pepita

En ce moment, en Espagne, se dispute la Coupe du Monde de basket. C’est justement le moment que nous avons choisi pour faire un zoom sur le très célèbre auteur de Slam Dunk et Real, deux séries axées sur le basket. La coïncidence est amusante mais involontaire. Pour autant, vous aurez le plaisir de découvrir (si ce n’est déjà fait) ces deux séries ce mois-ci, puisque septembre sera dédiée à Takehiko Inoue.

Fou de basket aussi bien que de dessin, il rassemble ses deux passions en 1988 avec Kaede Purple (dont le personnage principal Kaede Rukawa se retrouvera propulsé dans Slam Dunk plus tard). Ce premier manga présenté en concours est récompensé par le Prix Tezuka, célèbre prix décerné aux jeunes auteurs. Fort de ces débuts prometteurs, il devient ensuite l’assistant de Tsukasa Hōjō et a donc travaillé sur City Hunter (aussi connu par chez nous sous l’appellation sacrilège Nicky Larson. Rien que ça. Lunch nous souffle d’ailleurs une légende selon laquelle le jeune Inoue aurait squatté le canap’ du maître Hōjō.
Après un discret Cameleon Jail, il perce littéralement dans les années 1990 avec Slam Dunk (bientôt sur K.BD) qui dépasse les frontières nippones pour venir jusqu’à nous où il reste encore LE manga référence pour les mangaphiles basketteurs. Le succès est tel que, mécontent de l’adaptatation animée réalisée par son éditeur, il rachète l’intégralité de ses droits d’auteur sur la série, ce qui est encore plus difficile au Japon qu’en France ! Depuis, Takehiko Inoue est resté indépendant et édite ses propres œuvres.
Après ce premier succès, seuls Vagabond, adaptation du roman de Eiji Yoshikawa Miyamoto Musashi, et Real sont arrivés jusqu’à nous.

Et Pepita.

Mais Pepita est très différent car Pepita n’est pas un manga. D’ailleurs Pepita n’est pas non plus un artbook comme je le croyais innocemment avant de me plonger dans cette lecture. Choco le qualifie d’« ouvrage protéiforme » et je trouve le mot très juste. Nous commencerons donc ce mois dédié à Inoue par une œuvre atypique.

Carnet d’un voyage autant intérieur que physique, ce livre retrace le séjour d’Inoue à Barcelone sur les pas du célèbre architecte Antoni Gaudí. Il est le témoignage d’une « rencontre », la découverte d’un artiste par un autre artiste, une introspection sur le processus créatif. « Véritable voyage intime, ce bel album rend bien compte de la découverte toute personnelle de Inoue » dit Choco. Plus loin encore, ce voyage et le livre qui en découle sont un prétexte pour tenter de comprendre la création de Gaudí à travers son vécu, son enfance, ses traumatismes, ses faiblesses, les lieux qu’il a aimé… Lunch précise : « Takehiko Inoue s’attache à dépeindre l’homme alors que nous ne retenons généralement que ses créations ». La démarche elle-même pourrait paraître étonnante, pourtant à mes yeux, « l’idée même de la quête a quelque chose d’extrêmement nippon ».
« Partir à la rencontre d’Antoni Gaudí émanait peut-être d’une volonté de croiser la vie d’un homme fascinant, qui a marqué l’histoire de son empreinte. Au cours de son voyage, Takehiko Inoue ne cesse de comparer son parcours à celui de l’architecte » observe Lunch.

Cette envie de comprendre l’homme pose des interrogations sur ce qu’Inoue appelle « l’héritage ». Les hommes qui aujourd’hui travaillent sur les œuvres de Gaudí, les constructeurs pour la Sagrada Familia ou les restaurateurs dans le cas de ses autres créations, ont-ils pris le temps de comprendre l’architecte avant de se l’approprier ? Japonais jusqu’au bout des ongles, le mangaka regrette la précipitation qui régit ces travaux.

Ce voyage est également le prétexte pour rencontrer des hommes. Des artisans, des spécialistes de Gaudí, des architectes, des descendants d’Eusebi Güell… Des gens qui ont trait avec Gaudí d’une façon ou d’une autre. Ou avec des gens qui ont juste fasciné Inoue lors de son voyage, comme le vieux Joachim auquel sont consacrés une double page crayonnée dans le livre et un extrait assez important dans le film.
Car le livre, qui pourtant pourrait se suffire à lui-même, contient également quelques ex-libris et un DVD. D’une façon générale, l’ouvrage est soigné : couverture, papier, mise en page… Sorti en tirage limité à 2000 exemplaires, il a fait l’objet de soins tous particuliers. Les ex-libris et le DVD bonus ne sont finalement qu’une cerise sur le gâteau. Pourtant, en guise de cerise, Lunch et moi-même restons sceptiques.
Plus qu’un complément au livre, Lunch y voit plutôt une base de travail. Lunch regrette qu’on y retrouve un certain manque d’organisation là où le livre est au contraire parfaitement abouti. De mon côté, je trouve dommage que le voyage soit trop organisé, à l’image des séjours touristiques que les Japonais ont laissé à notre imaginaire populaire : une consommation hyper cadrée qui ne laisse pas de place à l’improvisation (un point de vue pourtant contredit par la rencontre avec le vieux Joaquim). De la vidéo, j’ai aussi retenu un sous-titrage mal fait qui empiète sur les autres textes qui ponctuent le film. Pour autant, je lui accorde un intérêt majeur : celui de rendre cette expérience plus vivante.
Par ailleurs, les autres bonus du DVD n’ont laissé de souvenir impérissable à personne. Choco médit : « l’auteur n’est pas aussi bon photographe qu’il n’est bon dessinateur ! ».

Quoiqu’il en soit, que ce soit après la lecture du livre ou – plus encore – après le visionnage du film, une question me taraude encore : « Qu’est-ce qui a initié ce voyage ? Pourquoi s’être intéressé en particulier à Gaudí ? Inoue ne s’exprime jamais sur ce sujet ».

On l’a dit :

Choco : « Pas forcément réservé aux fans de l’auteur, Pepita saura aussi séduire les amateurs d’art et de carnet de voyage. »
Lunch : « Pour qui ne connaît pas ou peu Gaudí et ses travaux, ce livre pousse à découvrir toute la richesse de son œuvre mais aussi le fil tortueux de sa vie. »
Badelel : « C’est très clair, il ne faut pas chercher ici les œuvres d’Inoue, car ce sont les pas de Gaudí qu’il a suivis. »

Badelel

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Une réponse "

  1. […] publications : – Pepita, Kaze, […]

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