houppeland

Souvenez-vous dimanche dernier, Champi et ses champimages plein le visage nous explique dans sa synthèse sur La gigantesque barbe du mal de Collins que la majorité de l’équipe est devenue barbue sur ce joli moi de mai ! Un sujet au poil pour nous faire découvrir aujourd’hui un titre fort et festif dans l’univers d’un auteur bien rasé, Didier Vasseur dit « Tronchet », fameux créateur du très ridicule Jean-Claude Tergal. Ce titre est en rapport avec un personnage légendaire, archétypal et mythique lié à une habituelle fête de fin d’année, Noël.

Précisons que mes copains lutins qui m’accompagnent ce dimanche sur cette route enneigée sont Champi et David.

Fort de sa satisfaction, Champi relève que d’ici nous entendons résonner une fois de plus la musique de Tino Rossi et il ajoute avec enthousiasme : « Le lien entre barbe et Noël nous semblait tellement évident, à k.bd, que nous ne pouvions décemment proposer un mois de la barbe sans évoquer Houppeland », un diptyque de Didier Tronchet qui fait partie de la collection Aire Libre des éditions Dupuis. C’est du premier tome dont je vais vous parler avec mes vertus diverses, la sagesse, la virilité, le statut social élevé, bref, ma barbe à moi ! David, je le vois venir avec son rire jaune. Sur cette dernière phrase, il me corrigerait et me couperait la chique, mais qu’importe tant que ce n’est pas ma barbe…

Une barbe est synonyme de contact piquant lorsqu’elle est taillée, mais peut être appréciée lorsqu’elle est longue et douce… C’est le cas du (vrai) Père Noël avec sa longue barbe blanche très attachante, mais (désolé si je casse un mythe) ce n’est pas (vraiment) le cas dans le Houppeland de Didier Tronchet ! Certes, l’histoire commence par un bon dîner qui dure jusqu’à plus de minuit et où la dinde aux marrons est bien sur la table. Les convives, dont la famille Poliveau qui s’est fait attendre, ne trouvent pas les mots pour évoquer leur plaisir de ce moment de partage, de communion, de fête. Les douze coups de minuits résonnent, l’échange de cadeaux peut avoir lieu, la surprise fait effet ! La liste détonne, entre l’incontournable fer à repasser, un cadeau utile (n’est-ce pas !), la fameuse encyclopédie ou bien encore une tour Eiffel sous globe (magnifique) qui neige quand on la retourne… le chausse-pied en plastique rose, malheureusement lui, ne convient pas !

C’est là que la brigade des Joyeux Drilles entre en jeu. Ils sont là pour s’assurer du respect de la tradition, ils traquent les pisse-froid, les rabat-joie qui s’en prennent à l’esprit de Noël. Tous les moyens sont bons alors pour lutter contre les chantres de la morosité, ces pleutres qui filent ventre à terre ! Arlette Champagne, la fille du guichet n°8, n’est pas de ceux-là. René Poliveau non plus ! Lui, le gendre parfait, si tranquille et à la vie si bien rangée, notre héros vient de succomber au charme des beaux yeux de cette belle brune. Arlette Champagne vient de lui faire tourner la tête. Le contrôle de bonne humeur par la brigade l’atteste, ils sont faits l’un pour l’autre. Et les voilà pris dans un engrenage dont il leur sera difficile de sortir. Imaginez-les dans leur bonheur, ils sont à Houppeland le pays où la loi instaurée oblige les habitants à fêter Noël chaque jour de l’année… Imaginez-vous citoyen de la république de Houppeland, une société terrifiante peuplée de Pères Noël armés, surveillé par cette fascinante brigade des Joyeux Drilles…  Alors, quel est votre ressenti, vous tremblez, ou vous vous réjouissez ??

Nous nous sommes fait nos avis :

David s’en réjouit : « Une histoire politiquement incorrecte tirant à boulet rouge là où ça fait mal… et ça fait du bien ! »

Champi commence à trembler : « Un message toujours d’actualité en cette sombre époque de premier degré et de totalitarisme plus ou moins larvé. »

OliV tranche : « Le journaliste Didier Tronchet s’amuse d’une situation rocambolesque et nous tourne en dérision. Nous sommes sur son terrain de jeu favori, l’humour messager et sociétal. »

En fait, l’auteur des Vertiges de Quito (publié chez Futuropolis, août 2014) nous dresse une illusion et évoque un monde aussi réel que le nôtre ! Le message est à lire entre les lignes : faire face à un monde totalitaire, être dans un état de gaieté permanente. Didier Tronchet donne avec son scénario une caricature du genre humain. Il nous fait part de ses angoisses mais aussi de ses espoirs. Il délivre à la fois une histoire d’amour et de résistance en les liant avec sa marque de fabrique, l’humour très caustique, sa force. Lui qui a connu dans son enfance un (ou plusieurs) Noël ratés, Didier Tronchet joue sur les codes bien fondés du gros barbu (HO HO HO !) et ça vacille, ça touche à l’absurde mais franchement, entre nous, ça tient la route !

Le dessin s’intègre parfaitement tant il est caricatural, des visages simples et très expressifs, limite bigarrés. Le trait est graveleux tout en étant souple, rapide. On parle alors de « la patte TRONCHET ». Les couleurs sont comme expressionnistes et les changements (du bleu-gris au jaune-vert) posent les ambiances homogènes, en adéquation avec la narration. Tout nous fait sourire, les personnages avec leurs attitudes somme toute grotesques, les discours acides et les dialogues crus.

J’en termine avec un (souligné par Champi) :

« Quel jour sommes-nous ?
_ C’est Noël aujourd’hui, Monsieur le Président…
_ Mais c’est merveilleux ! Le bonheur partout dans les rues illuminées… Les gens les bras chargés de cadeaux chamarrés… Les bambins aux joues rouges et avec de grands yeux qui pétillent…
_ Vous devriez être habitué, M. le Président… Vous l’avez décidé ainsi… »

A noter pour plus tard, Houppeland se dirige vers une adaptation en film d’animation ! Encore à l’état de projet et pourtant suffisamment bien avancé, pour preuve la présentation du teaser en mars 2015 lors du festival professionnel de Cartoon Movie.
Revenez nous lire avant d’aller voir ce Noël au Balcon, prévu pour Noël 2017, développé par l’auteur Didier Tronchet lui-même aux côtés d’Arthur Qwak.

OliV'

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Une réponse "

  1. […] Homme qui se laissait pousser la barbe, L’ (SCHRAUWEN Olivier) , ed. Acte Sud, 2010 – Houppeland (TRONCHET Didier), ed. Dupuis, 1997 – In God we trust (WINSCHLUSS), ed. Les requins marteaux, […]

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