fables amères

Démarrons l’année 2015 par de bonnes nouvelles. Tout comme en littérature, de nombreux auteurs se sont essayés avec brio au format nouvelle. Non pas de courtes histoires prévues pour la prépublication en revue, mais des recueils de nouvelles à part entière, permettant à l’auteur de décliner une thématique, un personnage, une obsession…

Il n’y a pas de différence entre une nouvelle en littérature et en bande dessinée. C’est le même principe. De grands écrivains ont excellé dans le roman ET le recueil de nouvelles (Guy de Maupassant, Edgar Allan Poe…). Il en est de même chez les auteurs de la neuvième chose, dont certains ont produit des chefs d’œuvres du genre (comme par exemple Will Eisner avec Un pacte avec Dieu). Nous commencerons cette thématique de janvier par les Fables Amères (de tout petits riens) de Chabouté.

Christophe Chabouté – qui s’est fait une spécialité des récits longs, prenant ainsi le temps de développer une intrigue, des situations, des psychologies (Tout Seul, La Bête, Terre-Neuvas, Henri Désiré Landru…) – nous démontre avec ces fables amères qu’il excelle également dans le format court. Bien que l’ensemble peut se lire comme une déclinaison d’un même thème (l’isolement dans nos sociétés urbaines), Chabouté respecte le format propre à la discipline, chaque nouvelle se lisant indépendamment des autres, se suffisant à elle-même.

Fables amères est une succession de saynètes racontant la vie de tous les jours. « Hommes, femmes, enfants, chez eux ou dans des lieux publics, vivent des scènes ordinaires : un homme qui va chercher un colis au bureau de poste, une histoire d’amour virtuelle, une mère qui fait ses courses avec sa fillette ou un couple en désaccord sur la décoration de leur appartement… » (Mo’)

L’amertume est bien la sensation diffuse qui se dégage de ces fables. La relation virtuelle passionnée entre deux voisins qui s’ignorent, le passé lumineux et le présent gris d’un travailleur immigré, les bobos qui veulent changer leur intérieur, indifférents au SDF qui survit sur leur palier ou encore cette caissière qui, suite au décès de son père, se remémore une surprise ratée qu’elle voulait lui faire étant enfant… Les personnages subissent ce que l’on pourrait appeler des « confrontations silencieuses », tous tiraillés entre leurs aspirations et la dure réalité de leur existence. Rencontres ratées, ignorance de l’autre, incommunicabilité, il est clair que ce qu’ils vivent dans leur quotidien ne peut que leur laisser un sale goût dans la bouche et explique la tristesse qui se lit sur leur visage.

La détresse des protagonistes et les situations qu’ils vivent n’ont laissé personne indifférent. « Chabouté nous emporte dans son univers presque dénué de paroles et pourtant très évocateur, doux et cruel à la fois. Impossible de rester de marbre dans ces moments de solitude. Au risque de vous serrer la gorge, c’est extrêmement touchant, humainement émouvant. » (Oliv’)

Nous nous sommes tous reconnus dans au moins l’une de ces onze histoires. Choco évoque une de ses collègues qui a vécu la même humiliation que cette caissière de supermarché. Mais cette dernière nous rappelle à juste titre que parfois nous sommes dans la position de l’humiliant : « Nous avons tous été un jour désagréables, égoïstes, aveugles, ne pensant pas à ce que l’Autre en face de vous peut bien penser, qu’elle a été sa vie, quel est son ressenti. »

Si ces fables nous touchent tant, c’est aussi parce que Chabouté est passé maître dans l’art de raconter une histoire en image. Tant au niveau de son graphisme expressif que dans sa mise en scène, Chabouté joue avec notre implication de lecteur (nous prenant à témoin ou nous laissant deviner les choses) et sait retranscrire de manière troublante des émotions vraies !

Mo’ l’explique très bien : « Le temps d’une demi-douzaine de planches lui suffit à créer un univers complet et cohérent. Ces situations nous sont familières et c’est peut-être justement parce que l’on se sent en terrain connu que Chabouté parvient si bien à se jouer de nous. En élargissant peu à peu notre champs de vision, il nous force à décaler le regard que nous avions jusque-là posé. »

Comme le précise Oliv’ : « Côté graphisme, nous sommes dans ce noir et blanc typiquement reconnaissable de Chabouté. Sensible et précis, tout est dans le regard des personnages. L’auteur accentue le mouvement par des jeux de zoom avant, zoom arrière. Il dessine de nombreux portrait en proposant des gros plans sur les visages. D’une efficacité troublante ! »

Choco rappelle que « Les paroles sont comme d’habitude réduites au minimum et la force de son dessin en noir et blanc se passe de commentaires ! ». Chabouté dit beaucoup avec une formidable économie de moyens. En cela, ce recueil de nouvelles est une réussite du genre.

Mo’: « Étonnant objet, pertinent et perspicace. Malgré la brièveté des histoires, il n’y a pas de sentiment de trop peu. De courts récits construits et efficaces. A découvrir ! »

Choco : « Je ne peux que vous conseiller très chaudement ce petit bijou d’humanité qui en montrant les travers plus ou moins conscients de nos proches, et par là de nous même, nous incitera à montrer plus d’attention à ceux qui en manquent cruellement ! »

Oliv’ : « L’œuvre se lit et se relit, dans un but, celui d’avancer comme dans le jeu de la marelle, certes parfois à cloche-pied, mais pour au final, toucher le  » ciel  » !! »

Mitchul : « Ce recueil nous rappelle une amère vérité : nous sommes toujours seuls dans la détresse. »

Mitchul

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  1. Marion dit :

    Il est dans ma PAL, il faudrait que je le dépoussière !

  2. […] l’Association, 2005 – Diagnostics (Diego Agrimbau & Lucas Varela), Tanibis, 2013 – Fables amères (Chabouté), Vents d’Ouest, 2010 – Hommes à la mer (Riff Reb’s), Soleil, 2014 – Kroc […]

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