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Aujourd’hui nous ouvrons un nouveau thème : raconter le XXe siècle.

En ce mois de février nous allons nous intéresser aux BD historiques qui nous en apprennent plus sur le XXe siècle. Pour ouvrir la marche nous avons choisi un manga : Zéro pour l’éternité de Shouichi Sumoto (d’après le roman de Naoki Hyakuta) avec qui nous partons à la découverte des kamikazes et de la Deuxième Guerre Mondiale vue du Japon.

Kentarô, un jeune homme désœuvré n’ayant plus goût à rien, reçoit un jour une drôle de mission de sa jeune sœur journaliste : enquêter sur leur grand-père Miyabe, mort à la guerre en kamikaze. De ce grand-père ils ne savent rien. Il n’ont appris son existence qu’après le décès de leur grand-mère. C’est un fantôme.

Pourquoi partir à la recherche du souvenir de ce grand-père tant d’années après sa mort ? Keiko veut proposer un dossier sur les anciens combattants à un journal. Mais ce désir d’en savoir plus sur ce fantomatique grand-père kamikaze est peut-être aussi déclenché par l’amalgame fait dans les médias entre kamikazes et terroristes, puisque c’est par ce mot qu’ont été désignés les hommes qui ont perpétré les attentats du 11 septembre.

Drôle de question ! Peut-on mettre dans le même sac les kamikazes de la Deuxième Guerre Mondiale et les terroristes commettant des attentats suicides ?

Le manga met en avant les points communs entre les deux phénomènes :

« Patriotes et fanatiques… martyrs… On peut trouver pas mal d’éléments communs entre eux. Les kamikazes sont maintenant de plus en plus considérés comme des terroristes. »

Toute l’équipe de k.bd s’accorde à dire qu’un tel amalgame est absurde. Lunch pense que “la question a au moins le mérite d’exister”, alors que pour David “cette question est pour le moins incongrue pour une série qui se veut historique”.

Maladresse, erreur ou réelle question troublant l’esprit des jeunes japonais après le 11 septembre ? Pour y répondre correctement il faudrait être Japonais ou expert en la matière. Pour ma part je trouve que cet amalgame n’a pas lieu d’être mais je rejoins mon camarade Lunch, la question a le mérite d’être posée car parmi les plus jeunes lecteurs, nombreux sont ceux à ne pas savoir grand chose sur les kamikazes et l’utilisation abusive du terme crée forcement le doute.

Revenons à nos personnages ! Kentarô et sa sœur partent sur les traces de Miyabe dans une enquête à la fois personnelle et historique : ils veulent découvrir qui était vraiment ce grand-père et pourquoi il est mort en kamikaze, mais aussi mieux comprendre le passé et l’histoire de leur pays. Une histoire qui semble avoir été occultée du conscient collectif japonais.

Pour en apprendre d’avantage sur le grand-père, Kentarô va partir à la rencontre de plusieurs anciens combattants dont il va recueillir le témoignage. Ceux-ci dresseront de Miyabe un portrait étonnant, loin du cliché que l’on se fait du kamikaze fanatique et près à mourir pour la patrie.

“Loin d’être une œuvre patriotique et nationaliste, Zéro pour l’éternité offre une vision extrêmement réaliste sur les pilotes kamikazes et sur leur époque.” (Choco) ; “L’œuvre n’est pas qu’un documentaire sur les kamikazes, c’est avant tout une histoire humaine, une histoire générationnelle.” (Oliv)

En passant du présent au passé par ce jeu d’enquête historique “le scénariste souhaitait jeter des ponts entre les générations” (David) ; “Les auteurs parviennent bien à nous glisser dans ces ambiances pourtant différentes et nous font transiter d’une époque à une autre sans heurts.” (Lunch) ; ce qui nous offre également “des petites pauses de réflexion nous permettant d’intégrer et digérer les informations reçues” (Bidib) ; David pourtant trouve que cette “articulation entre présent et passé est particulièrement maladroite”.

OliV’, le plus enthousiaste d’entre nous, parle même d’un “portrait poignant d’humanisme et d’authenticité d’un dit kamikaze qui fait mentir les clichés”.
Comme le souligne Champi, les auteurs décrivent les “tranches de vie les plus dures ou les faits les moins glorieux, sans toutefois sombrer dans le misérabilisme”.

“Pour nous [Occidentaux] en tous cas, cette histoire est une véritable vitrine sur la vision japonaise de leur histoire récente” nous dit Badelel. “Zéro pour l’éternité est un docu-fiction intéressant à découvrir” selon David. Quant à Champi, je le cite : “la lecture est fluide et intéressante”.

Sommes-nous tous d’accord sur l’intérêt historique de cette série ? En fait pas tant que ça. David se “pose sérieusement la question d’une idéologie sous-jacente. Véritable livre d’histoire ou prêche militaro-nationaliste déguisé ?”. Quant à Badelel, elle se dit mitigée quant à l’exactitude du récit. “D’un côté, les grandes lignes sont respectées : les grands enjeux des diverses batailles, les dates, les noms… D’un autre, une rapide visite sur Wikipédia montre que certains aspects sont franchement simplifiés, d’autres simplement réarrangés.”

Côté dessin, le ressenti est encore une fois assez partagé. Pour David “la qualité des dessins, très réalistes pour du manga, participe vraiment à la réussite de cet aspect de l’histoire”. Champi semble avoir apprécié le trait de l’auteur : “Graphiquement, Souichi Sumoto livre un travail à la fois classique […] et personnel par la rondeur de certaines têtes et surtout la belle manière dont il imprime le temps qui passe sur certains visages”. Pour OliV’ “Souichi Sumoto propose un trait plutôt agréable et minutieux […] Les décors sont d’une manière générale très réalistes, mais les personnages sont malheureusement assez lisses”. Pour ma part je trouve que le dessin “n’a rien d’extraordinaire, le graphisme est plutôt classique et sage dans sa mise en page. Il n’en reste pas moins fluide et agréable à l’œil”, ou comme nous le dit Choco “le dessin plutôt rond des personnages manque un peu de caractère”. Badelel semble ne pas apprécier le graphisme du manga : “le dessin des personnages est tellement typé qu’on regrette presque le choix de l’illustrateur” nous dit-elle.

Ce sentiment mitigé on le retrouve également dans le ressenti de l’équipe vis à vis du côté fictif du manga avec ses personnages du XXIe dont “l’amourette bien gentille […] me fait dire qu’on frôle ici le shônen” (Badelel). A Lunch de surenchérir : “On peut seulement regretter un petit côté « simpliste » dans ces relations familiales un peu surfaites”.

On dirait bien que tout le monde ne partage pas l’enthousiasme d’OliV’ quant au “portrait poignant d’humanité”…

Globalement les avis sur cette courte série en 5 tomes ont été assez positifs bien que des doutes aient été émis et de nombreuses faiblesses mises à jour.

Le mot de la fin je me l’attribue tout de même : “Si ce n’est pas un incontournable, il réussi pleinement le pari de nous en apprendre plus sur l’histoire tout en passant un agréable moment de lecture.” Si l’exactitude historique doit d’être vérifiée, comme le suggèrent certains, Zéro pour l’éternité a le mérite de nous faire chercher, ou du moins de s’interroger sur ce pan de l’histoire.

Très bonne lecture à vous. Nous vous donnons rendez-vous à dimanche prochain avec une nouvelle BD d’histoire.

avatar-bidib

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  1. […] et surtout, chose rare dans nos sélections, avec deux albums non franco-belge : un manga, Zéro pour l’éternité et un global manhua, La balade de Yaya. Je vais vous parler de ce dernier, un album jeunesse écrit […]

  2. […] 2011 – Une vie chinoise (P. Ôtié & Kunwu Li), Kana, 2009 à 2010 (triptyque) – Zéro pour l’éternité (Naoki Hyakuta & Souichi Sumoto), Delcourt, série en cours depuis […]

  3. […] vous invite à lire également la synthèse présenté par moi-même sur le blog […]

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