sainte-russie

Comme vous avez pu le constater ces dernières semaines, l’équipe de k.bd aime voyager et vous en faire profiter. D’où notre mois russe qui s’achève. En plus d’arpenter l’espace – car la Russie n’est pas la porte à côté, sauf pour l’équipage de l’Enterprise – nous vous proposons aujourd’hui de remonter le temps et de revenir conjointement aux origines de l’Histoire de la Sainte Russie et à celles, excusez du peu, de la bande dessinée.

Pour nous accompagner et nous accueillir, je vous présente donc l’illustre Gustave DORÉ, à la fois connu pour ses innombrables illustrations de classiques de la littérature (L’Enfer, la Bible, les contes de Perrault, les Œuvres de RABELAIS…) et pour son lointain lien de parenté avec Julien DORÉ (dont il est l’arrière-arrière-grand-oncle, eh oui…).

Véritable touche-à-tout, DORÉ (Gustave, donc) s’adonna à la peinture, la sculpture, sans doute à la photographie naissante – sans que la postérité le retienne – et à la bande dessinée – que l’on appelait alors plutôt le récit illustré, ou quelque chose dans ce genre, relisez les Réflexions et menus propos d’un peintre genevois de Rodolphe TÖPFFER pour vérifier.

L’artiste n’a que 22 ans – soit un an de plus que la bande dessinée, officiellement née sans le savoir entre les doigts habiles du genevois sus-mentionné – lorsqu’il décide, en homme de son temps, lettré et informé, de raconter le pays auquel la France (entre autres) s’oppose depuis 1853 en Crimée : la Russie. Fort de ses lectures et sensible à l’air du temps (plutôt chauvin, patriote et raciste, preuve que les temps changent…), il décide de tourner en dérision les deux adversaires : la Russie (pays de la barbarie, c’est bien connu) et la France (pays de l’intolérance qui avait bien besoin qu’on le lui rappelle).

Je ne vous décrirai pas davantage l’époque mais, comme le dit Badelel, « il m’a paru à moi essentiel de comprendre le contexte d’écriture de ce pavé, contexte qui m’a manqué dans un premier temps et que je me suis empressée d’aller chercher. » Un peu d’Histoire n’a jamais fait de mal.

Passées les trop obscures premières heures du froid pays qui est le leur, DORÉ nous fait découvrir « une longue ribambelle d’authentiques tsars caricaturés à l’excès et rendus rustres, cruels, imbéciles, autocratiques, ambitieux et démesurés. » (Badelel).
Rien n’est jamais tout à fait faux, rien n’est jamais tout à fait vrai, tout est enrobé avec un humour polymorphe : « l’auteur use et abuse des facéties textuelles, souvent en opposition avec l’image, ce qui assoit la narration dans un décalage (et un cynisme) constant. » (Lunch).
La lourdeur (un mot qui n’engage que Badelel, qui doit donc souffrir de l’humour d’une partie de notre équipe !!) des jeux de mots et les répétitions (reconnues par tous) constituent autant une marque de fabrique (et d’époque) qu’un frein potentiel à la lecture : « l’ensemble est terriblement répétitif. L’effet est voulu, appuyant l’absurdité du propos, mais ça devient rapidement long et obscur. » (Badelel)

Toutefois, « si la narration est empreinte des habitudes du feuilleton picaresque (répétition des situations, enchaînement presque frénétiques des événements) elle ne manque pas de modernité » (bien dit Champi !) : l’auteur interpelle régulièrement le lecteur, évoque son éditeur – qu’il maudit la plupart du temps – et laisse son propre crayon s’épancher à son oreille et refuser de dessiner tant d’horreurs.

Cette modernité se retrouve au niveau du dessin : DORÉ multiplie les styles, du plus dépouillé au plus fouillé, de la ligne souple d’une silhouette à peine esquissée aux complexes hachures qui, par les modelés, les matières et les expressions, nous rappellent combien l’homme était un virtuose.
Il connaît ses classiques (Champi indique que « les innombrables lances dressées des innombrables armées ont un petit air de Paolo UCCELLO ») mais il sait aussi, déjà, « s’affranchir de codes encore inexistants » (Badelel). « Ce qui donne parfois des sens de lecture confus », ajoute-t-elle, et elle n’a pas tort.

En matière de sens de lecture, une petite précision toutefois : il semblerait qu’au fil des 4 éditions que l’œuvre a connues l’agencement des pages ait été modifié, certaines cases agrandies ou réduites, certains textes remis en page… Une étude comparative serait donc peut-être nécessaire.
Nous sommes toutefois unanimes pour vanter la qualité du travail de l’éditeur qui nous en a offert la dernière édition : « Retenons aussi le superbe boulot d’édition de 2024, qui a publié un bel ouvrage à reliure toilée, papier de fort grammage et un beau travail d’embellissement réalisé par Benjamin Adam (Lartigues & Prévert). » (Lunch).

Allez, un petit florilège final pour vous convaincre que, malgré les lourdeurs et les difficultés de lecture, Histoire (pittoresque, dramatique et caricaturale) de la Sainte Russie est un chef-d’oeuvre à plus d’un titre :

Badelel : « Le rendu est fantasque, farfelu et absurde : c’était l’objectif et c’est réussi. »

Lunch : « Un conseil : prenez le temps, en deux ou trois fois si besoin, savourez ces moments de franche rigolade et de culture (parce que c’est dit avec humour mais ça reste incroyablement documenté) : vous apprécierez forcément ! »

Champi : « Gustave DORÉ est un génie, son Histoire de la Sainte Russie un chef-d’oeuvre, et en cette année 1854, alors que le genre « bande dessinée » ne sait pas qu’il a déjà 21 ans, l’illustre illustrateur (facile, je sais, mais au moins c’est fait) affiche une virtuosité qui n’aurait rien à envier à celle de Rodolphe TÖPFFER. »

Champi

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Une réponse "

  1. […] (Le), (DIMITRI), Dargaud, 1980 – Guerre des amants (La), (MANINI & MANGIN), Glénat, 2013 – Histoire de la Sainte Russie, (DORÉ), Edition 2024, 2014 – Ibicus, (RABATÉ), Vents d’Ouest, 1999 – Il était une […]

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