Diagnostics

Quel que soit l’été que la météo nous prépare, ici, chez/à/dans K-BD, nous vous proposons, pour la deuxième année consécutive, un été titré.
Le temps d’une pause/trêve estivale, nous vous invitons en effet à explorer le foisonnant monde de la BD non pas à travers des thèmes (dont nous vous avons régalés de septembre à juin) mais à travers des titres : à chaque dimanche son titre, à chaque titre son originalité.

BD de l’année pour la plupart, celles que nous avons retenues vous proposent, semaine après semaine, en juillet et en août, de revenir sur certains titres qui nous ont marqués et que nous souhaitons vous faire partager.
En espérant que nous saurons, ensemble, nous retrouver autour dans quelques années en nous disant : « Ah ça oui, c’était vraiment un bon choix ! »

Pour ouvrir le bal, une destination presque d’actualité (non, non, je me suis promis de ne pas parler ballon rond !), une BD que nous avions failli retenir en avril pour notre thème des auteurs argentins : Diagnostics, de Diego AGRIMBAU et Lucas VARELA.

A vos stéthoscopes !

Ne nous voilons pas la face : à quoi tient notre rapport au monde ?
A un organe spongieux d’un peu plus d’un kilogramme qui, bien qu’à l’abri de notre coque crânienne, n’en reste pas moins à la merci du moindre choc (psychologique, souvent, mais physique, également).
Le moindre faux pas cérébral peut alors nous entraîner sur les voies détournées et bien souvent hostiles de la « maladie de la perception » ou de la « maladie du rapport au monde » : quand notre centre de commande (« Roger, ici la Terre ! ») défaille, c’est tout le système qui déraille et ne sait plus à quelle règle se vouer.

Ne reste alors plus qu’à se tourner vers le médecin qui saura diagnostiquer avec le plus de justesse notre mal.
Dans notre quête du regard juste, ou en tout cas normé, Diego AGRIMBAU et Lucas VARELA ont décidé de nous aider à travers six destins singuliers et troublants.
« Six maladies […] toutes liées à ce fascinant organe qu’est le cerveau », nous précise Lunch, ébahi devant la complexité merveilleuse de notre architecture cérébrale.
« Autant d’histoires courtes mettant en scène des héroïnes dont le rapport au monde est à jamais bouleversé » ajoute Champi, presque comme une lapalissade.

Ambitieux sujet qui demandait un traitement particulier.
Ce que les auteurs ont fait : « Diagnostics nous propose de découvrir les pathologies neuronales à travers le medium de la bande dessinée… Ou plutôt non, la bande dessinée par le biais de pathologies neuronales », nous indique Badelel.
Tout est dit.

Comment restituer au mieux des maladies altérant le rapport des personnes au monde si ce n’est en troublant le rapport des lecteurs à leur support de lecture ?
Voici donc les cases, les pages, les onomatopées, les décors, les visages, les postures mis tour à tour à contribution pour rendre au plus juste l’agnosie, la claustrophobie, la synesthésie et autres mots/maux en -ie dont souffrent les six héroïnes mises en scène.

Le parti-pris du scénariste est donc clair : bousculer les codes de lecture de ses lecteurs.
Une bousculade qui ne peut naître que « grâce à une entente profonde avec l’autre » (Badelel), en l’occurrence entre scénariste et dessinateur, tant le propos de Diego AGRIMBAU semble servi au plus juste par le trait de Lucas VARELA.
Au plus juste et graphiquement au plus près, comme le relève Lunch : « Il est véritablement bluffant dans le sens graphique dont il fait preuve, renouvelant son approche artistique au gré des histoires. »
Un renouvellement qui n’est pas sans rappeler de glorieux prédécesseurs : « graphiquement, Lucas VARELA ne saurait désavouer ses influences étasuniennes (et pas des moindres !) : CLOWES, MAZZUCCHELLI, BURNS sont tour à tour invoqués, conférant aux récits les ambiances décalées, froides et dérangeantes auxquelles ils nous ont habitués. » Champi encyclopédise comme à son habitude.

Au final, sous ses airs d’histoires de vie, Diagnostics nous raconte donc avant tout une histoire d’histoires : comment jouer avec la narration graphique en s’inspirant de maladies réelles et en les adaptant au support ?
Brillant sans être pompeux, complexe sans être abscons (ce qui n’est pas toujours le cas en matière d’OuBaPo), des qualités qui rendent cet ouvrage intéressant, prenant et à la portée de tous.
Un OLNI (Objet Livresque…) qu’il serait dommage de ne pas voir passer.

Badelel : « Le plus incroyable est sans doute que, pour une BD expérimentale, elle reste vraiment accessible. »

Champi : « Saluons cette brillante collaboration de deux auteurs argentins, même si le potentiel narratif et graphique de Diagnostics n’a peut-être pas été complètement exploité. »

Lunch : « Les histoires sont courtes et vraiment bien ficelées, comme quoi on peut faire d’excellents récits en huit pages (et même six pour l’aphasie) tout en gardant une même unité sur un recueil de bande dessinée. »

Champi

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