chienquilouche

Champi : Quel plaisir de me replonger dans ce titre découvert en Raging Bulles.
Legof : Comme d’habitude avec Davodeau, l’histoire sera humaine en diable, garantie sans effet spécial, sans bimbo, mais avec du bien réel, du bien terre à terre.
Mo’ : J’ai passé un très bon moment en compagnie de cet ouvrage.
Yvan : La force de ce récit se situe indéniablement au niveau des personnages.

Le Chien qui Louche s’inscrit dans notre thématique de ce mois, à savoir les albums Futuropolis réalisés en partenariat avec le musée du Louvre.
Ce coup-ci, Davodeau est aux commandes et il va indubitablement apporter sa touche, à savoir, comme le mentionne Yvan, une galerie de personnages bien marqués. Autrement dit, cette histoire sera humaine et mettra en avant les individus plus que le musée.

Le personnage principal, Fabien, est gardien au Louvre et on ne va pas dans cette histoire tomber en pâmoison devant les salles du Louvre regorgeant des plus grands trésors culturels de l’Histoire, non. Le but est de suivre les personnes du quotidien qui font que cette entreprise hautement culturelle et renommée puisse malgré tout fonctionner dans la pratique. Car la Joconde, c’est bien beau, mais c’est qu’il y a des équipes derrière tout cela qui triment pour qu’elle affiche encore le visage de ses plus beaux printemps, la Mona Lisa. C’est cela que Davodeau nous propose de découvrir indirectement en choisissant de raconter la vie d’un gardien de salle du musée, Fabien.

On va suivre ce dernier qui doit répondre aux sempiternelles mêmes questions des touristes : c’est où La Joconde ? Bien qu’il soit quotidiennement là, il reste émerveillé par la profusion d’œuvres remarquables. Son job « de 9h à 17h » ne semble pas avoir d’emprise sur lui et il garde son enthousiasme. Toutefois, il plait à se démarquer du commun des mortels en gardant un œil et un intérêt pour les œuvres moins connues mais qui peuvent être majeures telle la Victoire de Samothrace.

Si Davodeau ne s’arrête donc pas aux œuvres, mais, tel qu’on le connaît, aux hommes qui rendent ici l’existence du musée possible, en ce sens Davodeau rend hommage au Louvre. L’auteur réalise une œuvre drôle, légère, parfois abracadabrantesque (Yvan) qui nous distraira et nous fera passer un bon moment (Mo’).

Pour sortir du cadre sclérosé du Louvre, nous suivons Fabien dans son travail quotidien mais aussi dans sa relation avec sa compagne Mathilde. La relation devenant sérieuse, pourquoi ne pas rencontrer la belle famille constituée uniquement de la gent masculine ? La maman étant décédée, il reste le père, les trois frères et le grand-père brinquebalant. C’est qu’ils ne sont pas faciles ceux-là. Un peu potaches, limite lourds mais conquérants dans leur patelin avec la fabrique de meuble qui tourne à tout va et que rien ne saurait arrêter.
Voilà-t-y donc pas que le jour de la visite, monsieur étant gardien au musée en devient bien entendu un expert aux yeux de la belle-famille. Il doit donc donner son avis sur l’œuvre du « neu-neu » de la belle-famille, un arrière-arrière-arrière grand oncle, un original qui préférait peindre que de travailler de façon plus classique. L’œuvre en question représente en gros plan un chien qui… louche. Le malheur est que notre bon Fabien est bien trop poli. A la question franche, chef d’œuvre ou navet, il répond chef d’œuvre. Ben oui, lors d’une première visite à la belle-famille, il est préférable de ne pas se friter. Fort mal calculé mon gaillard. Maintenant, c’est qu’il va falloir que cette œuvre se retrouve au Louvre. Ah ben oui, si c’est un chef d’œuvre, on ne peut pas priver l’humanité des talents de l’arrière-arrière-arrière grand oncle tout cela parce qu’il n’a pas eu le coup de marketing salvateur pour être connu. Les Bénion ne vont pas s’arrêter à ça. Hop direction Paris pour vérifier le bon affichage de la toile, limite à côté de la Joconde.

Sur base de cette situation, Davodeau va échafauder l’existence d’une équipe des amis du Musée qui s’attache à réaliser des requêtes qui semblent perdues d’avance. Inutile de dire que cette histoire de chien qui louche va intriguer cette équipe qui se verrait bien concrétiser cette folle demande.

Tout cela nous donne une histoire légère, agréable, rondement menée par Davodeau. Mais ce récit nous amène à l’intéressante et épineuse question de savoir ce qui fait qu’une œuvre d’art vaut la peine d’être exposée ou non. Cet album à l’histoire bien entendu exagérée peut être pris comme une intéressante base de réflexion pour ce sujet.

Le dessin m’a enchanté, je trouve que Davodeau l’affine de plus en plus, surtout dans les décors. A un point tel que la réalisation en noir et blanc ne gâche pas le rendu. Il utilise une variation de gris qui rend très bien les volumes et les ambiances. Pour sa part, Champi trouve que le dessin est parfois approximatif mais que celui-ci lui permet d’afficher une certaine vivacité dans le récit. Yvan est emballé pour sa part par la restitution graphique des personnes par l’auteur.

Au final, on peut conclure que les chroniqueurs de K.bd ont été conquis par l’histoire proposée par Davodeau et par son côté profondément humain. Mais au-delà de cela pointe la dimension de questionnement sur ce qui justifie la place ou non d’une œuvre au musée. D’ailleurs, l’album se termine sur l’énoncé de ces critères afin que l’on sache si la croûte réalisée par un lointain aïeul qui traîne dans le grenier depuis des décennies vaut la peine de lancer des démarches auprès du Louvre (qui pourrait vite crouler sous les demandes).

Legof

Publicités

"

  1. bidib dit :

    après avoir vu l’exposition de Davodeau à Angoulême en janvier dernier, j’ai eu envie de lire cet album. Mais depuis, je ne l’ai toujours pas fait. Voilà qui me donne envie de passer à l’acte

  2. […] dans un cadre d’exception. A votre droite, vous pouvez voir les salles Période Glaciaire et Le Chien qui louche. A votre gauche, le labyrinthique espace Sous-sols du Révolu. Devant nous s’ouvre la vaste […]

  3. […] : – Art du chevalement (L’), Loo Hui Phang, Philippe Dupuy (2013) – Chien qui louche (Le), Étienne Davodeau (2013) – Fantômes du Louvre (Les),  Enki Bilal (2012) – Traversée du Louvre […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s