème Art ». Mais nous avons là un auteur qui se contente rarement de survoler les choses. Période Glaciaire pousse l’idée jusqu’au bout : « En quelques cases, Nicolas de Crécy vient d’introduire de la narrativité dans un musée, cassant le modèle de l’image unique (et encadrée) pour lui ouvrir les portes de la séquentialité » (Champi). C’est aussi l’une des pièces maîtresses du renouveau de Futuropolis, tombée dans une sorte de torpeur à partir de la fin des années 1980.

Nous voilà donc à la découverte du Louvre d’une façon inédite, celle de l’ignorance, pour donner à cet univers un humour érudit, subtil et décalé aussi bien qu’une réflexion sur l’art et sur la mémoire. Retrouver l’histoire de l’humanité, la revisiter à travers la peinture et ce qu’elle représente, mène à bien des écueils. Chacun y trouve sa propre vue :

  • « Grâce [aux œuvres d’art], l’homme réapprendra l’Histoire, son Histoire, celle qu’il a oubliée » (Lunch),
  • « Des questions qui émergent, pour eux, mais également pour nous bien ancrés dans notre culture : quelles traces laisserons-nous pour les générations futures ? » (Mo’),
  • «  Premier artiste à s’être frotté à la collection Louvre-BD, Nicolas de Crécy a placé la barre très haut en brassant des thèmes fondamentaux : le rôle du musée, l’impact des œuvres, leur rôle dans la mémoire collective, mais aussi le rapport entre 9ème art et beaux-arts » (Champi),
  • « On se retrouve dans un récit d’anticipation » (Yvan),
  • « Nicolas de Crécy a transposé la situation de nos archéologues modernes face à leurs découvertes » (moi).

Lunch y voit même une fable écologique là où j’apprécie la distance qu’il impose avec ce sujet, y donnant plus un prétexte pour instaurer son background qu’un engagement au cœur de son discours.

Pour autant, les avis sont partagés. Il faut bien avouer que pénétrer les univers de l’auteur n’est pas toujours chose aisée. Cette BD est conçue en deux parties. La première privilégie la recherche, où le décalage lié aux spéculations des protagonistes est omniprésent, tandis que la seconde, plus ancrée dans le fantastique, amène des révélations.
C’est semble-t-il cette dernière qui a rebuté Mo’ de façon définitive (« Mais lorsque l’intrigue est dévoilée et que les personnages ne sont plus si farouches au lecteur, je trouve que le délire part en vrille ») et plus modérément Yvan (« J’ai moins aimé la deuxième partie de l’album, où les pièces du musée s’animent et se mettent à parler pour nous plonger totalement dans le fantastique »). Au contraire, Livr0ns-n0us y a déniché « de nombreux rebondissements et de l’espoir ».

Les personnages aussi divisent. Livr0ns-n0us ne les trouve pas particulièrement attachants, au contraire d’Yvan. Mo’ va plus loin, les jugeant peu crédibles et sans profondeur.

Futuropolis aura pourtant bien misé pour son retour sur le devant de la scène BD, notamment en lui offrant un écrin de qualité. Yvan célèbre le travail éditorial : « Que ce soit l’épaisseur et la qualité du papier, la couverture ou la reliure, c’est un véritable plaisir de toucher et feuilleter des objets d’une telle beauté ». Un titre qui aura en tous cas valu à l’éditeur et à l’auteur une consécration au Prix des Libraires de Bande Dessinée en 2006.

Champi : « Aussi à l’aise avec les ciels titanesques que les portraits, l’auteur réussit, une fois de plus, à humaniser avec naturel les animaux qui accompagnent ses humains. »
Livr0ns-n0us : « Ami(e) des arts ou simple néophyte, cours vite découvrir cette bande dessinée ! »
Lunch : « Période glaciaire est une magnifique parabole du monde d’aujourd’hui. »
Mo’ : « Certains éléments du scénario m’ont plu mais au final, une lecture assez ennuyeuse et des moments dans le récit de qualité inégale. »
Yvan : « Mais on se retrouve également dans un album à l’humour décalé, intelligent et fin. »
et moi-même : « La collaboration avec Le Louvre est plus un prétexte pour partir dans un univers farfelu digne d’un grand de Crécy et moins pour tenter maladroitement de donner vie à une commande. »

Badelel

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  1. […] d’exception dans un cadre d’exception. A votre droite, vous pouvez voir les salles Période Glaciaire et Le Chien qui louche. A votre gauche, le labyrinthique espace Sous-sols du Révolu. Devant nous […]

  2. […] cette volonté de donner vie à des œuvres, processus qu’on avait déjà aperçu dans le Période glaciaire de Nicolas de […]

  3. […] – Sous-sols du Révolu (Les) : Extraits du journal d’un expert, Marc-Antoine Mathieu (2006) – Période glaciaire, Nicolas de Crécy […]

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