chateaulattenteBien des années après que l’ingrate Belle aux Bois Dormant n’ait suivi son Prince Charmant sans plus jamais donner de nouvelles, le village de Putney et son château reprennent une vie tranquille.
Trop tranquille peut-être pour un château de contes de fées, mais bien assez pour devenir un havre pour qui cherche un refuge paisible. Au fil des pages, Château l’Attente croise et détourne les contes traditionnels les uns après les autres. Des Trois petits cochons à Blanche-Neige et les sept nains, Linda Medley se contente pourtant toujours de les effleurer, de leur accorder un simple clin d’œil pour s’attarder plus avant sur les personnages farfelus qui peuplent cette histoire.

Cet univers développé dans la petite caboche de Linda Medley dès 1984 associe deux milieux qu’elle fréquentait déjà : celui de la littérature jeunesse où elle a officié en tant qu’illustratrice et celui de la bande dessinée. Certes difficile à croire en lisant ce titre-ci mais l’auteure a pourtant fait quelques incursions dans le monde du Comics de super-héros (Justice League, Doom Patrol, Fables…) !
Pour sa version française, Château l’Attente est initialement paru chez Çà et Là en 2007. Son format de livre de conte et la qualité de l’objet font qu’il n’est pas passé inaperçu. Il a d’ailleurs figuré dans la sélection officielle d’Angoulême en 2008 après avoir remporté le Eisner Award de la meilleure série en 1998 (histoire de nous rappeler que parfois, les chefs d’œuvre mettent un peu de temps à parvenir jusqu’à nos francophones librairies). Suite à cela, Delcourt a racheté les droits et je crois que je ne m’en suis pas encore remise.

L’histoire est en fait une immense présentation des personnages. Nous croiserons donc ici :

  • Patience, Prudence et Abondance, trois vieilles dames de compagnie, jeunes à l’époque de la Belle au Bois Dormant mais désormais dernières survivantes de cette charmante époque où le château était plein de vie ;
  • Rackham Ciconius dit Dubec, l’intendant à tête de cigogne ;
  • Henry, humain élevé par les nains les Hammerlings ;
  • Dinah la cuisinière et son fils Simon, un peu lent mais c’est normal : c’est le fils d’un géant et les géants prennent toujours le temps ;
  • Dame Jaine qui se réfugie au château pour fuir un mari violent avec un ventre rond comme un ballon. Inutile de préciser que le père de l’enfant et le mari de la dame ne possèdent pas la même identité ;
  • Chess, chevalier chevalin ;
  • le docteur Fell qui a perdu l’esprit ;
  • Sœur Paix, une sœur Sollicitine, et par conséquent femme à barbe ;
  • et toute une ribambelle de personnages plus secondaires mais tout aussi loufoques.

Tous ces gens apportent à ce château de conte de fées un petit grain de folie guère déplaisant ! Leurs histoires s’entremêlent à celle du castel et offrent un panel surprenant et attendrissant de personnalités.

« Les personnages qui évoluent dans ce monde mi-humain, mi-animalier sont attachants, touchants et assez crédibles. » (Mo’)
« Femmes à barbe, homme-cheval, cigognes, bébé-monstres, diablotins, esprit des rivières… tout y est jeté pêle-mêle et on se régale. » (Bidib)
« Linda MEDLEY nous invite à croiser miracles, farfadets, esprits des eaux, sorcières aigries et petits démons. » (Champi)

De fait, le scénario n’est pas clairement défini. Il n’y a pas de véritable intrigue, mais plutôt une succession d’histoires, de passés. « Passant d’un personnage à l’autre, l’auteure va ainsi livrer un récit sans véritable fil rouge et sans véritable but, mais très agréable à lire. » (Yvan)
Un format très révélateur des origines de ce titre.
Tout droit venu d’Outre-Atlantique. La version originale est parue partiellement en auto-édition aux États-Unis à partir de 1996 (quelques épisodes d’édition professionnelle ont parsemé l’histoire de cette œuvre). Pour l’auteure, il s’agit donc de pouvoir clore rapidement son histoire si celle-ci ne rencontre pas le succès escompté.

Pourtant, le premier tome compte un défaut qui n’a pas manqué de déranger certains d’entre nous, un paradoxe considérant la remarque précédente. La chronique de Sœur Paix se perd en digressions et en récits imbriqués (niveaux métadiégétiques ça s’appelle).

« Certes, ces nombreuses digressions contiennent forcément quelques longueurs. » (Yvan)
« Je suis tout de même un peu déçu au final, car je trouve que le ‘roman’ s’essouffle au fur et à mesure, avec l’histoire du couvent des Sollicitines de sœur Paix, qui est bien trop longue à mon goût. » (Lunch)
« Seul regret, l’histoire de Sœur Paix traine un peu en longueur avec des niveaux métadiégétiques un peu lourds » (moi)

Défaut qu’on ne retrouve pas néanmoins dans le deuxième opus ni dans son addendum (oui : Delcourt a inventé le tome 2 en 2 tomes. Ai-je déjà dit que le rachat des droits par Delcourt m’avait laissé une certaine amertume ?)

Ces longueurs ne sont pourtant pour rien dans les réserves de Mo’ : « un petit bémol pourtant pour cette BD américaine : tout y est un peu trop propre, bien rangé, bien soigné… » ou encore « cet univers est assez conventionnel, trop peut-être, car il n’y a pas de « gros méchants » ». Avouons-le, cet univers de contes de fées garde un côté éthéré et préservé où la méchanceté n’a pas vraiment sa place (même le diablotin Leeds est sympathique et garde une certaine forme d’honneur). Cela s’en ressent jusqu’au dessin, très propre, très soigné où tout est à sa place.

« Le dessin, en noir et blanc est très agréable, empruntant à la fois au livres d’images et à la caricature. » (Bidib)
« Graphiquement propre et clair, expressif sans démesure et élégant comme seul sait l’être le noir et blanc. » (Champi)

L’enthousiaste et poétique Champi va plus loin encore dans cette lecture : « Outre les décors et ingrédients des contes en tous genres, l’auteure puise aussi dans les univers intrigants du cirque, des gens du voyages, de la religion, de la philosophie ou de l’économie (si si !) ». Et si tu nous en disais plus, Champi ?

Et donc devez-vous lire ce Château l’Attente ? La réponse est unanime : oui, vous devriez vous précipiter dessus. C’est un moment de pur plaisir où le seul charme de ce lieu hors de l’espace et hors du temps vous enchante et vous invite à la rêverie…

« Ce livre est un grand ‘melting pot’. » (Lunch)
« Imaginez qu’arrivés à la fin de l’histoire, les enfants insomniaques lancent un « Et après ? » qui abandonne les parents bouche bée. » (Yvan)
« Un conte, La Belle au Bois Dormant. Et puis tout part en vrille et ça devient délirant tout en restant poétique comme un conte. Mais jamais tout à fait sérieux. » (moi)
« Au passage, quelques clins d’œil à d’autres contes, beaucoup d’humour et des temps du récit consacré plus particulièrement à certains personnages. » (Mo’)
« Notre attente était grande face à ce château, elle n’a pas été déçue. » (Champi)
« Finalement, si j’ai prix mon temps, j’ai savouré chaque page avec plaisir. » (Bidib)

Et après Château l’Attente ? Après Château l’Attente, Linda Medley travaille aussi sur Le magicien d’Oz. Un travail qui ne sortira peut-être jamais en version papier néanmoins, à en croire son entretien avec Xavier Guilbert en 2008, sachant que 6 ans plus tard, nous n’avons pas de nouvelle de ce projet…

Badelel

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  1. […] : – Bone (Jeff SMITH), Delcourt, 1995 – Château l’attente (Linda MEDLEY), Çà et là, 2007 – Étoffe des légendes, L’ (Mark RAICHT, Charles Paul […]

  2. […] Alors bien sûr, vous me direz que « la barbe » a enrobé notre sélection du mois d’une aura machiste ou en tout cas fort masculine, mais n’oubliez pas que nous parlions il y a peu ici d’une des plus célèbres « confréries » de femmes à barbe. […]

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