paul-a-la-campagne

Difficile d’animer un mois sur la bande dessinée québécoise sans évoquer l’incontournable Paul, fruit de la plume et des souvenirs de Michel RABAGLIATI, dont le patronyme latinisant ne doit pas nous leurrer : l’homme est bel et bien le fils de la Belle Province.
Cerise sur le pancake, La Pastèque (décidément, ça parle bouffe par ici !) réédite pour en fêter les 15 ans Paul à la campagne, en cinémascope et en couleurs s’il vous plaît, de quoi redonner une actualité à un titre phare dans la bibliographie de l’auteur et l’enrober dans des atours (couverture cartonnée, mise en couleur…) susceptibles de séduire le bédé-bibliophile moyen (j’y reviendrai).

Ce va-et-vient éditorial fait directement écho au procédé narratif de Paul à la campagne : « On oscille en permanence entre passé et présent. On […] voit [le héros] tour à tour enfant, adolescent ou adulte, au gré de l’anecdote qu’il souhaite aborder » (Mo’), « l’auteur jongle avec les va-et-vient de la mémoire et de l’histoire comme on se laisserait porter par un rêve éveillé » (Champi), « la mémoire joue son rôle de faiseur d’histoires, surgies d’une époque où Paul était encore minot. » (Lunch)

De passage à la campagne, en famille, pour rendre visite à son père, Paul ne manque en effet aucune occasion de se replonger, presque physiquement (« Ah ah ah, papa éclaboussé ! ») dans les souvenirs qui ont marqué son enfance et son adolescence. L’occasion pour Michel RABAGLIATI de « [donner] toute son importance à l’anecdote, aux petits événements qui s’oublient vite, mais forgent à jamais une personnalité. » (Mitchul)
Rien d’anodin en effet dans les bouffées d’images et de sons qui envahissent le héros : le vaste siège arrière de l’oldsmobile familiale, le « terrain de jeu formidable » au pied de son immeuble, le bruit d’une carabine à plomb, la déchirure d’une séparation…
Un «  récit […] construit d’entrelacs, enchevêtrant passé et présent, avançant par association d’idées » (Mo’) mais qui, de fait, « manque [peut-être] un peu de liant » (Lunch).
David, de belle manière, unit tous ces regards : « Pas vraiment de transition ni même de logique dans cet exercice mais des petites touches qui peignent l’existence sans détour. Des fâcheries aux grandes rencontres, des moments fondateurs aux drames du quotidien, Paul c’est une vie ordinaire raconté d’une façon… ordinaire. »

Qu’à cela ne tienne, « Paul a un arrière-goût nostalgique tout en mettant en exergue les erreurs et les bêtises passées, de celles dont on se souvient en rougissant de sa propre idiotie » (Badelel) : le récit ne favorise pas une période au détriment d’une autre, il se contente de retranscrire le temps qui passe, lieu après lieu, génération après génération, et sur lequel on se retourne parfois.

A mi-chemin entre les mots et les images, David – fan de la première heure – met en avant la voix qui se dégage de la lecture des aventures de Paul : « Oui, on perçoit le son d’une voix à la lecture de ces albums. Que voulez-vous, j’entends la voix off de Michel commenter la vie de  Paul. C’est magique. J’ai l’impression de partager un moment d’intimité, comme si ce livre avait été écrit pour moi. »
Ecrit et dessiné, monsieur David !

« Le graphisme stylisé de Rabagliati évoque celui de Dupuy et Berberian ou de son compatriote Seth. Sauf qu’il semble moins préoccupé par le style que par la force d’évocation du trait. » (Mitchul)
Un trait dont la rondeur, pour Mo’, « accroît la douceur de l’univers. »
Un trait que, pour ma part, je ne peux m’empêcher de rattacher à une certaine école stylistique, pourtant : celle des cartoons, dessins animés et dessins de presse des années 50 en Amérique du Nord.
Typicité que Badelel, elle, retrouve davantage dans les décors : « les vastes forêts, les plans d’eau sur lesquels on va pêcher, un rapport à la nature si particulier… On plonge dans un décor typiquement américain. »
Quant à ceux qui pourraient reprocher à l’auteur un dessin trop simple, David répond que « le dessin de Michel Rabagliati est effectivement très simple mais il n’en demeure pas moins d’une extrême rigueur. »

La mise en couleur de la nouvelle édition est l’un des rares points à faire débat autour de cette lecture qui remporte par ailleurs une belle unanimité : Mo’ en est ravie (« des couleurs toniques renforcent la convivialité de cet univers d’auteur »), Badelel la regrette (« je trouve presque dommage l’ajout de couleurs alors que le noir et blanc normalement utilisé par Rabagliati semble ancrer les souvenirs dans le passé »). Pour ma part, bien que n’ayant pas feuilleté les pages colorées, je serai plutôt enclin à moins les apprécier. Sans doute parce que j’ai vu bon nombre de chefs-d’œuvre (Silence, Le Grand Pouvoir du Chninkel, Spaghetti Brothers…) massacrés par une mise en couleur ne visant qu’à capter un public plus large…

Malgré cette petite divergence, les avis sont enthousiastes et partagées : Paul à la campagne est une belle et touchante aventure intérieure, complétée par une autre histoire (plus) courte, Paul typographe, qui nous plonge avec affection (et nostalgie…) dans l’univers aujourd’hui dépassé de la typographie manuelle, monde magique et mécanique où la lettre avait encore du corps et du caractère (ah ah).

Si vous n’avez encore jamais parcouru les chemins québécois aux côtés de Paul, profitez de la morsure toute relative de notre hiver européen pour marcher pages à pages en cette belle terre d’images outre-Atlantique.

Badelel : « Derrière sa police toute ronde et son titre typé « Martine à la ferme », la série des Paul de Rabagliati cache des fictions autobiographiques bien plus adultes qu’il n’y paraît et extrêmement émouvantes. »

David : « Une joie communicative que je trouve assez propre à la bande dessinée québécoise. »

Champi : « Une touche d’exotisme au coin du quotidien. »

Lunch : « Ces instantanés de la jeunesse de Paul/Rabagliati sont à peu près similaires à ce que pourraient être les nôtres. »

Mitchul : « Un récit aigre-doux, s’appuyant sur des flash-back de souvenirs tendres, parfois dramatiques, et toujours justes. »

Mo’ : « Un bel objet-livre qui contient un récit vivant, drôle et généreux. »

 Champi

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s