docteur radar

Dans un monde à deux visages, tel que k.bd le décrypte ce mois-ci, aux célèbres artistes bicéphales Gainsbourg/Gainsbarre et Renaud/Renard s’ajoute aujourd’hui le mystérieux Radeau/Radar.
Le Radeau erre en eaux troubles, médusant ses proies et les frappant au cœur du chaos, tandis que le Radar les retrouve où qu’elles se terrent et, comble des prédictions, a toujours plusieurs coups d’avance.
Qui pourrait lutter contre ce savant docteur (et vice-versa ?) qui fait du Paris des Années Folles son terrain de jeu et de conquête scientifique ? Car ne nous y trompons pas : s’il « grandiloque » et met en scène ses actes criminels (n’est-il pas un « tueur de savants », après tout ?), l’ignoble Docteur Radar n’en oublie pas, comme tout mégalomane qui se respecte, de viser la lune, rien que ça. Ou en tout cas l’espace, fil conducteur des recherches de ses nombreuses et récentes victimes.

Victimes, vous avez dit victimes ? Mais que fait la police ? Rien, justement, ou si peu que seule la détermination, la ténacité et les éclairs de génie de Ferdinand Straub, ancien pilote (de guerre) reconverti dans l’enquête non-officielle, pourront peut-être empêcher le sombre docteur Radar d’arriver à ses fins…

Toutefois, la longue liste de ses victimes laisse présager qu’il les a bientôt atteintes (ses fins).
D’autant que, tel un joueur d’échec polymorphe, Radar a déjà un œil sur le futur, compte sur de nombreux pions, quelques fous, de dangereux cavaliers et une reine venimeuse, et surtout change d’identité comme de (fausse) moustache.
La police (qui finit tout de même par se remuer le bedonnant), Ferdinand (trop impulsif pour rester bras croisés) et Pascin lui-même (peintre, observateur et fin connaisseur des bas-fonds de la capitale ; pour toute information complémentaire sur cet homme, allez faire un tour du côté de chez SFAR, comme chanterait l’autre) ne seront pas de trop pour garder le rythme imposé par le docteur et, peut-être, finir par le prendre de vitesse.

Du rythme, Docteur Radar n’en manque guère, comme l’ont fort justement souligné nos rédacteurs : « En plaçant l’incident déclencheur en tout début d’album (la mort d’un savant : la goutte de trop), les auteurs ont d’emblée inscrit leur récit dans le feu de l’action »  (Lunch). Un rythme effréné qui peut parfois déranger (« L’intrigue va si vite qu’on se sent oppressé » avoue Badelel) mais qui a le mérite de tenir les lecteurs en haleine et de ne les lâcher à aucun moment.
«  Voilà donc notre homme et son acolyte pas anonyme (eh eh) suivant une piste de cailloux rouge sang dans un Paris où le feuilleton rencontre l’Expressionnisme » (Champi) : en effet, ce train d’enfer au rythme feuilletonesque, s’il joue de les poncifs du genre, fait surtout la part belle aux riches influences de l’époque (à commencer par Fantômas, dont l’ombre menaçante plane de bout en bout), avec un certain brio : « Les allusions, les hommages sont fins et intelligents » (David, un ancien de k.bd).

La rédaction est donc presque unanime (disons… à 75 % !) pour saluer le scénario de Noël SIMSOLO, récit endiablé qui ressuscite autant qu’il renouvelle un genre au caractère bien trempé (à savoir les feuilletons policiers du début du XXème siècle).

Un tel rythme narratif ancré dans une époque aussi riche que l’entre-deux-guerres nécessitait un traitement exigeant et nerveux.
Frédéric BEZIAN était l’homme de la situation : « Le trait de Frédéric Bézian est explosif et nerveux. Un graphisme aux antipodes d’une ligne structurée : les perspectives sont déformées et les personnages semblent croqués sur le vif », s’extasie Lunch.
Il bouge, il tourne, le trait de BEZIAN, dégageant une profonde impression « d’être sans cesse enveloppé par son dessin, happé au plus profond de son histoire » (David).
Vous avez dit Expressionnisme ? Donnons donc dans une surenchère de circonstance : « La ligne est nerveuse, les hachures vibrantes, les corps et les ombres s’étirent à n’en plus finir » (Champi).
Les cases, les planches, l’album dans son ensemble palpitent d’un bout à l’autre.

Et que dire du magistral traitement des couleurs ? «  Le jeu d’ombres et de lumières […] est incroyable » (Lunch), « [les] planches presque monochromes […] instillent des ambiances différentes à chaque scène et font ressortir quelques éléments judicieux : un cahier, un rai de lumière, une flaque de sang… » (Badelel).
Le rouge mort, l’or fade, le vert étrange et le bleu nuit se disputent les scènes, les tirant un peu plus vers la violence, l’angoisse, les méandres de la toile tissée par le Docteur…

Un rythme sans failles servi par un trait à l’avenant, une histoire dynamique, des personnages hauts en couleurs (et en bichromie), de l’aventure, du suspense, des rebondissements, du mystère, des compositions déroutantes et des références multiples, riches et parfaitement intégrées au récit : Docteur Radar serait-il un chef-d’œuvre ? Pour la plupart d’entre nous, heureux de s’être fait emporter par des auteurs que l’on imagine complices, enjoués et amoureux de l’époque qu’ils mettent en scène.
La fin est presque un peu trop abrupte et nous laisse à (presque) tous espérer une suite que l’on dévorerait avec la même fougue, la même envie, le même plaisir gourmand de lecteur halluciné.
Nous voilà sans doute accros à cette absinthe artistique moitié fée, moitié sorcière, verte et translucide comme les eaux des cours d’eau où les sirènes artistiques noient les lecteurs qui se seraient laissé emporter.

Badelel : « Tout y est grandiloquent et exagéré ! »

Champi : « Vibrant hommage et déclaration d’amour à toutes les facettes artistiques d’une époque, […] avec une vigueur et un rythme admirables. »

David : « Tout, absolument tout, est parfait dans le dernier livre de Bezian. »

Lunch : « Cette narration à rebondissements ne s’essouffle jamais et, quand bien même les événements sont prévisibles, là n’est pas l’essentiel. »

Champi

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Une réponse "

  1. […] de Fantômas, La #2 (Olivier Bocquet & Julie Rocheleau) 09. Crazy affair (Asumiko Nakamura) 10. Docteur Radar – Tueur de savants (Noël Simsolo & Frédéric Bézian) 11. Erased (Kei Sanbe) 12. Fille maudite du capitaine pirate, La #1 (Jeremy A. Bastian) 13. Gangsta […]

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