temudjin

Une danse chamanique, les esprits qui parlent, une vision… Ozbeg l’a vu : un enfant doit naître qui aura une grande destinée. Cet enfant, c’est Temudjin et dans l’immédiat Ozbeg doit encore l’aider à venir au monde en un seul morceau. Puisque sa mère ne peut survivre, c’est lui qui éduquera l’enfant pour le guider sur la voie qui est la sienne : celle de rassembler les tribus mongoles.
Création d’Antoine Ozanam et Antoine Carrion, Temudjin n’est pas tout à fait passé inaperçu lors de sa sortie, quoique les sélections de l’ACBD et d’Angoulême lui aient fait la tête. Alors qu’en pense K.BD ???

Petit retour sur les auteurs pour commencer. Les deux n’en sont pas à leur premier forfait, ni même à leur premier coup ensemble. Carrion est assez discret, car il a oublié ici de se munir de son pseudonyme habituel, Tentacle Eye. Sous ce surnom comme sous son état civil, il a déjà illustré des scénarii de son compère Ozanam tels que L’amourir, L’ombre blanche ou Le chant des sabres. Il travaille également sur l’adaptation en bande dessinée de No Pasaran, le jeu quand il n’est pas occupé à travailler dans l’univers du jeu vidéo. Son style est reconnaissable entre tous et le voir évoluer sur ce Temudjin est un pur régal pour les yeux… Mais nous y reviendrons plus tard.
L’autre Antoine, Ozanam, a de son côté un bagage bien plus lourd. We are the night, Le roi banal, King David, Klaw, Succombe qui doit… Ce n’est qu’un échantillon de son impressionnante production alors qu’il ne se consacre entièrement au Neuvième Art que depuis 10 ans… Voilà en tout cas une belle équipe qui se connait déjà bien.

Pour faire plaisir à Carrion, Ozanam nous lance cette fois sur les steppes de Mongolie entre les yourtes, les yacks et les paysages arides. Le genre est séduisant : un mélange d’onirisme, d’histoire, de conte et de légende, de fantastique, le tout mêlé à un récit initiatique. Entremêlant subtilement la réalité au monde des esprits, les « Antoine » flirtent avec la Grande Histoire sans jamais s’y plonger vraiment, laissant au mysticisme une place bien trop importante pour s’ancrer véritablement dans la jeunesse du grand Gengis Khan.
Les auteurs (que Zaëlle a eu l’honneur d’interviewer) restent d’ailleurs obscurs : alors que le Temudjin de l’album est présenté comme un personnage fictif suivant les traces du personnage historique, ils en parlent comme d’une enfance rêvée de Gengis Khan.

Ces allées et venues entre ces univers sont un prétexte tout désigné pour amener un peu de philosophie au scénario. « L’auteur propose l’histoire d’un homme dont le destin semble tracé d’avance et invite à réfléchir sur la prédestination », nous dit Yvan.
Pour autant, l’histoire divise. Alors que OliV’ a apprécié que le scénario se complexifie en douceur, Livr0ns-n0us est restée « légèrement imperméable à l’histoire ». C’est surtout le final qui déçoit. Alors que la BD s’achève sur la destinée enfin entamée d’un grand conquérant, le livre se clôt sur un texte illustré d’un carnet de croquis. Un peu comme un film de Miyazaki dont l’histoire se termine pendant le générique de fin. Cette démarche laisse un goût d’inachevé pour certains là où d’autres en apprécient la douceur et la poésie.

Mais soyons honnête : c’est encore le travail d’Antoine Carrion qui a fait couler le plus d’encre et plutôt dans le bon sens.
L’ambiance hypnotique et mystique prend tout son sens et toute son âme sous sa tablette graphique… Hé oui, l’album est entièrement réalisé à l’informatique, outil pour lequel Carrion est réputé être un virtuose. Une réputation qui n’est pas usurpée ; nous sommes tout simplement unanimes à ce sujet (encore que Lunch y détecte un manque de maturité) :

  • « Le dessin fin et semi-réaliste d’Antoine Carrion s’installe d’ailleurs au diapason de cette ambiance hypnotique dès la couverture » (Yvan),
  • « Les visages, les décors, sont fragiles et puissants en même temps. » (Zaëlle),
  • « Antoine Carrion d’exprimer la virtuosité de son trait et surtout de sa palette de couleur qui fait la part belle aux contrastes » (Livr0ns-n0us),
  • « C’est une palette graphique adaptée et surtout entièrement réalisée au format numérique, et pour notre plaisir, mis sur papier  » (OliV’),
  • « La colorisation, oscillant entre le bleu-gris du monde onirique et les teintes plus terre à terre de la vie réelle, est un autre de ces points forts. » (Lunch),
  • « Au contraire Carrion utilise cet outil avec une telle maîtrise et explore ses possibilités avec une tel aboutissement que Photoshop trouve autant (voire plus) sa légitimité que le ton direct » (moi-même).

L’audace graphique de cet album n’est pas bien surprenante quand on sait qu’il est sorti aux éditions Daniel Maghen, ce dernier étant initialement propriétaire de la célèbre galerie spécialisée dans la vente d’originaux de bande dessinée. La ligne éditoriale de DM s’est donc tout naturellement tournée vers des titres résolument graphique tel que le magnifique Portrait de Dorian Gray.
De fait, l’objet lui-même est soigné. « C’est vraiment un livre que je qualifierai d’élégant », confie Zaëlle. Livr0ns-n0us reste admirative devant la couverture : « cette sublime illustration qui n’est pas sans évoquer vaguement le travail des studios Ghibli ».

A noter que la deuxième édition de Temudjin affiche un discret « tome 1 » qui n’apparait pas sur l’édition originale. Peut-être est-ce à cause de cette fin qui a si souvent déçu ? En tout cas, un second tome est dans les starting-blocks à la demande expresse de l’éditeur !

Livr0ns-n0us : « Je suis restée légèrement imperméable à l’histoire qui nous entraîne sur les pas de Gengis Khan et l’unification de tout un peuple, mais j’ai été en revanche fortement séduite par les dessins d’Antoine Carrion et l’atmosphère de ce récit ».
Lunch : « Temudjin mêle le monde des esprits à l’Histoire et prend un parfum de légende ».
OliV’ : « Les scènes de combat sont fortes et les esprits habilement représentés ».
Yvan : « L’histoire plonge le lecteur au sein d’un univers onirique, mêlant Histoire et légende et saupoudré de fantastique ».
Zaëlle : « Entre conte et récit initiatique, Temudjin est un vrai bijou ».
Moi-même : « Le Temudjin que nous suivons dans cette BD porte en lui la voix de la légende et il la porte bien ».

Badelel

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