same_difference

Il y a quelques années, un ancien coéquipier de kbd disait à propos de cet album que « Same difference est encore une bande dessinée qui fait plaisir, sans prendre la tête (…) mais quelque chose de bien chouette et qui tient debout. On y suit les aventures de deux amis, l’une à la recherche d’un mystérieux expéditeur de lettres amoureuses, l’autre courant indirectement derrière un amour esquivé dans sa jeunesse auprès d’une jeune aveugle, le tout sous la lumière de la Californie. Pas mal d’humour, d’humanité, un trait généreux et un beau graphisme, enchaînement de belles situations ».

Pour Paul (Bulles graphiques), puisqu’il s’agit de lui, l’album péchait au niveau du scénario et manquait « de message à faire passer ». Et si je reviens à la chronique d’un ancien de kbd, c’est finalement parce que cette lecture date pour chacun d’entre nous. Pourtant, il y a bien quelque chose derrière cet album sans quoi, on ne serait certainement pas là à vous en reparler aujourd’hui. Quoi que…

Cet ouvrage est la chronique d’une mort annoncée : celle de l’adolescence. Rien pourtant ne laisse présager d’un éventuel changement si ce n’est une rencontre. LA rencontre qui donne un peu de sens au quotidien voire un peu de chaleur dans certains regards. A sa manière, le duo de personnages principaux va donc se lancer dans cette quête qui peut sembler vaine, futile. Est-ce le cas ? Qu’en retient-on ?

En 2009, Champi disait de cette chronique douce-amère qu’elle est rehaussée par une pointe d’humour qui atténue grandement le côté désenchanté de ces « vieux » ados désabusés par un quotidien sans surprise. Morne. Même leur cadre de vie presque idyllique – pour ceux qui ne vivent pas en bord de mer – est planté là comme un décor inerte. Plat. Pour eux, cette étendue d’eau est assez désespérante. Mais Champi a finalement trouvé un écho à cette nostalgie propre à l’adolescence. Cet album peut donc être vu comme un prétexte pour replonger dans quelques souvenirs, dans ce qui reste aujourd’hui d’un état d’esprit propre à cette période où on peut encore reculer le moment fatidique, celui où l’on devient adulte.

Quelques années plus tôt, en 2006, David avait déjà été sensible au travail de Derek Kirk Kim. Ce dernier, auteur américain né en Corée du Sud, surprend par sa veine mi-manga mi-franco-belge bien qu’il baigne dans les comic books depuis l’enfance. Un curieux mélange et un univers d’auteur singulier et original. Cela lui a d’ailleurs valu, pour ce titre, trois récompenses dans les catégories « Révélation » : Ignatz Award en 2003, Eisner Award et Harvey Award en 2004.

Derek Kirk Kim a suivi cette mouvance des années 2000 où nombre d’auteurs de la nouvelle vague d’indé américains sont arrivés sur le marché éditorial français. C’est à 6 Pieds sous Terre que le travail d’adaptation est revenu, ce qui nous a ainsi permis de découvrir cet artiste dans l’Hexagone. Depuis, nous avons eu bien évidemment d’autres occasions de lire cet auteur, notamment pour sa participation à la série Fables et en 2010 suite à la sortie du Sourire éternel (en collaboration avec Gene Luen Yang aux Editions Dargaud). Il travaille actuellement sur le projet Tune.

Mais revenons à David qui, pour cette lecture, avait choisi d’y aller en douceur, pressentant un mélange de genre et un fort changement de repères au cœur de ce dessin assez épuré. « Il y a de l’introspection, de l’humour, de la tendresse, des regrets, du road-movie light (25 km d’autoroute…), bref, un drôle de cocktail qui vous laisse en définitive un goût doux-amer dans la tête ».

Doux-amer… le terme revient.

Me concernant, ce récit initiatique du passage de l’adolescence à l’âge adulte ne m’a pas autant emporté que mes collègues. Il ne m’a emmené nulle part à vrai dire. Je suis restée dubitative face aux personnalités des deux jeunes adultes du récit. L’histoire met du temps à s’installer mais elle est heureusement servie par un graphisme dynamique. Les planches offrent de belles variations entre des gros plans qui freinent un peu le rythme de lecture, des petites cases qui donnent une impression de rapidité, des visages expressifs qui rendent bien compte de l’ambiance de chaque passage. Mais l’histoire est longue à se mettre en place, le scénario est sans réels rebondissements et je n’ai pu m’empêcher de pester après la rondeur du dessin qui confère aux deux amis du récit une apparence d’éternels adolescents…

Nos chroniques sont avares, tant sur le fond que sur la forme de cet album. Notez tout de même qu’elles ont été écrites entre 2006 et 2010… soit à l’époque où nous étions encore de jeunes blogueurs adolescents…

En quelques mots :

Champi : « Quant aux erreurs et regrets de jeunesse, ils semblent aussi forts là-bas qu’ici, et nous rappellent combien certains âges sont plus cruels que d’autres ».

David : « Tout y est, la maîtrise de la narration et du dessin, et ce petit plus qui fait la différence : une sensibilité qui ne peut que vous toucher… ».

Mo’ : « Attachants, souvent drôles, francs (…), ils font chacun à leur manière un grand pas dans la vie adulte… mais on les quitte à l’instant même où ils auraient pu devenir autrement plus intéressants ».

Mo'

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Une réponse "

  1. […] 2002 – Revue Jade (Collectif), fanzine – Rorschach (Terreur graphique), 2011 – Same Difference (Derek Kirk Kim), 2004 – Temps mort (Gilles Rochier), 2008 – TMLP – Ta mère la pute […]

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