jane

 « Mon pays, ce n’est pas un pays c’est l’hiver », chantait Gilles VIGNEAULT.
A l’heure des premiers grands froids hexagonaux (il était temps ! diraient les bonhommes de neige de retour de migration) k.bd a donc la bonne et logique idée de se plonger (de se rouler, plutôt ! ) dans la bande dessinée québécoise.
Je laisserai le soin à Mo’, dans les semaines à venir, de nous parler plus avant de la magie de la production graphique de la Belle Province et je vous invite d’ores et déjà à goûter aux éloges dont David ne tarit pas sur ces auteurs d’outre-Atlantique ; pour l’heure je me contenterai de tenter de rassembler dans ces quelques lignes les nombreux avis de nos critiques admiratifs à propos de Jane, le renard & moi.

« Tour à tour ou ensemble, les deux auteurs [Fanny BRITT & Isabelle ARSENAULT] savent jouer sur les rythmes, sur la finesse des sentiments, sur les petits riens qui, sans être explicites, font toute la différence entre une simple histoire et un récit qui touche profondément » (David).
Et « touchés », on peut dire que nos chroniqueurs l’ont été :
« La tristesse d’Hélène nous happe dès les premières pages » (Mo’).
« Le rapport humain entre l’héroïne et sa mère a quelque chose de profondément bouleversant » (Badelel).
« Ce sentiment de rejet que, vous, moi, elle, avons tous un jour connu avec plus ou moins de force. Et la cruauté des enfants. Et l’envie de trouver une échappatoire à l’ordinaire stupide et méchant » (David).
« Une petite fille tout ce qu’il y a de plus normal qui finit par détester son corps non pas pour ce qu’il est mais pour ce que les autres prétendent qu’il est » (Bidib).

Tu as raison, Bidib, commençons par le commencement : « Hélène pèse deux cent seize ! » « … et sent le swing ! »
Voilà les mots qui accueillent la jeune Hélène quand elle arrive à l’école. Mots gravés sur les portes, les murs, les visages, les regards, mots plantés au fer rouge par celles-là même qui, quelques temps auparavant, étaient pourtant ses amies. « Ses amies sont devenues ses meilleures ennemies. Toujours à la rabrouer, à l’insulter, à la complexer sur son apparence physique » (Mo’).
Conséquence inévitable : malgré sa fine silhouette, Hélène se sent obèse, moche, indésirable et se range d’elle-même dans « la bande des esseulées ».

« Je suis une saucisse de Toulouse, un ballon de football, une bouteille d’Orangina, un bébé truie, un coussin à fourchettes. Je fais fuir les garçons… et les renards. »

Non, Hélène. Ce n’est pas toi qui a fait fuir ce renard. C’est cette crétine de Suzanne Lipsky qui a jugé bon d’intervenir en braillant dans ton face à face avec l’animal. « T’es conne ou quoi ? [ …] Je t’ai sauvé la vie, tu sauras ».

Comme si quiconque pouvait encore lui sauver la vie, à Hélène.
Comme si elle trouvait qu’elle valait la peine d’être sauvée, cette vie à se forcer à sourire, à baisser les yeux, à faire sembler de chercher des affaires dans un sac en attendant que ça passe, à voir sa mère vivre une vie de fatigue, d’efforts, d’yeux rougis et de nuits trop courtes.
Heureusement que vivre rime avec livre et que par la lecture Hélène se délivre entre les mots surannés mais justes de Charlotte Brontë, « avec un ¨ sur le e. […] C’est le meilleur livre que j’ai jamais lu. »
« Elle voit en Jane son propre reflet » nous souffle Lunch. Jane Eyre, à l’enfance misérable, au destin marqué par la souffrance, le silence, la retenue, mais à la droiture et à l’exigence remarquable. Un horizon pour Hélène.

« Chacune des apparitions de Jane apporte une bouffée d’oxygène dans la trame narrative, qui parvient parfois à déborder du cadre de la fiction le temps d’une pause colorée. Inspiration… respiration ! » (Lunch)

De la couleur il y en a peu, dans le monde noir et gris d’Hélène, un sombre univers qui n’a pas été du goût de tous, en tout cas dans un premier temps : « Je dois dire qu’à la lecture des premières pages le dessin naïf noir et blanc m’a un peu piqué les yeux », reconnaît même Bidib !
« Le coup de crayon de l’illustratrice n’est pas le plus facile d’accès mais il est parvenu à me convaincre au fil de ma lecture, pour finalement me subjuguer », renchérit Lunch.
« Malgré un style volontairement barbouillé, les traits sont beaux, expressifs et maîtrisés, distillant une ambiance parfaitement adaptée » (Badelel) : c’est en effet bel et bien d’ambiances qu’il s’agit, « deux ambiances graphiques différentes, [entre] tons gris tourterelle [et] multiples touches de couleur » (Mo’).
« Avec son utilisation très surprenante d’une couleur capable d’éclater au milieu d’un océan de gris, elle réussit à créer l’atmosphère nécessaire à l’épanouissement des mots » (David).
Gris, gris gris.
Hélène se noie dans un océan de gris où pourtant, parfois, des bouffées de couleur l’empêchent de sombrer. Le gris d’après, soudain, se décharge de sa mauvaise mine (de plomb) pour se faire silhouette, fantaisies, respirations tout en hachures et en formes simples, en négatif, d’une beauté à couper le souffle.
« L’auteure est incroyable dans sa maîtrise du crayon à papier, alternant les mines différentes pour faire un trait plus gras ou plus fin selon les besoins et les circonstances, donnant à ses arrière plans une beauté un peu surréaliste ». Lunch est sous le charme (et dans l’emphase !).

Justesse des mots et des images : la BD vibre ici dans son plus simple et son plus bel appareil. Le dépouillement des formes fait la part belle à la densité du fond et aux nombreux thèmes que Jane, le renard & moi porte comme autant d’échos à toutes nos vies et nos histoires. « Ça me fait dire que ce récit a un quelque chose de la fiction autobiographique » (Badelel).

Récit riche et sensible, cette première pierre sur le chemin de la narration graphique québécoise augure des récits touchants, originaux et d’une grande qualité. Nous espérons que vous goûterez au voyage avec le même enthousiasme que nous, tabernacle !

Badelel (qui, indépendamment des charmes de la langue, a été la plus bouleversée par cette histoire) : « C’est chantant comme l’est toujours le québecois, c’est authentique sans être kitch, c’est un pur régal ! »

Bidib : « Des mots justes pour parler d’une réalité difficile que vivent beaucoup d’enfant. »

David : « Beaucoup de simplicité – ou en tout cas d’épure – dans une forme qui définit pour moi toutes les qualités de la bande dessinée québécoise. »

Lunch : « Cette lecture a provoqué chez moi comme une mise en abyme de mes propres angoisses de père, qui se demande comment se passent les journées de sa fille et qu’il ne maîtrise pas. »

Mo’ : « Un ouvrage très touchant dans lequel on ressent beaucoup d’empathie pour cette enfant victime de harcèlement et devenue le souffre-douleur de toute sa classe. »

Champi

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