plageman

6 pieds sous terre, 6 pieds sous terre… Et pourquoi pas six pieds sous sable ? Histoire peut-être d’y retrouver certains pavés érodés par le temps et oubliés par les lecteurs.
Notre mois 6 pieds sous terre se change donc, le temps d’un épisode, en mois de l’archéologie balnéaire.
De la super-archéologie balnéaire, même.
Voici donc venue pour vous en exclusivité l’inoubliable (et impayable !) tête de Plageman le bien nommé.

En historien du genre, Mitchul plante le décor (et le parasol) : « bon nombre d’auteurs de bédé indé d’humour des années 90, qui ont sûrement biberonné aux comics, ont produit des séries de super-héros a la sauce poilade et déconnade ». Guillaume BOUZARD fait partie de ce lot d’auteurs tombés dans la marmite Marvel ou DC (ou d’ailleurs, ah, ah) qui ont tenté, une fois devenus un peu plus grands (mais pas trop quand même, hein ?) de sublimer cette poignante nostalgie.
Sublimer, oui madame.

Après l’historien, notre bdbiologiste de service ouvre grand son labo pour nous : « Plageman dépeint le microcosme de la plage. » Elle en connaît un rayon (de soleil) en la matière, Badelel, elle qui subit chaque été les hordes de touristes de tous poils qui déferlent sur son littoral atlantique préféré.
Le problème de tout microcosme, nous dirait le grand philosophe et sociologue Benjamin CASTALDI, c’est que quand les bons ingrédients y sont réunis, ça pète. Et pas que dans les sacs de couchage.
Imaginez donc un cocktail contre-nature entre bière tiède de post-ados et pastis trop épais (dans mon Sud natal on les appelle nostalgiquement des « flamby ») de pré-rétraités à gourmette, secoué entre les piquets de tente et les caravanes à peines aérées.
Du Molotov en puissance où je ne m’y connais pas.
Choc des générations ?
Choc des gros poings velus sur les dernières dents de lait, surtout.
Alors, quand l’opprimé s’est trop fait imprimer des phalanges sur sa mâchoire duveteuse, un ultime et inattendu espoir se dresse…
« Aujourd’hui il n’est qu’un tocard sans nom et sans intérêt (et sans muscles ?), mais dès ce soir il sera Plageman, la terreur du camping et le justicier des plages, affrontant sans peur les frustrés et les super méchants ! » Oui, Lunch, ô brillant exégète de ce héros des temps modernes et des congés payés, contemple la fière et altière silhouette de celui qui « se dresse, se drape (dans sa serviette éponge) et s’insurge contre la dictature du beauf » (Champi) et éclaire d’un jour nouveau et bronzant ce Plageman qui a décidé qu’il fallait pas l’emmerder ni l’empêcher de brailler des chansons paillardes à pas d’heure !

Porté par un tel élan d’admiration, notre super-héros des étendues de sable retombe pourtant bien vite sur terre (tête la première, si possible) car la moqueuse nature ne l’a pas gâté : « il est dépourvu aussi bien de cerveau que de muscles. » Cruelle Badelel qui rappelle à l’homme en devenir son funeste destin et surtout sa tragique condition anatomique (elle n’est pas bdbiologiste pour rien, tiens !)
« Qu’il défende son coin de plage, son accès au supermarché ou la marée en hiver, le voilà en butte à une violence aveugle et particulièrement violente (sic) » (Champi). Ah ça, pour sûr, elle n’est pas tendre la nature avec un Plageman qui, en plus des gros poings et des coups de gueule, va devoir affronter la morte saison littorale. Que celui qui n’a jamais connu le vide déroutant d’une longue plage battue par le vent d’hiver regarde d’une traite plusieurs heures d’une chaîne de grande audience pour comprendre le drame qui guette notre héros encore fragile.
Heureusement que le destin (encore lui, comme c’est facile !) met sur la route de notre héros en déroute un compagnon qui ne le quittera plus d’une tong : Pennak. « Entre combats perdus et tentatives de survie, les deux compères ont fort à faire pour conserver ce qu’il leur reste de dignité et d’amour propre. » (Mitchul)

Et il leur en reste bien peu, si tant est qu’ils en aient jamais eu vraiment…

Vous l’aurez compris, Plageman ne fait pas ni dans la dentelle ni dans la subtilité : « l’humour est grinçant, typique de Fluide Glacial et pourtant pré-publié dans le magazine Jade de 1994 à 1997 » (Lunch). Une prépublication qui découpe la vie de Plageman en histoires courtes. « On peut donc faire des pauses dans la lecture ce qui, parfois, n’est pas de trop ! » (David, qui nous livre deux critiques pour le prix d’une !) Meilleur moyen peut-être d’éviter l’overdose d’un humour qui n’a pas forcément conquis tous nos lecteurs, comme Badelel le résume en quelques lignes.
L’histoire lorgne en effet davantage du côté du sourire que du rire, mais l’outrance des situations – et leur répétition à outrance – est efficace, entre absurde et énormités. En prenant un peu de recul, on pourrait peut-être même y voir une sorte d’exercice de style : « [BOUZARD] s’approprie et assassine les super-héros et les codes du genre. » (David)

Le trait est à l’unisson du genre, d’ailleurs : épais et changeant, « il prend des libertés avec les règles anatomiques et la perspective (les mouvements [des] personnages sont excessivement désarticulés), et c’est tant mieux. » Il faut dire que Mitchul est fan.
Sans doute nourri à l’underground, BOUZARD convoque trognes improbables, corps caoutchouc et ambiances glauques (même sur le sable, même en plein soleil) pour brosser cette histoire d’hommes qui souffrent.
Car oui, il faut souffrir pour être un super-héros, surtout quand on est incompris, surtout quand le ballon de beach-volley dont on s’est affublé pour préserver son anonymat et ses dernières dents fait corps, tel un symbiote alien, avec le visage à jamais perdu de ce soldat des plages à présent inconnu.

Alors, pour ou contre Plageman ?
Si notre équipe est à 80 % pour, une rapide radiographie (domaine scientifique auquel nous n’avions pas encore fait appel, il était temps !) nous indique : que les quatre chroniqueurs fans aiment ou ont aimé (n’est-ce pas Champi…) Fluide Glacial, qu’ils sont des lecteurs et non pas des lectrices et qu’ils s’éloignent peu à peu de la trentaine (si je ne m’abuse). Comme si à leur manière ils avaient un jour été ou rêvé d’être un Plageman, quelque part…

Incarnation de nos rêves déçus, de notre frustration peut-être et d’une nostalgie douce-amère (avec du poil autour), Plageman, œuvre phare et presque fondatrice des éditions 6 pieds sous terre, ne déchaîne peut-être pas les passions mais incarne tout un pan de la BD à la fois désabusé et légèrement nombriliste qui fait sourire en grinçant.
A vous d’en juger entre deux parties de beach-volley, de pétanque ou de chasse aux moustiques.

Badelel : « Ça se veut drôle, décomplexé mais cette parodie des super-héros américains ne m’a guère inspiré plus qu’un soulèvement de sourcil. »

Champi : « Parce que c’est un peu lui (BOUZARD habite toujours un peu ses personnages), parce que c’est un peu nous, Plageman occupe avec naturel la collection Monotrème de chez 6 pieds sous Terre, preuve, s’il en fallait, de sa bizarrerie partagée. »

David : « BOUZARD fait preuve (encore) d’un formidable talent d’humoriste-décalé (un peu à la Gotlib à son époque) ! »

Lunch : « Plageman est un récit tout de noir et de blanc qui ne plaira sûrement qu’aux amateurs du genre. »

Mitchul : « Pilier de la revue Jade, Plageman est logiquement devenu le héros culte des éditions 6 Pieds sous terre. »

Champi

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Une réponse "

  1. […] Les – tomes 1 à 3 (Nancy Peña), 2006 à 2012 – Phare, Le (Paco Roca), 2005 – Plageman, 2 volumes (Guillaume Bouzard), 1997 et 2000 – Poulpe, Le – tome 9 : Le vrai con maltais (Marcus Malte […]

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