partie-chasse

La Russie est un pays fascinant. Le hasard y a porté mes pas en 1983 et, quelque part, la neige les aura effacés. Ce n’est pas plus mal…
Pourtant, sous son manteau blanc, les meurtrissures demeurent. Je me demande encore de quelle couleur sont mes empreintes, car elles marquent incontestablement la boue, à jamais.
Je me souviens de ce brave Evgueni Golozov qui sous son apparat de traducteur grisonnant n’en était pas moins un fin politicien. Comme tous ceux que j’ai croisés lors de cette partie de chasse d’ailleurs : Ion Nicolescu, Vasil Stroyanov, Tadeusz Boczek, Janos Molnar, Pavel Havelka, Günter Schütz… Serguei Chavanidzé… Mais le plus redoutable d’entre eux était sûrement Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko… Je n’ai passé que trois jours avec eux mais le souvenir de leur visage m’accompagnera jusqu’à ma mort.

Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko !
Un homme imposant, capable de réunir autour de lui des connaissances vieilles de 40 ans. Les rancunes d’avant sont tues le temps d’une partie d’échec et les amitiés d’alors paraissent sincères : « le destin des uns étant intimement imbriqué à celui des autres ».
Un homme reclus dans un mutisme dont on ne savait quel lourd secret il cachait ni quelle manœuvre il préparait.
Un homme dont le parcours au sommet de l’URSS était aussi riche que complet : Tchéka, Guépéou, Kominform, Comité Central, Politburo…
Un chef d’orchestre qui me glace encore le sang aujourd’hui. « Il [connaissait] les faiblesses de chacun. S’ils n’en [avaient] pas, il en [créait] pour faire [d’eux] ses marionnettes obéissantes et prêtes à tout pour le servir. »

Ce qu’il s’est réellement passé dans cette somptueuse datcha n’est pas écrit dans les livres, à peine est-ce mentionné dans quelques coupures de presse ou romancé dans une bande dessinée de Pierre Christin et Enki Bilal. Un accident, un fait divers comme il y en a tant d’autres… Il s’agit pourtant d’un véritable tournant de l’Histoire. J’y ai eu ma part de responsabilité… « Y a-t-il d’autres de leurs secrets qui gisent au fond de l’étendue d’eau ? »

Après toutes ces années, j’en viens parfois à me demander si j’existe réellement, si mon passage dans ce monde est tangible et pas seulement illusoire. Alexandrovitch a eu plus d’emprise sur moi que je ne l’aurais cru. D’ailleurs, ces hommes ont-ils seulement existé ailleurs que dans mon esprit torturé ? Était-ce ma façon à moi de dénoncer une Union Soviétique sur le déclin, marquée par la révolution russe, par la guerre froide, par Staline, par cette étoile rouge lourde de sens ?
C’était en 1983… que restait-il de tout ça en 1990 lorsque le « bunker » qui nous a tous accueillis a mystérieusement explosé ? Quels secrets a-t-il emporté avec lui ? Y ai-je vraiment mis les pieds ?

Badelel : « Mon problème avec cet album, c’est une profonde difficulté à ne pas confondre les personnages et à les reconnaître d’une fois sur l’autre. Sur un album de cet ordre, c’est un sacré handicap !
Mais pour le reste, c’est encore un duo Christin/Bilal extrêmement efficace avec un scénario d’une grande profondeur et un dessin parfaitement à son service, avec un usage sanglant de l’allégorie graphique.
 »

Champi : « Écrit au début des années 1980, Partie de chasse offre au scénariste – et journaliste – Pierre CHRISTIN l’occasion de bâtir une histoire s’appuyant sur une Histoire en marche : le lent effondrement du bloc de l’Est – plus que quelques années avant la chute du Mur de Berlin. »

Lunch : « Partie de chasse tient pour moi autant du calvaire que du génie.
La lecture est ardue mais elle préserve une saveur toute particulière, d’un rouge métaphorique.
La fin n’est pas si surprenante que ça (pour peu qu’on l’aie déjà lue ?) mais elle est habilement amenée. Bizarrement, les visages se décrispent et chacun repart mener ce qui lui reste de vie. J’aime assez ce changement de ton qui fait du bien et qui fait se poser des questions.
 »

Mo’ : « J’avais souvenir d’un album sombre, que ce soit au niveau du contenu des propos que de l’ambiance graphique. Ce n’est pas le cas pour cette dernière, les couleurs sont vivantes, chatoyantes et on ressent l’amitié solide de ces hommes malgré le froid, la neige… et quelques piques politiques bien placées. »

Yvan : « Le contexte historique de ce régime soviétique sur la pente descendante est pourtant excellent et l’ambiance politique qui s’en dégage est parfaitement utilisée. Les personnages ont également tous le profil de l’emploi et jouent leur rôle à merveille. Malheureusement, l’accumulation de souvenirs d’anciens dirigeants de l’Est et l’intrigue politique ont fini par m’ennuyer et cela, malgré une atmosphère réussie et un personnage principal intriguant et charismatique. »

Lunch

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Une réponse "

  1. […] 2013 – Ombre sur la place rouge (DAL PRA’ & ALESSANDRINI), Editions Bagheera, 1992 – Partie de Chasse, (CHRISTIN & BILAL), Dargaud, 1983 – Perspective Nevski (La), (REDOLFI), Paquet, 2005 – […]

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