insomnieAprès les Fables amères qui ont ouvert le bal des nouvelles graphiques de notre mois de janvier sur k.bd, l’amertume s’invite dans les pages de la longue Insomnie d’Adrian TOMINE.
16 histoires plus ou moins courtes (entre 1 et 15 pages) à travers lesquelles l’auteur « nous emmène sans en avoir l’air, vers les territoires du polar, du sordide, du fantastique, sans jamais y entrer vraiment. Des situations toujours sur le fil du rasoir… » (Mitchul)
Des ambiances variées, donc, mais unies par certains fils conducteurs : « les difficultés relationnelles d’une génération en décalage par rapport au monde qui l’entoure » (Mitchul), des « anodins chutent plus qu’ils ne se relèvent » (Champi) et la plupart du temps un personnage féminin qui « semble porter une place importante dans l’imaginaire de l’auteur. » (OliV’)
Imaginaire, vraiment ? Même si le détachement qui flotte sur bon nombre des ces courtes histoires flirte avec une certaine forme d’onirisme – ou en tout cas d’irréalité – « difficile de distinguer ce qui relève de la fiction et de l’autobiographie. » (Champi)
Ce qui explique peut-être la profondeur de la plupart des personnages et leur touchante humanité au sein de leurs tourments : « sans aucun jugement, [l’auteur] nous dresse des portraits de gens qui n’arrivent pas à exprimer leurs sentiments. Des gens à limite de la pathologie mentale et sociale, mais avant tout attachants, fragiles, humains… » (Mitchul) ; « ses personnages tantôt maladroits, tantôt réservés, sont en quête mais de quoi… du manque ou des retrouvailles ?!… » (OliV’)

Unanimes sur la qualité des histoires et la richesse de leurs protagonistes, nos chroniqueurs le sont aussi sur le trait, le style, que tous rattachent à la belle « école » d’un Daniel CLOWES ou d’un Charles BURNS : « un cerne d’encre net et tranchant et un noir et blanc parfois tramé de gris. Simple, efficace, à l’unisson du monde sans espoir qui se débat dans et entre les cases. » (Champi).
« Un noir et blanc impeccable ! C’est dosé à la perfection. Le noir ressort lors d’histoires sombres et le blanc laisse passer ce trait dépouillé et discret. » (OliV’)
Mitchul pousse les comparaisons plus loin, convoquant tout autant « la BD européenne, la ligne claire en particulier » que l’« expressionnisme et (les) manga. » Une variété qu’il explique par le fait qu’à travers ces travaux de « jeunesse », on « découvre un auteur en train de chercher (et trouver) son style. »

Des histoires sombres ou glaçantes, étranges et toujours dérangeantes, servies par un trait parfaitement adapté : Insomnie et autres histoires porte sans doute tous les ferments de l’œuvre dense et à l’acuité presque chirurgicale qu’Adrian TOMINE construit minutieusement au fil des ans.
Adepte du genre (la nouvelle), l’auteur semble profiter de cette forme percutante pour viser toujours juste et bien en mettant le doigt sur les travers, les failles de ces vies si proches des nôtres qu’elles nous mettent mal à l’aise.

Champi : « De ce face à face permanent le lecteur ne peut ressortir indemne, dérangé par son voyeurisme ou troublé par le reflet à peine déformé que l’image lui renvoie. »

Mitchul : « Un auteur qui implique le lecteur dans la narration, l’obligeant à combler les vides, à imaginer le début et la suite de l’histoire… Tout en impressions, en intuition, en finesse. »

OliV’ : « Autant d’histoires qui ne laissent pas indifférent, qui poussent à la réflexion pour ne pas marcher en dormant ! »

Champi

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Une réponse "

  1. […]  :  – Creepshow (Bernie Wrightson et Stephen King), Soleil, 2011 – Insomnie (Adrian Tomine), Delcourt, 2008 – Jours de destruction – Jours de révolte (Joe Sacco et […]

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